II
L'auteur des Institutions liturgiques^ du Naturalisme clans Vhistoire efde la Monarchie pontificale est mort en laissant un grand exemple aux catholiques. Je ne vois pas, en effet, que cet illustre chef d'école ait jamais fait à la politique la part que nous lui faisons aujourd'hui dans notre activité fiévreuse ; et je vois, d'aulre part, qu'il a mis constamment la science au service de la foi. Appren)ns de lui à faire estime de cette science que nous méprisons trop, et à nous élever au-dessus de ces petits horizons politiques qui ne sont décidément faits ni pour nos yeux ni pour nos ailes. Ce que Dom Guéranger a fait durant cinquante ans, sachons le faire, nous aussi, et donnons la meilleure part de notre temps à la théologie, à l'histoire, au droit, aux sciences et à l'économie sociale. Nous planerons ainsi au-dessus de tous les ^partis, au lieu
> Les deux alinéas qui précèdent sont littéralement empruntés à notre LiUérature nationale et catholique. Ils ont été écrits au lendemain même de la mort de Dom Guéranger.
de ramper près d'eux, el nous conquerrons une indépendance qui nous permellra bientôt d'exiger du pouvoir, quel qu'il soit, le respect de tous nos droits. L'avenir est là, et n'est pas ailleurs.
Voici cependant qu'ils s'en vont l'un après l'autre, tous ces chefs du vieux parti catholique. Mgr Parisisest mort; Montalembert et Lacordaire sont morts ; Louis Veuillot est mort ; le Père Abbé est mort.
Jetons les yeux sur ces vaillants, et prions Dieu de nous envoyer des hommes de leur taille.
L'homme d'État s'est recueilli. Brusquement éloigné des affaires publiques par le souffle d'une Révolution, il n'a pas cru que l'heure du repos eût sonné pour lui, et il lui est venu cette sage pensée de consacrer à la défense de l'immuable Vérité le reste de ces forces qu'il avait trop rapidement usées dans la défense d'idées politiques sans •élévation, sans solidité, sans certitude. Il a cru qu'il lui restait encore ce noble moyen de donner une couronne à ses cheveux blancs, dont la majesté avait peut-être été compromise au milieu des tumultes politiques : il l'a cru, et il a bien fait de le croire. Se réfugiant dans la méditation, rhomme d'État y est devenu plus respectable et plus grand qu'il ne Tavait été dans la plus vive ardeur de sa période active : vaincu, il a commandé certaines admirations, que, vainqueur, il n'aurait jamais inspirées. L'auteur des Méditations sur V essence de la religion chrétienne, quelle que soit l'étendue de nos réserves, est plus grand que le jeune professeur de 1820 et que le premier ministre de 1840. Il est plus grand, par la simple raison
' Méditations sur l'essence de la religion chrétienne. — Si nous plaçons .ici M. G.uizot parmi les Apologistes, c'est à raison de toutes les vérités qu'il a vaillamment défendues dans ce livrl, et malgré les erreurs auxquelles ^1 est trop souvent resté fidèle.
qu'il est plus près de Jésus-Christ. On nous a jadis raconté une belle légende chrétienne que nous avons plus haut résumée sous une autre forme et que nous nous plaisons à appliquer ici à M. Guizot. Un jour, dans certain pays catholique, Jésus-Christ apparut sur le sommet d'une montagne et invita d'une voix douce tous les habitants à venir à lui. Ils se mirent en marche; mais il se fit alors un beau miracle : à mesure qu'ils s'avançaient vers Celui qui est la Lumière et la Vie, ces pauvres gens sentaient leur taille grandir, grandir, grandir de plus en plus. Au bas de la montagne, ils étaient comme des pygmées ; parvenus aux pieds de Jésus, c'étaient des géants. Malheureusement, M. Guizot n'est encore qu'à moitié route. Certes, parmi les colères que le livre de M. Renan a soulevées sur toute la face de la terre, il en est peu d'aussi nobles, d'aussi belles que celle de M. Guizot. Ce vieillard, naturellement froid, a senti à cette lecture la rougeur des saintes fureurs lui monter à la face. M. Guizot, pour la première fois peut-être, s'est profondément indigné. Il a saisi d'une main ferme cette plume trop souvent occupée à nous mettre au courant de sa vie intime, ou à nous donner des traductions de l'anglais ; et avec une foi presque mystique, avec une netteté de pensée et de style qu'on n'attendait pas de cet homme jadis trop habile, il s'est mis à défendre la divinité de Jésus-Christ : oui, à la défendre sans ambages et sans restriction. « J'ai passé, dit-il, trente-quatre ans de ma vie à lutter dans une bruyante arène pour l'établissement de la liberté politique et le maintien de l'ordre selon la loi. J'ai appris dans les travaux et les épreuves de cette lutte ce que valent la foi et la liberté chrétiennes. Dieu permet que, dans le repos de ma retraite, je consacre à leur cause ce qu'il me
conserve encore de jours et de force. C'est la plus salutaire faveur et le plus grand honneur que sa bonté me puisse accorder*. » Nous ne craindrons pas de le dire, au risque de scandaliser certaines âmes : ces quelques lignes valent toute Y Histoire de la Civilisation ; elles seront d'un plus grand prix aux yeux de Celui qui jugera l'auteur ; elles étaient nécessaires, d'ailleurs, pour expier la faute qu'a commise M. Guizot en patronant le livre plusieurs fois alliée de xM. Taine. Puisse cette expiation contenter la divine justice !
