R. P. MONSABRÉ
Le p. MONSABRÉ
Il y a quelques années, on parla, dans nos cercles catholiques, d'un prédicateur puissant qui venait de se révéler. Il portait l'habit blanc des Frères Prêcheurs, la robe du P. Lacordaire. Celui-ci venait de mourir loin de nous, dans cette demi-obscurité où sa gloire s'était recueiUie et qu'il aimait à considérer comme un exil. Le nouvel orateur ne cherchait pas à ressembler au Maître : il ne le copiait pas. C'était déjà un rare mérite : car, dans un monastère, les novices aiment un peu trop à calquer leur génie naissant sur les illustrations de leur ordre, et, dans un journal, tous les débutants prennent volontiers le style du rédacteur en chef. Bref, la foule afflua dans cette chère petite chapelle des Carmes où vivent tant de souvenirs augustes, et le bruit se répandit bientôt que nous avions un grand conférencier de plus, et qu'il ne ressemblait pas à ses devanciers. Il s'était, d'un premier bond, élancé jusqu'aux sommets du dogme, et s'était donné là tâche d'exposer, durant toute sa vie, la doctrine catholique à nos générations ignorantes. On vit tout d'abord qu'il serait plus solide que hardi, plus a traditionnel » que nofateur. On découvrit bientôt qu'il connaissait très profondément les trésors négligés
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de l'Ecrilure sainte et qu'il avait pour saint Thomas un amour ardent et profond. De là son charme. Je me souviens encore de nos premiers empressements autour de sa chaire ; mais sa parole, depuis ce temps, a fait un beau chemin dans le monde, et Notre-Dame aujourd'hui, comme autrefois la petite chapelle des Carmes, ne suffît pas à contenir les auditeurs de cette voix si légitimement aimée.
Je parlais de sa connaissance de la Bible : c'est là ce qui le caractérise. Certes le P. Lacordaire et ses élèves c( en ligne directe » lisaient, savaient, aimaient l'Écriture ; mais, dans leur désir d'être plus utiles aux hommes de leur temps, ils avaient été amenés à n'en plus faire la substance de tous leurs discours. Ils la citaient souvent, mais se jetaient volontiers à côté, pour donner à leur argumentation je ne sais quelle nouveauté plus entraînante. Quand le P. Monsabré monta en chaire, il eut le bonheur de trouver le terrain mieux préparé dans les intelligences et dans les cœurs. En 1837, aucun orateur ne pouvait faire de la Somme son point de départ ; mais, vingt années plus tard, il n'en était plus de même, et ce sera l'élernel honneur du P. Lacordaire d'avoir été cet introducteur nécessaire à l'étude de l'Écriture et de la Théologie. On l'oublie trop, et c'est de l'ingratitude.
Dans les Conférences du P. Monsabré, il n'est point rare de lire de suite cinq ou six pages qui sont uniquement composées de citations de l'Ancien et du Nouveau Testament. Mais quel choix heureux ! Mais quelle subtilité dans l'enchaînement de ces textes ! Mais quelle vigueur dans leur traduction ! Il en est ainsi pour saint Thomas et pour toute l'École. Jamais une citation n'est pédante, n'est inutile. Dans les admirables discours du P. Ventura sur la Raison catholique et sur la Raison phi^