‹ Portraits de sentimentChapitre 38 sur 42 · Henri Chardon, ibid · texte numérisé non relu

Henri Chardon, ibid

3. Voir, dit Noël Parfait, les Registres de la Commission révolutionnaire de la Mayenne, au greffe du tribunal de Laval, feuillet 22.

Melliers, M"® veuve Hay, ses quatre filles et les deux femmes qui les suivaient furent conduites à Téchafaud, sur la place au Blé.

j Cette place, actuellement place du Palais, était bordée alors de maisons à auvents et à colombage ; du faubourg de Mayenne, du quartier de TEperon, du donjon élevé sur le coteau, on en distinguait les pignons aigus, rigides, mêlés dans le brouillard à ceux des chapelles et des monastères. G^est sur cette place au Blé que, depuis le commencement de la Terreur, les toiliers, les fileuses de Laval, restés inactifs dans la guerre, venaient assister aux exécutions. Non seulement des hommes, des prêtres, tous cidevant nobles, pris les armes à la main, avaient gravi en nombre les degrés raboteux de l'échafaud; mais encore des femmes, les unes âgées et vénérables, les autres belles et jeunes étaient venues s'offrir au couteau sanglant. Et, dans cet holocauste, toutes, qu'elles fussent riches ou pauvres, laïques ou religieuses, chenues ou adolescentes, s'étaient comportées vaillamment, en Vendéennes et en royalistes.

« Mes enfants, mourez en Vendéens I » s'était écriée, de la fenêtre de sa prison, envoyant ses fils conduits à Téchafaud, M™^ de La Roche Saint- André. Et c'est sur cette même place que périt M"' Neveu, cette « brigande » qui avait

tant de pudeur qu'elle ne voulut pas, au moment suprême, que le bourreau lui enlevât son châle. « Non, Monsieur, dit-elle à l'exécuteur, j'aime mieux souffrir un peu plus et n'être pas découverte M » Enfin, là aussi, sur cette place au Blé arrosée de sang et de larmes, devaient tomber les jeunes têtes de Perrine et de Renée, ces filles dont le seul crime était d'être les sœurs de Jean Chouan I

M"' des Melliers n'ignorait rien de ces exemples; elle savait tout de ces martyres. Seulement elle avait touché de si près à la liberté, elle s'était retenue avec tant d'ardeur à Tespoir de vivre qu'il ne lui semblait pas possible d'être saisie, d'être frappée, elle aussi, par la mort ! « O Mort î tu peux attendre I... » eût-elle pu dire avec le poète inspiré de ces heures sombres. Mais rien de ce qu'elle attendait si passionnément pour sa délivrance ne put s'accomplir. Et, cette mort, qui fléchit un moment devant Aimée de Goigny, fut impitoyable à tout ce qui composait, chez M^^" des Melliers, la jeunesse et la beauté. Sous la forme d'un bourreau tragique, elle se présenta, se saisit d'elle, la jeta sur la planche du supplice ; et cette tête charmante, enveloppée de cheveux sombres, animée des

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