Nous allons étudier le livre de M. Guizot, et nous allons l'étudier sans chercher à nous défendre d'un respect et quelquefois même d'une admiration qui ne sont jamais inopportuns avec un adversaire tel que l'auteur de ces Méditations. Mais nous l'éludierons aussi avec une sincérité rude. M. Guizot est chrétien et affirme nettement la divinité de Jésus; de là de grandes lumières et de grandes vérités dans son livre. M. Guizot est protestant et repousse la tradition catholique : de là de grandes lacunes dans son esprit, qui est condamné à être perpétuellement incomplet ; de là surtout de grandes erreurs dans son intelligence, qui, semblable aux globes qu'on présente à la lumière^ a tout un côté dans les ténèbres. Ce sont ces vérités, ces lacunes et ces erreurs que nous allons tour à tour signaler à l'attention de nos lecteurs dans un ordre et d'après un plan facile à saisir.
C'est un beau spectacle que celui d'un homme dont le nom a retenti dans toute l'Europe, venant sur le déclin
^ Préface, pages xxvii-xxviir.
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de sa vie incliner sa tête blanche devant les vieilles vérités, les saluant gravement l'une après l'autre, puis renversant avec une gravité énergique les vieilles erreurs et les vieilles idoles remises nouvellement en honneur. On se rappelle involontairement ces chrétiens des premiers siècles qui entraient dans les temples païens et abattaient les statues des faux dieux. Une confession si claire de la divinité de Jésus-Christ peut d'ailleurs sembler presque courageuse de la part d'un protestant, si l'on se rappelle que la plupart des protestants lettrés ne professent plus cette croyance. Quand un Coquerel tend la main à M. Renan, un Guizot retire la sienne.
M. Guizot consacre une de ses plus longues Méditations à l'étude des dogmes chrétiens, et il entend prircipalement par ces mots : « la création, la providence, le péché originel, l'incarnation, la rédemption; » mais à ces articles de foi il convient d'ajouter, d'après plusieurs autres Méditations, la croyance au surnaturel, à la révélation, à la divinité de Jésus-Christ. Tel est, à ses yeux, l'ensemble des vérités nécessaires, des vérités qui soutiennent le monde. C'est un honneur pour lui de n'avoir pas discuté l'existence de Dieu.
De même que l'Église catholique et grâce à l'Église catholique, M. Guizot ne peut s'expliquer ce monde où nous vivons que parle dogme élémentaire de la création. Les vieux arguments lui suffisent en faveur de ce dogme. Comme le dernier des paysans chrétiens, il regarde le ciel et s'écrie : « Cela ne s'est pas fait tout seul. » Et, comme le paysan, il s'agenouille et dit à Dieu : « Mon Créateur ! » Je cherche en vain le côté faible de cet argument, et ne puis le trouver. J'écris ces lignes au bord .d'une eau courante, tout enfoui dans la verdure : cette
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verdure et celle eau me crient qu'elles ont été créées par une Intelligence souveraine. Il est vrai qu'on a voulu tout expliquer par la génération spontanée. M. Guizot fait justice, avec sa froide sévérité, des partisans de ce système : « Se fîgure-t-on, dit-il, le premier homme naissant à l'état de la première enfance, vivant, mais inerte, inintelligent, impuissant, incapable de se suffire un moment à lui-même, tremblottant et gémissant, sans mère pour l'entendre et le nourrir? C'est pourtant là le seul premier homme que le système de la génération spontanée puisse donner. Évidemment, ce n'est pas ainsi qu'est venu sur la terre le genre humain. » La doctrine de la génération spontanée ne méritait pas de fixer si longtemps l'attention d'un esprit tel que celui de M. Guizot ; elle ne méritait pas cet excès d'honneur. Ils sont là, vingt ou trente, qui cherchent à prouver que le bon Dieu n'est pas nécessaire en ce monde, et que la créature, après tout, peut bien se créer toute seule. Voyez-les à l'œuvre : ils s'agitent, ils se travaillent, ils sont en sueur ; mais, enfin, un sourire éclaire la figure de ces révolutionnaires qui veulent détrôner le Créateur. Ils nous appellent, ils ouvrent devant nous je ne sais quel bocal immonde, et nous montrent du doigt « la créature qui s'est créée ellemême. » Hélas ! hélas ! c'est un ver jimperceptible et hideux> c'est un infiniment petit qui fait mal à voir. La science, la vraie science arrive, et l'on se convainc bientôt que les horribles petits monstres sont nés d'une génération réelle, et non pas spontanée. La vie générative envahit, malgré nos savants, les réceptacles qu'ils croyaient le mieux fermés : il lui faut un chemin, elle se le fait. Et d'ailleurs, que prouveraient vo^ vermisseaux? Mettez-vous donc à l'œuvre, misérables Prométhées, et fabriquez un
homme à l'œil sublime, au front élevé, au beau sourire, un homme qui regarde le ciel, un homme qui comprenne le Vrai, fasse le Bien, aspire au Beau 1 Rallumez vos fourneaux, rentrez dans vos officines, et n'en sortez plus.
