Noël Parfait, loc. cit
Deux ans ont passé depuis cet épisode. « Je veux porter mes armes contre l'étranger », avait écrit Marceau à sa sœur Emira. Et ce vœu d'un héros s'est réalisé : le général commande à Tarmée de Sambre-et-Meuse. Nous sommes au matin du troisième jour complémentaire de Tan IV, dans la Prusse rhénane. Un brouillard léger se dissipe, avec la nuit, au-dessus des hauts pins de la forêt d'Hochslenbach. Il est à peine quatre heures; le jour pointe à travers les branches trempées de rosée; et, pourtant, dans la brume et Tombre dernières des ténèbres, l'aile droite de Tarmée de Sambre-et-Meuse prend déjà position pour combattre.
Menacé par le corps de Tarchiduc Charles, le général Jourdan a résolu de rallier toutes les forces françaises sur Altenkirchen, et c'est pour permettre à Jourdan d'opérer sa concentration que Marceau a reçu la mission périlleuse d'arrêter l'ennemi, de briser sa marche et d'immobiliser, pendant plusieurs heures, le mouvement de l'armée autrichienne. Monté sur le cheval alezan qui ne le quitte jamais et sur lequel il a paru déjà dans vingt rencontres, Marceau parcourt en hâte la ligne de ses troupes ; le plumet de son shako, coupé depuis TafTaire de Limbourg par un biscaïen, tremble au vent matinal et signale sa présence aux points du combat;
LE GÉNÉRAL MARCEAU ET m"^ DES MELLIERS 319
mais soucieux d'assurer encore une position gardée par son infanterie, le général entend fortifier le terrain sur lequel il a résolu de tenir. Alors, il laisse là son cheval, ses ordonnances, et c^est suivi de ses ingénieurs et de ses officiers qu'il commande à tous de creuser ces tranchées sur le fond desquelles Sergent, son beau-frère, nous Ta montré dans un chef-d'œuvre de la gravure. A ce moment, dit Michelet, qui l'a considéré dans cette estampe, « le héros, amaigri par Texcès des fatigues, est svelte et un peu grêle ; dans ses yeux doux, tristes et sauvages, on sent un cœur bien atteint; il y a là quelque chose de fantasmagorique ; il fait l'effet d'une ombre, comme celui qui a trop vu les morts et qui leur appartiendra bientôt * ».
Sur ces traits adoucis d'une gravité précoce, un voile léger de langueur atténue l'expression martiale, le sillon des larmes semble avoir laissé son empreinte et la secrète amertume de vivre apparaît dans le regard d'une résignation infinie.
11 y a loin de ma position au bonheur... Je ne dois plus être heureux; des pressentiments me l'assurent et le concours des événements qui, depuis un an, ont traversé mon existence me le confirme encore davantage.
C'est ainsi que s'était exprimé Marceau, dans