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J. Crétineau-Joly, ibid

nation, la sécurité des citoyens n'existe plus, les condamnations et la mort recommencent à sévir sur les malheureux qui ne sont pas en faveur dans les comités I

Marceau, dans une confiance trop grande et qui tenait de la bonté de sa nature, avait pensé que ses ordres autant que ceux de Kléber feraient longtemps loi dans la cité. Hélas I le jeune général avait, dans son illusion, compté sans le Comité révolutionnaire de la Mayenne, sans la Commission militaire de Laval ! Sous l'impulsion de Turreau, de Bissy, du représentant Bourbotte, tombé malade à Laval \ cette commission, ce comité ne manquèrent point de fonctionner dès nivôse. Et c'est alors que la terreur recommença de peser sur la ville ! La trahison, l'envie, toutes les vengeances et toutes les haines s'installèrent à nouveau dans les maisons, se glissèrent près des foyers, recommencèrent d'effrayer les habitants paisibles. Un ordre, émané de ces puissances d'un jour, parut, menaçant de mort « tous les individus suspects d'avoir favorisé les rebelles, rfe leur avoir donné une retraite dans leur maison ; de même les

1. Le 3 nivôse, après le combat de Savenay, Prieur et Turreau écriront à la Convention « qu'ils regrettaient bien que leur brave collègue Bourbotte, resté malade à Laval, n'eût pas été témoin de leurs succès >.

brigands qui seraient découverts et les propriétaires qui les auraient recelés chez eux... »

Une telle menace et surtout les mots : leur avoir donné une retraite dans leur maison, portèrent l'épouvante dans les familles. Cette épouvante devint plus extrême encore dans Tinstant qu'on vit que les maîtres de la ville n'hésitaient pas à passer de la parole aux actes. M. de Montfranc notamment, bien qu'infirme, âgé et digne du respect de tous les hommes, reconnu coupable d'avoir donné, une nuit, asile à M"* de Lescure, fut arrêté, condamné et exécuté ^ Un exemple aussi tragique ne fit pas que frapper les imaginations ; il porta la stupeur dans les âmes les plus confiantes et les plus braves. M"' Leclerc, notamment, qui se trouvait, pour avoir recueilli Angélique, dans les cas visés par les comités, craignit-elle pour sa vie, pour la vie de ceux qui pouvaient dépendre de sa famille ? On ne démêle pas bien ce qui se passa alors dans son cœur. Peut-être aurait-elle pu cacher plus complètement encore M^'* des Melliers ? Mais les visites domiciliaires étaient alors

1. « Après le passage des Vendéens, il avait été arrêté avec sa famille. On lui reprochait de nous avoir reçus. 11 représenta qu'il ne dépendait pas d'un habitant de refuser le logement à des vainqueurs. On ne l'écouta pas. Il périt sur l'échafaud, > M'"* DE La RocHEJAQUELEm: Mémoires,

LE GÉNÉRAL MARCEAU ET m"" DES MELLIERS 299

si imprévues, si répétées, elles étaient si tracassières qu'il n'était guère possible à la jeune fille de dissimuler sa présence ! Peut-être enfin M"' Leclerc aurait-elle réussi à faire échapper, à la faveur de la nuit, cette étrangère compromettante ; enfin peut-être aurait-elle pu raccompagner elle-même, laisser à jamais cette cité de misère ? Certes ! Mais un proverbe, bien connu entre Laval et Mortagne, le donne à entendre ;

Maison délaissée La première pillée 1

Et M°" Leclerc ne voulait pas laisser sa maison, ses biens, sa demeure paisible et claustrale ! Elle ne voulait pas, pour une chouanne, pour une « brigande », abandonner le bonheur de filer au rouet, la satisfaction de répéter, avec l'angelus, les mots des prières I Ame crédule, aimable, droite, mais timorée, elle ne commit pas l'action vilaine d'aller trouver le juge en carmagnole et de livrer celle pour qui sa maison s'était ouverte ; mais elle fit mieux, plus adroitement sans doute: elle ne laissa rien ignorer à la jeune Vendéenne de la menace affreuse que Tordre du Comité faisait peser sur elle.

A ce moment se produit l'acte irréparable, la démarche imprudente entre toutes. « M"* des

Melliers, dit Grétineau-Joly, était noble ; elle était royaliste. A ces deux titres, la maison qui lui donnait l'hospitalité pouvait être compromise. Angélique, ne consultant que son cœur, va se dénoncer elle-même ; elle est mise en prison, et, malgré le nom protecteur de Marceau qu'elle invoque, elle y reste ^ »

Ici commence la dernière phase, la plus tragique, la plus dure, de ce récit d'un des faits les plus sinistres de la Terreur. « On ne sait pas au juste, écrit à ce propos Noël Parfait, l'un des biographes les meilleurs de Marceau, quel jour la malheureuse Angélique fut jetée en prison ^ » Tout ce qu'on peut supposer, c'est que cet événement se produisit dans la première décade de nivôse. Plusieurs historiens qui se sont occupés de cette affaire, et notamment M.Hippolyte Maze, assurent que, dès le 5 ou 6 nivôse, M"* des Melliers devait déjà être incarcérée. Une lettre de la jeune fille, qu'on a retrouvée depuis ' et publiée, est datée du 9 nivôse ; elle est adressée à sa tante. M""" de Concise, habitant Nantes, et se trouve écrite de la maison d'arrêt

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