De même encore que l'Église catholique, et grâce à l'Église catholique, M. Guizot s'agenouille devant celte Providence qui est, depuis l'origine du monde, si amoureusement penchée vers l'humanité ; qui ne croit pas déroger en s'occupant de nous ; qui nous dirige sans cesse parce qu'elle nous aime toujours. Le père qui conduit son fils le long de terribles précipices a soin de lui tenir fortement la main : et que ne dirait-on pas de ce misérable s'il lâchait la main de son enfant? Comment davantage s'imaginer un Dieu qui abandonnerait l'homme, qui lui retirerait l'appui de sa main, qui se croiserait les bras devant notre faiblesse ! Dès que l'on croit à Dieu, il faut croire à son amour ; dès que l'on croit à son amour, il faut croire à sa providence : la Providence, c'est l'amour de Dieu s^occupant de l'homme. Ces principes sont d'une incontestable rigueur : on ne peut échapper à leur étreinte. M. Guizot les a remarquablement exprimés : « Par cela seul qu'il est. Dieu assiste à son œuvre et la maintient. La Providence, c'est le développement naturel et nécessaire de l'existence de Dieu. C'est la présence constante et l'action permanente de Dieu dans la création. )> 11 n'y a du reste qu'un seul système à opposer au dogme de la Providence qui, depuis six mille ans, a été le dogme le plus universellement professé sur notre terre ; qui, depuis six mille ans, a fait ployer presque tous les genoux humains; qui, depuis six mille ans, a ouvert presque toutes les lèvres humaines à la prière : ce système menteur, c'est le fatalisme. M. Guizot en a fait justice avec un dédain
mérité ; mais surtout il a formulé la vérité chrétienne avec un rare bonheur d'expressions : La Providence divine assiste à la liberté humaine et en tient compte. Voilà pourquoi toutes les générations humaines ont prié : touteprière est une preuve contre le fatalisme. Cette honteuse doctrine a véritablement contre elle l'assentiment de tousles peuples, de ceux mêmes qui ont cru au pouvoir du Destin ; car leur conduite a toujours éloquemment démentr leur croyance. Mais un argument non moins fort est celui que Dieu a caché au fond de notre conscience, dans l'intime de notre intime. Si je descends en ce sanctuaire, jeme connais libre, et rien ne peut m'arracher ce sentiment très vif de mon libre arbitre. Je n'étends mon bras, que si je le veux ; je ne fais le mal que si je le veux. Il y a en moi des énergies qui ne sont pas volontaires, cela est vrai; mais j'ai le devoir, j'ai la mission de lutter contre elles, et je les distingue aussi nettement de mon énergie volontaire que mes yeux matériels distinguent le soleil de l'ombre.
De même encore que l'Église catholique, et grâce à l'Eglise catholique, M. Guizot fait dériver tous les dogmes, chrétiens de ces deux principes primordiaux : la providence de Dieu, le libre arbitre de l'homme. Dans une dissertation un peu longue et diffuse, l'auteur des Méditations établit que le péché originel n'est qu'un acte de la liberté humaine, et que le châtiment de ce péché devait être héréditaire : « L'hérédité, dit-il, prend place dans- Tordre moral aussi bien que dans l'ordre matériel. » Représentons-nous nos premiers parents après l'accomplissement de leur crime : ils brûlent des mauvais feux de la concupiscence, leurs pieds sont tout ensanglaniésd'épines, ils craignent la mort, ils doivent un jour ei>
éprouver l'horreur. El vous voudriez que ces êtres soumis si profondément à la douleur, au désir du mal, à la mort, enfantassent des êtres immortels, immaculés, impassibles, d'une beauté sans ombres, pareils à l'Adam de la première heure, rois joyeux de tout l'univers obéissant, possesseurs incontestables d'une terre qui ne connaît pas les épines? Nous le demandons : une telle génération ne serait-elle pas plus étonnante que notre génération réelle dans le péché, dans la douleur et dans la mort? iNon, non, nous ne sommes pas seulement des êtres faillibles : nous sommes les enfants d'un être qui a failli. Seulement, Dieu, qui avait voulu nous conduire tout blancs dans le ciel où ne pénètre que la blancheur, Dieu, voyant son premier plan brisé par l'abus de la liberté, voulut nous y conduire blanchis par sa mort et lavés dans son sang. De là l'incarnation ; de là surtout la rédemption ; de là cette inénarrable splendeur du grand Plan divin. Dieu saisit de ses mains la douleur, la mort, les apparences mêmes du péché ; il en tisse, pour ainsi parler, un manteau, et ce manteau est notre chair : Trabsea carnis indutus est. Ainsi vêtu, Jésus-Christ se pose au milieu du monde comme un type géant sur lequel il faut nous régler. Plus nous aimerons à son exemple la douleur, la mort, les humiliations qui nous proviennent involontairement du premier Adam, plus nous aurons de titres à la gloire, à la béatitude éternelles. La douleur devient ainsi le plus grand élément de notre joie; la mort devient la porte aimable et terrible du bonheur qui ne finira pas. D'après le premier plan, si Adam eût été soumis à la loi de Dieu, nous fussions, à travers un bonheur terrestrement héréditaire, parvenus à une félicité célestement héréditaire. D'après le second plan, I'imitation de Jésus-
