Tallemant des Réaux. — Ëdit. citée
2. Mennechet, Cours de littérature moderne. — Paris, 1848, t. III, pp. 177 et suivantes.
logien : « Ainsi donc la Belgique serait en. droit de se prévaloir des chefs-d'œuvre de Bossuet, qui, sans notre Cospeau, n'existeraient point! »
C'est pousser un peu loin l'orgueil national; ce n'est pas d'avoir reconnu dans Bossuet les qualités que l'Europe chrétienne admire en lui qu'il faut le féliciter, c'est d'avoir été dans son temps un digne précurseur de l'Aigle de Meaux. Ses contemporains étaient placés trop près de lui pour le bien apprécier; mais nous qui le voyons à distance, nous pouvons facilement l'isoler de ses rivaux, et lui reconnaître des qualités qu'on chercherait vainement dans d'autres prédicateurs.
Toutefois, si, de son temps, on lui accordait la gloire d'avoir purgé la chaire des citations profanes, on lui savait bien plus gré des vertus de sa vie privée; sa vieillesse, son air grave et bon lui attiraient le respect et le faisaient rechercher comme directeur. Quand Louis XIII mourut, le 14 mai 1643, Cospeau lui ferma les yeux.
La nnort frappait autour de lui ses protecteurs. Richelieu n'était plus là pour le défendre, Louis XIII lui manquait; la Reine l'aimait, mais moins et autrement qu'elle n'aimait le cardinal Mazarin : aussi sa faveur commençât-elle à diminuer; et le premier ministre même, jaloux de son influence, ne tarda pas à l'éloigner. M"^' de Motleville a écrit à ce sujet une de ces pages charmantes, tracé un de ces tableaux qui semblent vivifiés par le cœur, et qui nous admettent dans l'intimité du cercle choisi de la Cour. On nous saura gré de reproduire cette petite scène d'intérieur.
« Année 16W.,, On lit commandement à tous les ovè-
ques de s'en aller à leurs diocèses. Cet ordre fut donné afin que Tévèque de Lisieux se retirât dans le sien. Il étoit dévot, grand prédicateur, et libre à dire la vérité. Il étoit le saint de la Cour; il avoit toigours appelé la Reine sa bonne fille, et la Reine avoit toute sa vie marqué Testimer infiniment. Le feu Cardinal, quoiqu'il ne l'aimât pas, à cause qu'il étoit bon ami de la Reine, ne l'avoit jamais voulu chasser, et avoit toujours quelque vénération pour sa vertu et sa barbe grise; mais enfin il fallut qu'il s'en allât aussi bien que les autres.
» Il devina aisément que le commandement général n'étoit donné que pour lui, et que la fortune du ministre plutôt que la piété de la Reine, l'envoyoit satisfaire à ses obligations. Il étoit intime ami des princes de Vendosme; il logeoit dans leur maison et parloit librement à la Reine; si bien que le Cardinal (Mazarin),le craignant avec sujet, fut bien aise de s'en défaire. Il vint trouver la Reine un matin, pour prendre congé d'elle. Elle étoit à sa toilette, qui s'habilloit; et, ne sçachant que luy dire dans l'embarras que la présence du bonhomme lui causoit, elle le pria succinctement de se souvenir d'elle dans ses bonnes prières. Four luy, il ne luy parla point : il luy voulut montrer sans doute qu'il obéissoit sans estimer le commandement. J'y étois, et je le remarquai avec peine pour la Reine, et aussi pour celuy qu'elle chassoit si doucement. La Reine, ensuite, étant au Val-de-Grâce, dit à la marquise de Maignelay (Claude-Marguerite de Gondy, tante dû coadjuteur de Retz), dame de grande qualité et de grande vertu, arnic de cet évoque, qu'elle avoit été obligée, par beaucoup de considérations, de l'éloigner; mais
qu'elle luy jupoit par le Dieu qu'elle venoit de recevoii? (car elle sortoit de la sainte communion), qu'elle en avoit été très fâchée, et qu'elle avoit eu autant de peine à se résoudre à le perdre, que s'il eût été un véritable père*. »
Rentré dans son diocèse, Cospeau s'attacha à la surveil. lance des monastères qu'il avait fondés. Il avait toujours témoigné beaucoup de faveur aux établissements religieux. Aussi, en 1639, il avait été appelé à bénir Jeanne de Bourbon, abbesse de Fontevrault; le 4 juillet 1640, il consacrait un nouveau dortoir pour les religieuses du Préau; lors d'un grand différend qui s'éleva à Fontevrault, il fut un des juges nommés par le Roi pour y mettre fin : le jugement fut rendu à Amiens, le 11 novembre 1641; le 18 janvier 1642, il permettait aux religieuses Carmélites de s'établir à Pont-Audemer, où leur couvent existe encore ; le 11 mars 1643, il abandonnait aux réguliers de Sainte-Geneviève la possession du prieuré de Sainte-Barbe en Auge, maintenant détruit. Pendant son épiscopat enfin, les Hospitalières s'établirent à Ronfleur, et les Dominicaines, le 25 juin 1645, à Ponll'Evêque".
Cependant il s'occupait activement des affaires de l'évêché; dans les statuts synodaux du diocèse de Lisieux publiés en 1652 par l'évèque Léonor de Matignon', on