Le Grand Cyrus. t. ix, 2« part., p
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Ton veut bien interroger les écrivains qui Tout connue dans sa vieillesse, Saint-Simon et M™» de Sévigné, par exemple, on verra qu'avec cette femme, heureusement douée, « qui eut toujours dix-huit ans », il ne faut pas tenir trop grand compte de quelques années. Rien ne le prouve mieux d'ailleurs, que la comparaison des portraits qui nous ont été laissés de son caractère et de son esprit à différentes dates dans le Cyrus^ dans les Divertissements de la princesse Aurélie, dans VHisloire amoureuse des Gaules.
M°^« de Fiesque paraît, dans le Cyrus^ sous le nom de CUoerite. Deux clefs sont d'accord pour la reconnaître : Tune est imprimée; Tautre, différente de la première en quelques points, et importante a tous égards, soit qu'elle complète, confirme ou contredise celle-ci, est manuscrite, et nous avons pu la faire connaitre à M. Cousin. Cependant l'illustre écrivain, malgré cet accord et ce contrôle, pense que Cléocrite ne saurait être madame de Fiesque.
Qu'il nous soit permis, avant de transcrire le portrait de Cléocrite, d'invoquer contre l'opinion de M. Cousin, le témoignage même de Tallemant, sur lequel il s'appuie. < Vous ne sauriez croire, dit l'auteur des Historiettes, combien les dames sont aises d'être dans ses romans (les romans de M"* de Scudéry), et, pour mieux dire, qu'on y voie leurs portraits, car il n'y faut chercher que le caractère des personnes ; leurs actions n'y sont point du tout. Il y en a pourtant qui s'en sont plaintes, comme M""* Tallemant, la maîtresse des requêtes, qui s'appelle Cléocrite, La comtesse de Fiesque dit là-dessus : « La voilà bien délicate; je la veux bien être, moi. » C'est-à-
dire : « Je veux bien être Cléocritej je veux bien qu'on me reconnaisse sous ce nom. »
Quelle conclusion tirer de là, sinon que les Caractères de M"« de Scudéry, formés, comme ceux de La Bruyère, d'éléments divers, empruntés à de nombreux modèles, peuvent s'appliquer à plusieurs personnes ; on reconnaissait telle ou telle figure, selon qu'on était plus ou moins frappé de tel ou tel détail de physionomie, de telle ou telle nuance dans la peinture. On n'a pas assez tenu compte de ce fait; si nous le signalons avec insistance, c'est que nous voulons avoir le droit de ne pas démentir les contemporains et M™* de Fiesque elle-même, dont le caractère, à ce qu'il parait, n'était pas sans quelque analogie avec celui de M™" Tallemant.
« Ctéocrite estoit blonde, blanche et vive; elle avoit pourtant les yeux noirs et brillants, mais d'un feu extrêmement vif. Ses regards, quoique doux, n'avoient rien de fort passionné; au contraire, il y paroissoit si peu d'application, qu'il estoit aisé de voir qu'elle aimoit mieux se regarder dans son miroir* que toute autre chose et qu'elle s'aimoit plus que tout le reste du monde. Cléocrile étoit de belle taille, avoit de belles dents et une belle couleur aux lèvres; elle avoit aussi le nez bien fait et tous les traits du visage agréables; mais outre cela, elle avoit un fonds de joie et de tranquillité dans la physionomie qui servoit encore à la rendre plus belle, de sorte qu'on pouvoit assurer, sans la flatter, que Cléocrite étoit une
1. M"** de Fiesquo vendit une fois une terre pour avoir un miroir. (Saint-Simon.)
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forl belle personne, et qui eust esté inflniment aimable si elle eust sceu aimer quelque chose... Cléocrite a beaucoup d*esprit, et de Fesprit galant, et mesme de Tesprit éclairé. En effet, elle parle agréablement et de bonne grâce, et aime fort la conversation... Elle sert ses amies de bonne grâce quand il s*en présente occasion, et elle les reçoit souvent*. »
Tel est le portrait que nous avons trouvé de M"»* de Fiesque à Tépoque la plus rapprochée de son mariage. «Le plus frivole du grand monde, où elle passoit sa vie », dit Saint-Simon, s'occupa fort de cet événement. Avant les fêtes qui l'accompagnèrent, on fit courir une petite pièce fort galante dont une des copies manuscrites est conservée à la Bibliothèque nationale (Barnab.y 21); c'est une allégorie des plus transparentes, dans le genre TprécieuXy où Fauteur fait la a description de la superbe entrée de la reyne Gillette, passant à Venise, en faveur du roi de la Malachie, son futur époux, le 1" jour de septembre 1582 ». On la fil circuler comme « traduicte de langue caractérée [sic] en langue françoise. » C'est un petit in4° de 82 pages. Une brève analyse fera connaître à la fois cette pièce qui est si bien dans l'esprit du temps, et rhoramage rendu à la comtesse.
La pièce débute ainsi :
« Messieurs de la Seigneurie de» Venise, sçachans que la Royne Gillette estoit à Padoue, envoyèrent au-devant devant de Sa Majesté cent barons avec deux cents pages