Christ remplace la transmission par le sang, et lui est infiniment supérieure. Et voilà pourquoi l'Église chante à pleins poumons : Félix culpa ! K
De même encore que l'Église, et grâce à l'Église, M. Guizot admire, dans la Rédemption, ces harmonies du plan divin. 11 faut en convenir : il n'y a rien dans ses 31édUations qui soii profondément original; mais ce qui est beau, c'est ce ton de respect, c'est l'attitude de ce vieillard à genoux. Il ressemble ainsi à ces donateurs pieux qui sont peints sur les antiques verrières et qui considèrent mains jointes le crucifiement de Jésus-Christ. La rédemption, en effet, a retenu longtemps les regards de notre philosophe. Il n'a pas craint de reproduire la profonde doctrine de Joseph de Maistre sur les Sacrifices, celte doctrine que les esprits médiocres sont condamnés à trouver étrange. « Les hommes ont cru, dit-il, que la faute pouvait être expiée par d'autres que par son auteur, et que des victimes innocentes pouvaient être offertes pour fléchir Dieu et sauver le coupable. » C'est bien pensée mais froidement écrit. M. Guizot, néanmoins, méritait d'être théologien : il a de singulières délicatesses d'oreille. Il entend très distinctement la voix de toute l'humanité disant à Dieu : « Voilà des torrents de sang animal, voilà des fleuves de sang humain : lave tous nos crimes dans ces flots. » Et il a entendu non moins nettement la voix de Jésus-Christ répondant à l'humanité, et lui disant : «. Je vais, pauvre enfant, prendre ta place et expier tous tes péchés ; tu vas prendre la mienne et goûter toute ma béatitude. » C'est celle double substitu-
^ « Sans le péché originel, dit M. Guizot, il faut accepter le mal comme naturel, éternel, nécessaire, dans l'avenir aussi bien que dans le passé, comme l'état normal de l'homme et du monde. » (Page o7.)
(ion, c'est cette solidarité divine qui a sauvé le monde K De même enfin que l'Église, et grâce à l'Eglise, M. Guizot ne peut concevoir la nature sans le surnaturel : « La -croyance au surnaturel, dit-il, est un fait naturel. » Ce philosophe a l'âme grande encore, malgré les contractions ■ei les rapetissements de l'hérésie. Il ouvre les yeux, et croit au miracle. Jl croit à la révélation, qui n'est que le miracle dans l'ordre intellectuel et, sans craindre de passer pour traditionaliste, il raconte les premières conversations de Dieu et de l'homme dans l'Éden. On croit parfois entendre dans ces pages la voix du P. Ventura, et €ious croyons en effet nous rappeler que M. Guizot fut, à Paris, un des auditeurs les plus zélés de l'illustre Théatin. Étant donnée la faiblesse de l'homme, M. Guizot ne peut croire que Dieu se soit refusé le pouvoir de donner surnaiurellement quelques forces à sa petite créature : de là le miracle. Étant donnée la courte vue de l'intelligence humaine, M. Guizot ne peut croire que Dieu se soit refusé le
^ M. Guizot, commentant le texte évangélique : A fructibus eorum •cofjnosceiis eos, compare ]es incarnations des faux dieux et les doctrines des grands philosophes à notre doctrine chrétienne et à lincarnation de notre Dieu : « A considérer l'ensemble des faits et malgré toutes les révoluiions politiques et matérielles qu'elles ont subies, la Chine après Confucius, l'Inde après Bouddha, la Perse après Zoroastre, la Grèce après r*vthagorc et Socrate, sont restées dans les mêmes voies, sur les mêmes pentes où elles étaient avant eux. Bien plus, chez ces nations si diverses, la décadence s'est bientôt établie au sein de l'immobilité. Où en sont-elles -aujourd'hui, après plus de deux mille ans, depuis l'apparition de ces i^dorieuses figures dans leur histoire? Quels progrès considérables, quelles métamorphoses salutaires s'y sont accomplis ? Que sont-elles, quand elles se trouvent en comparaison et en contact avec les nations chrétiennes ? Kn dehors du christianisme il y a eu de grands spectacles d'activité et de force, de brillants phénomènes de génie et de vertu, de généreux essais <le réforme, de savants systèmes philosophiques et de beaux poèmes mythologiques ; point de vraie, profonde et féconde régénération de 1 hu- Jiianité. » (Pages G4-Gj.)
