‹ Portraits du grand siècleChapitre 103 sur 115 · Mercure fr., 1627, p · texte numérisé non relu

Mercure fr., 1627, p

2. Par dom Toussaint du Plessis, Paris, Gaudoin, 1731. 2 vol. in-4o. ~ Cf. Annales benedictinif anno 4660 : — « En 1627, le très illustre Philippe Cospeau, alors évoque de Nantes, tira du tombeau les restes sacrés de sainte Thelchilde et de sainte Àgliberte, et les enferma dans un coffret d*argent. » — Travers nomme la première sainte Tbeudectailde.

le plus à la gloire de Tabbaye naissante de Jouarre (diocèse de Meaux), fut d'avoir élevé dans son sein deux vierges illustres, sainte Bertile et la vénérable Éthérie, qui méritèrent peu de temps après d'être abbesses, Tune

de Ghelles, et Tautre de Notre-Dame de Soissons Il y

avoit environ 900 ans que le corps de ces saintes et de quelques autres reposoient dans deux chapelles de Jouarre, lorsqu'ils furent levés de terre pour être transportés en la grande église de Tabbaye. La cérémonie se ât avec solennité, le 13 d'octobre 16S7, en présence de la reine Marie de Médicis, mère de Louis XIII, par Philippe Goàpeau. »

Les cérémonies de ce genre étaient plus fréquentes à cette époque qu'elles ne le sont aujourd'hui. Cospeau eut bientôt l'occasion d'autoriser, dans l'église des Carmes, la fête de la canonisation de saint André- de -Corsin (28 avril 1630). '

Les règlements sur la résidence des évêques étaient alors, parait-il, assez mal observés; car nous voyons plus souvent l'évèque de Nantes à Paris que dans son dio* cèse*. C'est ainsi qu'au 30 octobre 1629 il faisait à Paris,

I. Son panégyriste, Le Mée, a pour lai des excuses très acceptables; il dit, p. 107 : « Saint Paul... consoloit tous ceux qui auoient de la douleur;... c'est ce mesme sentiment qui a obligé si souvent notre Prélat à quitter Dieu pour Dieu, en quittant son diocèse pour aller à la Cour : car pourquoy y alloit-il? puisque Tobligation la plus essentielle dWn bon Prélat c'est Tactuelle résidence auprès de son troupeau. Bstoit-ce pour y briguer des honneurs, luy qui les ftiyoit autant que Tinfamie : estoit-ce pour y solliciter un plus grand revenu? luy qui n'en a voulu que pour le distribuer aux pauvres : estoit-ce pour y chercher des plaisirs? luy qui auoit consacré toute sa vie à vue austère pénitence: qui

dans l'église des Cordeliers, Toraison funèbre de la princesse de Condé, etqu*à la fln de 1630, au moment où des circonstances difliciles, la cherté du pain, les maladies, un hiver rigoureux, semblaient exiger sa présence à Nantes, il sollicitait l'élargissement du duc de Vendôme, frère naturel du Roi, emprisonné à Vincennes depuis quatre ans et plus. — Cospeau obtint sa liberté et alla luimême porter sa grâce au prisonnier le 30 décembre.

C'était une bonne œuvre, mais peu profitable au diocèse; cependant il y était aimé, et, en 1631, Padioleau écrivait dans sa Belle et curieuse recherche traiclant de la jurisprudence souveraine de la Chambre des comptes de Bre* tagne sur le faict de la régale * : « Or, c'est maintenant assez,

j'arreste sur cette année 1622 L'occasion m'obligeanl

de fmir, et faisant rencontre sur ce point qu'elle m'en presse le plus, de la personne de nostre bon pasteur nantois, le père de son peuple, l'honneur du diocèse, l'un des plus vertueux et recommandables prélats qui paroissent aujourd'huy dans la hiérarchie ecclésiastique de France. »

portoit le cilice et la hatre; qui tenoît cette maxime de Terlulien qu'vD cbeslien doit tousiours plorer sHl doit eslre chrestien; el que les voluptés ne sont faites que pour ceux qui n'adorant point Jésus-Christ?

