NoBL Parfait : Le Général Marceau (Paris
3. En la possession, diL H. Maze, de M. Th nezic, au château de la Treille, près Gholet. H. Mazr : Les Généraux de la République, Paris, 1889.
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de Laval, maison où la prisonnière avoue se trouver « depuis trois jours ».Dans cette lettre, Angélique retrace tout Tépisode de ses malheurs et rien n'est plus émouvant que Taccent d'espérance qui se dégage de son récit en même temps que rien n'est plus discret, plus pudique et plus noble que l'hommage qu'elle rend, en passant, à son sauveur.
Ma chère et bonne tante, écrit dans cette missive M"® des Melliers à sa parente, que d'événements, que de malheurs me sont arrivés depuis que je ne vous ai vue ! Vous savez que maman et sa famille habitaient la campagne depuis plus d'un an : nous y vivions tranquilles quand l'arrivée des Mayençais vint porter l'épouvante dans notre canton.
On nous effraya tellement que ma mère se décida à abandonner sa maison ; les événements, les circonstances l'ont forcée de suivre une armée dont nous détestions les torts. Vous avez su qu'au Mans l'armée ré-^ publicdine a battu complètement les brigands \ J'ai eu le malheur affreux d'être séparée de toute ma famille. Dans cette. horrible déroute, je désirais la mort.
Je n'ai trouvé que de la pitié parmi les troupes républicaines,Je me suis rendue au général Marceau; il m'a traitée non seulement avec humanité, mais encore j'ai
1, L'on peut dire, des termes de cette lettre, qu'ils ne sont pas très royalistes et vont à rencontre du caractère vendéen d'Angélique. Mais cette lettre n'a-t-elle pas été écrite dans une prison, des geôliers ne devaient-ils pas la lire ?
infiniment à me louer de son honnêteté, de sa générosité.
11 m'a conduite à Laval, où, malgré l'attestation qui prouvait que je me suis rendue volontairement, j'ai été conduite à la maison d'arrêt où je suis depuis trois jours. On m'a fait espérer que mon âge me met hors de la loi. Je pense donc ne rien craindre pour mes jours. Mais, ma chère tante, j'ai tant d'autres sujets d'inquiétude ! Qu'est devenue ma mère et ma sœur? Mes frères existent-ils ! Vous qui aviez tant d'amitié pour ma pauvre mère, combien vous serez touchée de son sort ! Quel qu'il soit, prenez pitié du mien aussi... J'implore votre bonté, votre amitié , ne pourriez-vous pas me faire reconnaître ? Votre titre de républicaine peut sûrement vous donner des droits. Je me jette dans vos bras : ne m'abandonnez pas ; que je vous doive la liberté ! Puissè-je aller vivre bientôt auprès de vous !
Je n'ai dû mon salut, ainsi que bien d'autres, qu'à ma jeunesse. Elle a été respectée par le général bienfaisant qui m'a protégée. Privée de tous les biens^ je ne possède plus rien. L'exposé de ma misère vous touchera sûrement et j'ose compter sur l'assistance que réclame de vous la fille malheureuse et innocente d'une mère chérie.