pouvoir d'éclairer surnalurellement son imparfaite créature ; de là la révélation. Encore une fois, tout s'explique par la bonté de Dieu. L'auteur des Méditations le constate ; mais surtout il n'oublie pas quel est le but principal de son livre. Il confesse sa ferme croyance à la divinité de Jésus-Christ ; il accumule les textes, il entasse les arguments ; cette chaleur inusitée fait un noble effet sur ce visage pâle où l'indignation ramène le sang. Ecoutez plutôt ces nobles paroles qu'il adresse très vivement à M. Renan et qui peuvent être considérées comme sa conclusion suprême :« L'histoire, dit-il, repose sur deux bases : les documents positifs sur les faits et les personnes, les vraisemblances morales sur l'enchaînement des faits et l'action des personnes. Ces deux bases manquent également à lliistoire de Jésus-Christ telle quon la raconte, ou plutôt quon la construit aujourd'hui : elle est en contradiction évidente et choquante, d'une part avec les témoignages des gens qui ont vu Jésus-Christ ou qui ont vécu avec ceux qui l'avaient vu ; d'autre part avec les lois naturelles qui président aux actions des hommes et au cours des événements. Ce n'est pas la de la critique historique : cest un système philosophique et un récit romanesque mis à la place des documents matériels et des vraisemblances morales ; c'est un Jésus-Christ faux et impossible, fait de main d'homme, qui prétend détrôner le Jésus-Christ réel et vivant. Fils de Dieu. »
Telles sont les vérités que confesse l'auteur de ces Méditations, sans fausse honte et sans bravade, sans cacher sa foi et sans l'étaler*. Nous n'avons pas craint de
^ M. Guizot ne craint pas de se séparer des écoles protestantes, notamment en ce qui concerne la fameuse thèse du Pétréisme et du Paulinisme, soutenue par l'école de Tiibingue. Contre les hypercritiques de
rendre à l'un de nos adversaires toute la justice que méritent sa sincérité et son courage; nous n'avons même pas dissimulé notre émotion, notre respect. Il nous est difficile d'entendre sans frémissement la confession de notre foi sur les lèvres même d'un hérétique.
Mais il nous reste à adresser une question à M. Guizot.
Avec clarté, avec fermeté, cet homme illustre vient de parler, comme un catholique l'aurait fait, de la plupart des dogmes chrétiens. Ce qu'il a dit de la Création, du Péché originel, de la Rédemption, un de nos théologiens aurait pu le dire à peu près dans les mêmes termes. D'où vient donc cette science toute traditionnelle à un homme qui repousse la tradition?
Oui, nous le demandons à M. Guizot, nous lui demandons très instamment, nous ne cesserons de lui demander où il a puisé toute la substance de q,^^ Méditations, qui contiennent tant d'éclatantes vérités ?
Est-ce dans son propre esprit, libre et abandonné à lui-même, qu'il a puisé le trésor de ces considératioas théologiques ? M. Guizot n'oserait le prétendre, et nous le nions très formellement. Il n'est pas une seule des pensées de notre philosophe qui ne se trouve mille et mille fois dans la collection précieuse des Pères de l'Eglise et des écrivains ecclésiastiques. Nous nous déclarons prêta accepter sur ce terrain une discussion critique, une lutte
coups de textes.
Serait-ce dans la prédication de ses pasteurs que
noire temps, il établit ailleurs que le monothéisme des Sémites ne peut pas expliquer toute l'histoire du peuple de Dieu, puisque « plusieurs nations sémitiques ont été polythéistes. » Et nous pourrions citer encore beaucoup d'autres hommages à la Vérité catholique.
M. Guizot aurait été recueillir un à un la moisson de ses arguments? Si M. Guizot voulait en convenir, nous n'en serions pas peu joyeux : car alors il y aurait pour lui une Autorité et une Tradition religieuses sur la terre. Le dernier des protestants qui admet les idées de son pasteur croit à l'Autorité, croit à la Tradition. Donc il n'est pas logique, rejetant en théorie ce qu'il accueille en pratique. Mais M. Guizot n'a même pas la ressource de cette mauvaise argumentation : toutes ses idées sur Dieu, sur Jésus-Christ, sur le Plan divin, sont empruntées presque httéralement à des écrivains qui ont vécu avant Luther, avant Calvin, avant les premiers pasteurs de l'Église prétendue réformée. Toutes ces idées avaient cours, toutes ces idées étaient une partie vivante de la tradition antérieurement au xyi*" siècle.