» Mais pourquoy y alloit-il donc? Disons auec vérité quil y alloit, comme saint Âmbroise a esté souuent en celle du religieai empereur Théodose, ou comme les Prélats de France ont esté en celle de saint Louis : il y alloit pour travailler à la gloire de Dieu et de J.->C...; il y alloit pour solliciter des œuvres ou de justice on de charité, auprès d'vn Roy et dWne Reyne qui n'auoient rien de plus cher que Texercice de ces deux grandes vertus. »

1. Nantes, Sébast. de Heuqueville, 16B1, un vol. in-4", p. 32<!.

Peut-être faudrait-il voir seulement dans ces éloges une flatterie intéressée ; mats ils sont unanimes, et c*est seulement au siècle suivant qu'on remarque à Tégard de Gospeau, dans Travers par exemple, une malveillance que n'avaient pas pour lui ses contemporains.

Les détails de sa vie privée que nous lisons dans Le Mée, sgoutent encore à notre estime. On nous reprochera trop de citations peut-être; mais nous trouvons à ce style du bon cordelier un charme de grâce antique, de simplicité honnête que nous voulons faire connaître à nos lecteurs :

« Comme un autre saint Charles, Philippe Cospean [sic) disoit d'ordinaire son breuiaire à genoux, et l'arrosoit de ses pleurs : comme luy il celebroit la sainte messe tous les jours auec vne deuotion plus qu'humaine, auec des larmes qui representoieut celles que J.-C. auoit répandues dans la croix.

» Comme luy, il faisoit plusieurs retraites l'année, pour s*apliquer entièrement aux exercices spirituels, pour les pratiquer luy-mesme, et pour les faire pratiquer à quelques sainctes âmes. Comme luy, il lisoit TEscriture saincte à genoux et la teste descouuerte, preschoit en toute occasion, faisoit des aumônes au-dessus de son bien, seruoit les pestiférés, portoit sous sa pourpre la haire et le cilice, couchoit sur la dure, visitoit son diocèse à pied, estoit tousiours le premier à l'Eglise, a l'Hospital, aux prisons, aux malades, au sermon et à toutes les bonnes œuvres....

>» Il appelloil son can'osse, le Garosse fie l'Eupsché, et

ne 8*en seruoit d*ordinaire, que quand la bienséance et la nécessité ne luy permettoient pas d'aller à pied. Il Q*a iamais affecté aucune maison, ny disposé d'aucun lieu comme luy appartenant. Il se consideroit tousiours comme estranger dans ce monde.

» Lorsqu'il se trouuoit dans des palais magnifiques, dans des maisons de plaisance, dans des jardins délicieux: voilà qui est beau, disoit-il, s'il ne falloit point mourir; mais le paradis est encore plus beau, et c'est pour luy que nous devons reserver tous nos désirs....

» C'est dans l'entretien de ces divines pensées que nostre sainct Prélat passoit la plus grande partie de la nuit, après lesquelles il faisoit vne abiuration constante de toutes les voluptés du monde, pour ne sauourer que celles de Jésus-Christ....

> Il s'occupoit jusqu'à trois ou quatre heures du matin dans cet exercice, auquel tems il se recouchoit iusqu'à sept ou huit heures, cachant tant qu'il pouuoit cette pratique de vertu comme toutes les autres, pour que personne ne s'aperceust que sa conuersation étoit toute céleste, aussi bien pendant les ténèbres de la nuit ((ne durant les lumières du iour. >

Richelieu, bon juge de la valeur des hommes, avait grande estime pour lui ; on prétend que le Cardinal avait été rélève de Cospeau, en théologie : son Éminence « avoit fait amitié avec lui, et en fit cas toute sa vie. Comme il le connaissoit un homme franc et sans malice, il ne trouva point mauvais qu'il sollicitasl pour H. de Vendosme,.... car son Eminence etoit persuadée qu'en

pareil cas il en auroit autant fait pour luy.— Le Cardinal souffrit tout de mesmo qu'il s'attachast à la Reine'. »

Ménage prétend que Richelieu, devenu ministre, répondit à renvoi d'un ouvrage de son ancien professeur, par cette épître laconique et flatteuse : Accepi, legiyprobavi.

Le Cardinal ne tarda pas à lui donner d'autres marques de sa faveur. Nommé gouverneur de Bretagne en 1632, à la mort du maréchal de Thémines, il eut de plus fréquents rapports avec Cospeau. Celui-ci, en janvier 1635, fut appelé à l'évêché de Lisieux : le 13 mars, il remercia le Roi, à Reaumont, de l'avoir nommé à un plus riche évêché. Son revenu à Nantes était de vingt-deux mille livres ; à Lisieux, le pouillé accuse trente-trois mille livres. Cependant, il continua à porter le titre d*évèque de Nantes pendant plus d'un an, et ne fit son entrée à Lisieux, selon le Gallia christiana, que le 4 novembre 1636.