Et, sous le paraphe tremblé de la signature, la lettre de M"' des Melliers porte encore quelques mots qui en signifient plus que tous les commentaires sur l'étendue de la disgrâce dans laquelle était tombée Tinfortunée.* Adressez vo-
tre lettre, disait en effet dans un post-scriptum Angélique à sa tante, adressez votre lettre au citoyen Paul, à la maison d'arrêt de Laval. »
Cette lettre, si pathétique, si tendre, écrite du fond d'une geôle par une jeune personne si peu désignée pour la mort, parvint-elle jamais jusqu'à M""' de Concise ? Il y a lieu d'en douter. Des recherches de M. Henri Chardon, il résulte que M°" de Concise, alors à Nantes, avait été arrêtée et, en même temps qu'elle, une sœur d'Angélique, « à peine âgée de seize ans », ainsi que deux autres jeunes filles, ses cousines, d'un âge aussi tendre et intéressant : M^^" de Concise et iM"' d'Armaillé. Le bonheur voulut que tant de victimes, si peu coupables et toutes malheureuses, « destinées aux bateaux de Carrier », pussent échapper, par la suite, dans des circonstances restées assez obscures, au supplice le plus barbare \ Mais, il n'en fut pas de même d'Angélique. Tout, dans ces heures difficiles, conspira contre elle. Le sauf-conduit que Mar<ieau lui avait délivré au Mans et qu'elle portait toujours sur elle, autant comme une arme utile à sa défense que comme un souvenir du généreux jeune homme qui l'avait accueillie, fut impuissant à la protéger. Mieux
1. H. Chardon : Les Vendéens dans la Sarthe (Le Mans, 2 voL, 1871),
même, par un excès de pouvoir dont les temps troublés peuvent seuls donner l'exemple, ce sauf-conduit fut interprété contre elle et contre son sauveur ! Des ju^es sans humanité se rirent de cette noble action, ils se saisirent de cet acte et, dans l'excès de fureur qui les portait à sévir toujours et dans tous les cas, ils commencèrent d'instruire contre le général ! Le bonheur voulut, pour l'avenir de Marceau, que le représentant Bourbotte, à qui le général avait sauvé la vie autrefois au combat de Saumur, se trouvât encore dans Laval. Il demanda que communication lui fut faite de l'accusation ; il en put mesurer l'infamie et prit sur lui, son pouvoir étant discrétionnaire, d'anéantir une procédure à laquelle la calomnie, la haine et le mensonge avaient servi d'aliment \
Pour >r^® des Melliers, depuis le jour de son incarcération, qui fut le 6 nivôse, jusqu'au jour de son supplice, qui fut le 3 pluviôse, elle demeura, pendant près d'un mois, partagée dans la crainte et dans l'espérance. Avec un optimisme radieux, une merveilleuse confiance, elle crut, jusqu'au jour extrême de sa captivité, que le grand nom de Marceau, que le sauf-conduit signé du général aideraient à la sauver. Pas une
1. « Il (Bourbotte) nous apprit ces détails en rejoignant Tarmée, le lendemain de l'affaire de Savenay. » Savary, ibid.
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fois elle ne soupçonna que ce témoignage, dans les circonstances où il se produisait, était beaucoup plus de nature à la perdre ! Enfin, ce qui, par-dessus tout, la maintenait dans le courage et provoquait sa résistance acharnée dans la prison, c'était le sentiment de sa jeunesse, c'était sa foi naïve dans le printemps heureux qui émanait d'elle !
« On ma fait espérer que mon âge me met hors la loi 1 » avait-elle écrit à M""' de Concise , 5a tante. Pauvre jeune fille 1 Elle crut cela jusqu'au bout. Jusqu^au bout, elle pensa qu'il suffisait d'être belle, d'être jeune, d'être charmante pour échapper au bourreau 1 Aimée de Coigny, qu'André Ghénier rencontra à Paris, dans le préau de la prison de Saint-Lazare, était aussi insouciante, aussi gaie ; elle exhalait de mêmes plaintes, faisait les mêmes vœux :
Est-ce à moi de mourir ?...
Ma bienvenue au jour me rît dans tous les yeux...
Je ne suis qu'au printemps, je veux voir la moisson 1
La moisson qui vint, pour M^^* Angélique des Melliers, comme pour bien des « captives » de 3es temps néfastes, fut la moisson rouge qu'un tiideux bourreau répandait alors partout sur le monde avec sa faucille !
Tirée de sa geôle, au malin du 3 pluviôse (22 janvier 1794), elle fut, avec la veuve Hay et ses quatre filles, dont l'une n'avait pas quinze ans, enfin deux autres victimes désignées % amenée devant la Commission militaire. C'était le lendemain « de Timmolation des quatorze prêtres ' ». C'est dire assez qu'au tribunal autant qu'à réchafaud la place était tiède encore de la présence des victimes î Les juges, qui semblaient impatients d'en finir, ne firent point languir des débats apprêtés d'avance. « Attendu, dit le jugement, que, par' leur interrogatoire^ il est prouvé que les accusées ont toutes fait partie des brigands de la Vendée, les ont suivis dans tous les lieux qu'ils ont dévastés et sont par conséquent les fauteurs et complices des meurtres commis par eux... la Commission les condamne ^ »
A peine était-il neuf heures du matin. L'arrêt du tribunal ne souffrait pas de délai. C'est donc immédiatement, sous la conduite des geôliers, des gardes nationaux et de quelques-uns des plus hideux terroristes de Laval, que M"^ des