‹ Portraits du grand siècleChapitre 112 sur 115 · Harangue à l'Académie contre les sciences, t. I, p · texte numérisé non relu

Harangue à l'Académie contre les sciences, t. I, p

3. Voyez notre édition de VHistoire de l'Académie française, par Polllsson et d'OUvet. — Paris, Didier, 2 toI. iD-8», t. I, p. 487.

lire en leur langue. » N'est-il pas permis de penser que Racan, entouré d*amis dont il redoutait les conversations pédantes, exagérait son ignorance pour les rendre impossibles devant lui, ou pour n'avoir pas à y prendre pari? Pour Torthographe, il n*en apprit ou n'en retint jamais les premières règles : il suffit de voir quelques pièces autographes qui nous restent de lui pour accepter comme une vérité rigoureuse ce qu'il a courageusement déclaré à la face de l'Académie : c qu'il sçavoit à peine assembler ses lettres. »

Tel était Racan, avant de connaître Malherbe. Son père avait étudié pour être prêtre ; mais Despautère et Codret ne lui avaient appris que l'art de la guerre. Racan, au contraire, savait à peine ce qu'il fallait pour être homme d'épée, et le voilà poète. Il est le premier à s'étonner de ce contraste entre sa nature et son éducation : c Quelle gloire se demande-t-il, pouvois-je donc espérer de me produire par les lettres, dont je n'avois aucun commencement, plustôt que par les armes où j'avois été né et nourry? »

La guerre, en effet, ne lui apporta ni gloire ni profit; il fit ses premières armes au siège de Saint-Jean-d'Angély, en 1612. Il avait alors vingt-deux ans; il se trouvait à la fois trop jeune pour n'être que simple soldat, et avait trop peu d'expérience pour être capitaine et parvenir à des charges dignes de sa naissance ; il n'avait ni le sang-froid nécessaire dans les occasions, ni la parole aisée pour les commandements : il se dégoûta bientôt de sa profession. Cependant, il assista au siège de la Rochelle, passa les

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Alpes avec Louis XIII, en 1629, et ne prit guère sa ré* traite que dix ans plus tard, quand il pouvait dire :

Déjà cinquante hyvers ont neigé sur ma teste; Il est temps désormais que loin de la tem peste, J^aspire à ce repos qui n'est point limité, Que dans TéternitéV

Pendant qu'il était sous le harnais, Racan, parait-il, ne Tut pas insensible à la beauté de M*"" de Termes, dont le mari, frère du duc de Bellegarde, se trouvait être beaufrère de la duchesse, sa cousine; il aimait, et, facile à s*abuser, il se croyait aimé. Malherbe était son confident. Rien ne peint mieux la situation d'esprit de Racan et la nature de ses relations avec le vieux poète, son maître, que les lettres où celui-ci cherchait à éclairer son disciple. Toute l'histoire des amours de Racan est là, et nous le suivons pas à })as jusqu'à son mariage. Quoique nous n'ayons pas les réponses de Racan, on pressent ce qu'il opposait aux brutales et paternelles admonitions du vieillard. Une première lettre de Malherbe, disait : « Etant amis au degré que nous le sommes, et vivant ensemble comme nous vivons, je ne saurois vous taire le déplaisir que vous me faites de continuer un dessein dont j'ai tant de fois essayé de vous dégoûter. Vous aimez une femme qui se moque de vous. ..Il est malaisé que je n'aye dit devant vous ce que j*ai dit dans toutes les bonnes compagnies de la cour, que je ne trouvois que deux belles choses au monde : les femmes et les roses (les femmes

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