Or, ces idées mêmes, que la Réforme a trouvées si profondément gravées dans les intelligences et dans les cœurs, elles sont aux yeux de M. Guizot, comme aux nôtres, la Vérité même, la Beauté suprême et le Bien absolu. Je marche rigoureusement, cruellement à mes conclusions. Il résulte de tout ce raisonnement facile à suivre que cest F Eglise catholique qui a conservé dans le monde toutes ces vérités pendant quinze siècles. Eh bien ! d'après ce seul fait j'affirme que l'Église catholique est la seule, la véritable Église. Il est absolument impossible que Dieu ait confié à une Église fausse, ou en d'autres termes à l'Erreur, la conservation de la Vérité sur la terre. Dieu ne peut confier la Vérité qu'à la Vérité. Et, d'un autre côté, il est absolument contraire à la bonté de Dieu que, pendant quinze cents ans, il ait laissé parmi nous sans défense, sans gardien, sans organe enfin, cette Vérité qu'il avait voulu léguer aux hommes au prix de tout son sang
répandu. Nous sommes ici en pleine logique, et nous sommons respectueusement M. Guizot de tirer les conséquences de ses principes.
Dans un de ses livres qui auront le plus de solidité contre le temps, dans le Tailleur de pierres de Saint-Point, M. de Lamartine fait professer par un pauvre artisan un Cours magnifique de théodicée naturelle. Or quand, dans ce célèbre Dialogue sur la nature et sur Dieu, l'un des interlocuteurs demande au paysan-philosophe : « Comment savez-vous qu'il existe seulement un Dieu? » le tailleur de pierres allègue sans doute les droits et les énergies de la raison, mais il commence par faire un touchant aveu à celui qui l'interroge : « Ah! Monsieur, dit-il, d'abord notre mère nous l'a bien dit; et puis après, quand j'ai été grand, j'ai connu de bonnes âmes qui m'ont conduit dans les maisons de prière où l'on se rassemble pour r adorer et le servir en commun, et pour écouter les paroles qu'il a chargé ses saints de révéler aux hommes en son nom. » Il est un mot qui eût suffi au tailleur de pierres : a Si je ne déraisonne pas sur le bon Dieu, c'est GRACE A l'Église. »
En vérité, il y aura une grande joie dans le ciel et sur la terre le jour où M. Guizot, voyant plus loin et surtout plus haut, vaincu décidément par la Vérité contre laquelle il lutte, s'écriera enfin, dans un dernier accès de bonne foi et de générosité que nous attendons de cette âme élevée : (( Tout ce que je sais sur Dieu, sur Jésus-Christ, sur la vie présente et sur la vie future, je le dois à la sainte Eglise catholique, apostolique, romaine ! »
En attendant ce cri si désirable, il nous reste à indiquer les lacunes et à relever les erreurs que M. Guizot a laissées dans ces> 31éditations sur Fessence de la religion chré-
tienne. A côlé de l'éloge tempéré par Famour de la vérité, il doit y avoir place pour la critique tempérée par la charité.
On peut signaler deux genres de lacunes dans le livre de M. Guizot. Quelques-unes proviennent uniquement de son ignorance en théologie; certaines autres, plus graves, ne peuvent s'expliquer que par ses préjugés protestants. C'est ainsi, pour bien faire saisir notre pensée, que l'auteur de ces Méditations a été on ne' peut plus incomplet sur l'économie de la nature humaine, sur les harmonies de l'Incarnation et sur l'essence de la vie future, parce qu'il n*a pas lu saint Thomas, parce qu'il ne connaît pas les scolastiques. Mais il n'a pas dit un seul mot de l'Eglise catholique, ni de l'Eucharistie, ni de la Vierge Marie, parce qu'il est encore trop attaché aux erreurs, aux aveuglements de Calvin. Ah ! qu'il est bien vrai que l'erreur ressemble à la robe de Déjanire : quand on veut s'en dépouiller, il faut terriblement ensanglanter sa chair, et la douloureuse enveloppe reste longtemps attachée par quelques points au corps même qui s'en est presque entièrement délivré. ^I. Guizot n'aurait qu'à faire deux ou trois énergiques efforts pour se débarrasser tout à fait du vêtement fatal et reconquérir son indépendance dans la vérité. Mais ces efforts libérateurs quand les fera-t-il?
M. Guizot sait mal dissimuler son dédain pour les théologiens : ce dédain ne lui appoint porté bonheur. Qui ne s'étonnera, en effet, que dans ces Méditations il n'y ait
pas un chapitre intitulé : Uhomme ? Singulier oubli dan& une exposition de la foi chrétienne ; singulier oubli, et qu'un théologien n'aurait jamais commis ! Pour être vraiment complet sur une question, il faut avoir passé par la théologie. Les philosophes, d'ailleurs, possèdent peu la clef de la nature humaine, et ont accumulé les plus épaisses, les plus déplorables ténèbres autour de cette question si bien éclairée avant eux. Ils se sont divisés en deux bandes : les uns n'ont tenu compte que du corps, les autres n'ont vu que l'âme. Les uns et les autres ont coupé l'homme en deux, et n'ont pas eu la notion de l'unité humaine. Seule, la théologie catholique a tenu compte à la fois de l'âme et du corps; seule, elle n'a point partagé l'être humain; seule, elle en a reconnu l'indissolubilité profonde. De là d'admirables lumières, non seulement sur la nature humaine, mais sur l'incarnalion du Verbe, mais sur nos destinées futures ; car ces trois questions sont inséparables, et il ne faut pas séparer ce que Dieu a uni.
