‹ Portraits du 19e siècleChapitre 17 sur 23 · LE P. MONSABRÉ · texte numérisé non relu

LE P. MONSABRÉ

Les conférences du P. Monsabré attestent chaque année un progrès considérable dans la manière du grand orateur. On n'est pas plus logicien, ni plus puissant. Le P. Monsabré, c'est la Franchise, c'est la Sincérité absolue. Il ne cherche pas à cacher, avec un pan de sa robe blanche, quelque coin de doctrine qu'il pourrait supposer désagréable à ses auditeurs. Il étale magnifiquement la Vérité tout entière, sachant que le mot « pallier » ne pourrait s'appliquer au Vrai. Catholiques, nous n'avons rien à cacher, rien à adoucir, rien à amoindrir. iNolre doctrine est un soleil dont la lumière ne blesse pas la vue et ne doit jamais être interceptée, même par les plus agréables vitraux. Et il faut, sans précaution, en faire entrer tout le rayonnement dans les yeux de nos adversaires.

Ainsi procède le P. Monsabré.

Cette année, il a commencé son premier discours peu de temps après le scandale de nos désastres plus que civils. Pour se rendre de son cloître à Notre-Dame, il a dû traverser nos ruines. Du haut de sa chaire il pouvait facilement apercevoir, dans la vieille basilique, les traces récentes d'un sacrilège abominable ; même il pouvait se dire qu'on avait essayé de brûler cette chaire à laquelle son éloquence donne aujourd'hui une si noble consécration. Bref, il inaugurait ses Conférences en des temps rigoureux et tristes, sentant l'amour autour de lui, mais la haine à quelques pas de là. Et quelle haine !

Eh bien ! ce spectacle ne l'a pas amolli. Il ne s'est pas

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dit : (( Voici l'heure des ménagements et des demi-vérités. Voilons prudemment une lumière dont ces paupières malades ne sauraient supporter la vivacité dangereuse. Ne disons pas tout, et le peu que nous dirons, disons-le très doucement. » Non, il n'a pas connu les petitesses de ce langage que tout homme médiocre se serait tenu. Et il a montré ce qu'il était, en entreprenant de tout dire, en disant tout.

Savez-vous quelle est, après l'Écriture, la base de ces vivantes et chaudes conférences? C'est X^Syllabus. Je dis que c'est là faire acte de courage, mais surtout de clairvoyance. Le P. Monsabré connaît son temps. Notre siècle a mille défauts, et il est capable de mille crimes et de cent mille sottises. iMais il ne faut pas lui refuser une vertu, une dernière vertu, qui peut-être le sauvera : il est sincère. Il n'aime pas les hypocrisies de la doctrine, les réticences, les à peu près. Il va droit au fait. « Pas d'ambages. Dites-moi ce que vous êtes ; ouvrez-moi votre esprit tout grand. Ouvrez encore : je veux lire. » Et il lit. Et il ne faut pas essayer de lui faire sauter certaines pages : car ce sont celles-là qu'il veut connaître.

Il y a encore parmi nous toute une école catholique qui s'épouvante du mot « catholique » et l'efface partout où elle peut mettre la main : «Juste ciel, si nous allions être reconnus! » Ces excellents chrétiens se déguisent en « simples honnêtes gens » et croient bien faire. Hélas î ils se trompent étrangement et n'emportent que le dédain de leurs adversaires. L'ouvrier, notamment, n'aime pas que l'on cache ainsi son drapeau. Dans les clubs de 1870 et 1871, il a supporté et même applaudi quelques vaillants qui disaient franchement à la tribune-: « Je suis ca-

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Ibolique. » Le P. Monsabrô est de la race de ces hommes fiers et entiers : il nous l'a bien fait voir.

Donc, il a pris d'une main le Syllabus, et s'est écrié : (( Voici le monument le plus récent, le plus complet, le plus vigoureux de la doctrine catholique. » Et dans son autre main il a pris le document le plus hardi et le plus avoué qui soit émané de la démocratie socialiste, le fameux (( Programme de la Section de l'Alliance au congrès de Genève ^ » Toute sa tâche a consisté à opposer entre

^ Ces six Discours du P. Monsabré pourraient recevoir les titres suivants : r la Vérité ; 2o le Devoir ; 3° la Famille ; 4" l'Education ; vt" le Pouvoir ; 6" la Société. On pourrait, pour plus de clarté, placer en regard, ainsi qu'il suit, les principes opposés des deux Radicalismes, tels que le P. Monsabré les a exposés :

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