En quittant Nantes, il laissa au Chapitre une somme de trois mille livres, dont cinq cents pour la fabrique, quinze cents pour les ornements, mille pour un service anniversaire après sa mort. Le Chapitre reconnaissant inscrivit son nom, par décision en date du 3 juillet et du 28 septembre 1637, au nombre des bienfaiteurs dont on lisait autrefois les noms à la station qui se fait dans la nef. Depuis la Révolution, le service qu'il avait fondé ne se

1. Travers, t. III, p. 293.— Nous avons vérifié et complété dans d'autres auteurs les assertions du savant abbé ; mais Tordre chronologique de cette notice, pour ce qui regarde le séjour à Nantes (le Cospeau, et plusieurs passages que nous avons généralement cités, disent assez combien nous avons tiré parti de VHistoire des Évêques de Nantes.

2. TaUemant des Réaux, 2* édit.— Paris, Dulloye, 1840, t. IV, p. ^.

célèbre plus; une messe quotidienne, dite pour tous les bienfaiteurs, remplace cette fondation particulière.

Le successeur de Cospeau à Nantes fut le jeune abbé de Beauveau, prévôt de Téglise de Nîmes.

GOSPEAU, éVEQUE DE USIEUX.

La promotion de Cospeau à l'évèché de Lisieux témoignait de la faveur de Richelieu ; le ministre n'abandonna pas son ancien professeur, devenu son protégé, et nous voyons celui-ci mêlé à la plupart des grands événements de répoque. Jusqu'à la mort du Cardinal, Cospeau ne quitta Paris qu'à de rares intervalles. Comment s'administrait le diocèse pendant Tabsence du prélat? Sans doute à l'aide d'une de ces correspondances actives qui seraient de l'histoire pour nous, à deux siècles de distance, mais dont la négligence des contemporains ou l'incendie révolutionnaire nous laisse à regretter la perte.

A Paris, Cospeau était fort recherché : l'auteur d'uu abrégé de Baronius, L.-Aurèle de Pérouse, lui dédiait son livre (1688); les littérateurs du temps enviaient son amitié. Voiture, à son retour de Rome, lui écrit une lettre marquée de la plus respectueuse affection : c Toutes les fois que je vous approche, lui disait-il, je sens que mon bon Ange reprend de nouvelles forces, et qu'il me conduit avec plus d'asseurance. Il y a longtemps que j'ay dans l'esprit que si Dieu veut jamais ma convei*sion, il ne se servira point d'autres moyens que de vos discours et de vos exemples pour me faire cette grâce : et que s'il m'cnvoye une voix du Ciel pour me r'appeler, il me la fera

PHILIPPE CUSPEAU. 413

entendre par vostre bouche. Déjà il me semble, que la volonté que j'ay de vous servir, me sanctifie en quelque sorte : et que je ne sçaurois estre tout-à-fait prophane, ayant tant de respect et d'affection pour une personne si sainte. > Plus loin, Voiture le remercie de sa protection auprès du cardinal Barberin : « Je ne puis assez bien vous exprimer le bon accueil qu'il m'a fait à vostre recommandation, et raffection qu'il témoigne avoir pour tout ce qui vous regarde. L'Italie, Monseigneur, ne vous connoît guère moins que la France : et, sans mentir, je n'ay rien veu à Rome, qui m'ait tant édifié que l'estime et la passion qu'on y a pour vous » '.

Cette estime, cette po^^ton qu'on avait pour Cospeau, ne nous édifie pas comme elle édifiait Voiture ; mais elle nous fait connaître la place qu'occupait le pieux évêque dans l'esprit de ses contemporains.

Il était fort aimé de la reine Anne d'Autriche. Lorsque, le 5 septembre 1638, elle eut son premier fils, le Roi, qui connaissait l'aiTection dont elle entourait Cospeau, le fit entrer dans sa chambre, où le prélat dit la messe à quatre heures du matin : peu de temps après, la Reine mit heureusement au monde le dauphin de France, depuis Louis XIV*. A quelques jours de là, quand elle put se lever, Cospeau dit encore, à sa prière, la messe dans le palais, et elle communia'; enfin, le dimanche 26 sep-

1. Œuvres de Monsieur de Voilure, nouvelle édition, corrigée. — Paris, V- F. Mauger, mdclxxxi. — Tome I. p. 222, lettre XCVIII, du 13 janv. 16S9.

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