Si M. Guizot avait eu davantage les théologiens en estime, s'il avait davantage pratiqué la théologie, il n'eût pas oublié de nous montrer les causes qui décidèrent, pour ainsi parler, l'Intelligence divine à la création de l'homme. Lorsque se leva sur le monde nouveau la belle aurore du sixième jour, ce monde présentait sans doute dans sa première fraîcheur un magnifique spectacle ; mais (on ne saurait trop le répéter) il était évidemment incomplet. La maison n'était pas finie; l'architecte ne pouvait pa& se retirer. Par millions, par milliards, l'œil de Dieu pouvait contempler dans les cieux immatériels les esprits angéliques, dont chacun forme une espèce, et qui sont partagés en neuf chœurs ; par millions, par milliards, l'œil
de Dieu pouvait contempler sur la terre les créatures matérielles partagées en tant d'espèces, elles aussi, et éclatant sous la magnificence nouvelle du soleil. A la droite, à la gauche de Dieu, s'étageaient ces deux hiérarchies d'êtres distincts ; mais combien cette distinction était profonde! Dans le ciel, c'étaient des intelligences qui fixaient sur Dieu des regards mystiques, qui entraient en Dieu, qui se pénétraient de lui ; c'était un cantique intelligent et libre, c'étaient des hommages libres et méritoires. Mais sur la terre c'étaient des êtres dont la beauté n'était pas intelligente, dont la splendeur ne chantait à Dieu aucun cantique volontaire et libre, dont les voix muettes ne rendaient à Dieu aucun hommage méritoire. Entre les deux parties de la création, il y avait un abîme que devait combler et qu'a comblé la Bonté de Dieu. Dieu fit alors un être singulier, un être unique, qui fut la soudure des deux mondes, ou, pour mieux dire, le résumé complet des deux univers, matériel et invisible. Il prit dans ses mains et pétrit ensemble de la terre et du ciel : l'homme naquit, représentant et renfermant en lui la nature angélique et la nature matérielle. Dès qu'il ouvrit la bouche, ce fut en quelque manière la terre qui ouvrit la bouche et qui, pour la première fois, chanta à son créateur un hymne volontaire. Le rôle de l'homme est d'être Torgane intelligent de la création inintelligente, et ce rôle, il le doit à son corps, il le doit à l'unité intime et profonde de son âme et de son corps. C'est ainsi que Dieu éleva l'ordre visible, l'univers matériel, jusqu'à la gloire et à l'intelligence de la création immatérielle. C'est ainsi que, par le règne humain, il éleva le règne terrestre jusqu'aux splendeurs du règne angélique.
Si M. Guizot avait eu davantage les théologiens en es-
lime, s'il avait davantage pratiqué la théologie, il n'eût pas oublié de nous montrer comment à son tour le règne humain fut élevé par Dieu jusqu'au règne divin. De même que l'homme avait été le trait d'union entre l'animal et l'ange, de même Notre-Seigneur Jésus-Christ fut le trait d'union entre l'homme et Dieu. Il y a analogie entre l'union de notre âme et de notre corps dans l'harmonie de notre nature, et l'union des deux natures humaine et divine dans la personne de Jésus-Christ. Par le premier Adam, Dieu avait donné de l'intelligence à la terre muette ; par le second Adam, Dieu divinisa l'humanité misérable. Ce sont là les deux grands mouvements ascensionnels : la terre élevée dans l'homme jusqu'à l'intelligence ; l'homme élevé en Jésus-Christ jusqu'à la divinité. Il y a eu deux moments véritablement solennels dans l'histoire : c'est quand Adam s'agenouilla pour la première fois devant Dieu et agenouilla en même temps que lui l'univers visible tout entier ; et c'est, en second lieu, quand Jésus-Christ s'agenouilla pour la première fois devant son Père, et agenouilla en même temps que lui le monde humain et le monde divin lui-même. Dieu glorifiant devant un Dieu glorifié. Dieu adorant devant un Dieu adoré. Ces deux agenouillements sont les deux principaux chapitres de l'histoire du Culte sur la terre, et il est plus qu'étonnant que de telles vérités n'occupent aucune place dans un ouvrage comme celui de M. Guizot. J'ajouterai que l'auteur a remplacé l'exposition nécessaire da cette grande doctrine par de pauvres et vulgaires considérations : son chapitre sur l'Incarnation est véritablement faible. Voulez-vous savoir au juste quelle différence il y a entre un théologien et un philosophe? Comparez les. pages de ces Méditations, o\\ M. Guizot parle da Jésus-
Christ, avec les magnifiques paroles que prononçait dernièrement, dans un incomparable discours, un de nos évêques dont nous avons plus haut esquissé le portrait : (( Le Verbe de Dieu, s'étant adjoint l'humanité, n'entend plus jamais s'en séparer. Il a pu consentir un moment à ce qu'elle fût humiliée, conspuée, flagellée, crucifiée en lui-même ; il a paru même se la laisser arracher ; on l'a jetée dans les ténèbres de la tombe, on l'y a scellée ; mais là et à la croix aussi, il était avec elle ; l'Époux embrassait l'Épouse, et au troisième jour on l'a vu, comme un géant, la saisir, l'emporter dans les airs, et après l'avoir montrée quarante jours toute resplendissante à la terre, l'installer au ciel sur un trône d'or M »
Si M. Guizot, enfin, avait eu davantage les théologiens en estime, s'il avait davantage pratiqué la théologie, il n'aurait pas oublié dans son livre tout ce qui concerne la vie future. 11 aurait parlé comme il convient de la résurrection de la chair ; il nous aurait montré le grand rôle que les chrétiens ont toujours attribué au corps. C'est, en efTet, grâce à notre corps que nous sommes ici-bas le résumé du monde et les chantres intelligents de la création terrestre ; c'est grâce à notre corps que nous serons éternellement, sous le regard de Dieu, les représentants de tous les mondes matériels que Dieu aura brisés. Car enfin il convient et il faut qu'à tout jamais cette belle création matérielle soit représentée près de Dieu; et c'est nous qui devons remplir cette fonction. Unifiés avec Jésus-Christ lui-même, njous serons autant de dieux adorants devant un Dieu adoré, et cela durant toute l'éternité. Certes, voilà de grandes doctrines : la belle intelli-
< Mgr Berteaud, Discours prononcé au mariage de M. de Cliamborant.
gence de M. Guizot était digne de s'élever jusqu'à elles.
Quant aux lacunes qui proviennent de Téducalion prolestante de M. Guizot, elles sont ici trop naturelles, et nous ne voulons pas nous y arrêter longtemps. Rien sur l'Eucharistie, rien sur l'Église, rien sur la Vierge Marie. M. Guizot a écrit un beau chapitre sur la femme : contrairement à mille petits sophistes, il y établit noblement que, si la femme veut considérer son véritable libérateur, elle doit fixer ses regards sur Jésus-Christ. Mais, ô prodige d'aveuglement ! ce grand philosophe ne prononce même pas le nom de Marie. Imaginez cependant ce qu'aurait de grâce, de beauté, ce nom sacré sur les lèvres de M. Guizot ; quel effet produirait ce lis dans cet automne ! L'auteur des Méditations croit naïvement que Jésus-Christ n'avait qu'à bien parler de la femme pour la réhabiliter dans le monde. Sans doute, les paroles d'un Dieu sont un poids qui finit par tout entraîner; mais la Toute Puissance sait tenir compte de notre liberté. 11 fallait plus que des paroles pour relever la femme de son grand abaissement. Il fallait la production dans notre monde d'un type réel sur lequel toutes les femmes auraient à se régler, et ce type, c'est la Vierge Marie. Il fallait surtout que Dieu naquît d'une Vierge immaculée pour que la femme reconquît ici-bas la pureté, et par la pureté le respect.
Quant à l'Eucharistie, il est trop facile de professer ce dogme générateur de la piété chrétienne dès que l'on croit à l'Incarnation. L'Eucharistie, c'est une incarnation personnelle de Dieu en chacun de nous, et l'Église n'est elle-même, comme l'a dit Mœhler, que l'incarnation permanente du Fils de Dieu au milieu de l'humanité. Tous ces dogmes s'enchaînent inévitablement; mais nous avons cru remarquer que M. Guizot, comme tous les
prolestanis, évite de tirer les conséquences les plus simples et les plus rigoureuses des principes admis par lui. Étant donnée, par exemple, la mission des Apôtres, comment n'admettre pas rinfaillibilité de l'Eglise? M.Guizot ressemble à certains compositeurs qui laissent inachevées les mélodies les plus délicieuses. Tout à coup la mélodie s'arrête : on devine aisément quelle en serait la suite ; mais le musicien ne veut pas aller plus loin, et ses auditeurs éprouvent une sorte de malaise. C'est ce malaise que nous avons éprouvé quelquefois en lisant ces Méditations.
ni
Les erreurs de M. Guizot sont plutôt dangereuses par leur gravité que par leur nombre ; mais la plus grave de toutes est celle-ci : M. Guizot n'a pas la notion de l'Unité. Tl est vraiment regrettable qu'un esprit aussi distingué ait les yeux obstinément fermés à une aussi considérable vérité. L'auteur des Méditations, croyant être très généreux et très élevé, déclare s'adresser « à tous les chrétiens, quels que soient leurs dissentiments particuliers et