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Àrtamène ùu le Grand Cyrus, livre VII, 3» partie

32 PORTRAITS DU GEâNB SIÈCLE.

et vingt-cinq gentilshommes; cinquante comtes avec cent pages et cinquan^ gentilshommes; vingt-cinq ducs avec cinquante pages et cent gentilshommes, tous magnifiquement vestus. » La description des costumes est féerique : le velours, le satin, Tor, l'argent sont prodigués; la variété des habite, autres pour les barons que pour les comtes ou les ducs, et pour les gentilshommes que pour les pages, ajoute encore à la magnificence du somptueux cortège; les montures étaient des chevaux, des dromadaires, des éléphants, tous richement caparaçonnés : Timagination de Técrivain n'a rien épargné.

» Ainsi chemina celte troupe en bon ordre; et, arrivez qu'ils furent à Padoue, lesdils vingt-cinq ducs portèrent la parole à la Royne Gillette, de la part de la Seigneurie de Venise, faisans celte harangue en luy présentant seulement ces six lettres de l'alphabet : R. R. E. H. P. M., la signification desquelles ensuict : Robert régnera en honneur par mariage. — La Royne Gillette oyant ce nom de Robert, une couleur extraordinaire s'apparut en son visagQ, pensant à son futur époux, d

Le nom magique de Robert décide la Reine à partir pour Venise. Les Balivernois expérimentés, haussant les voiles, chevauchent d'abord portant les fatras de Sa Majesté : la Reine venait ensuite, accompagnée de deux mille chevaux, et o cheminoit de fort bonne grâce dedans un chariot de nacre de perles enrichy de pierreries toutes orientales, semblables à celles de la mylhre de Tévesque de Capo d'Istrie, au diocèse de Bagnolet. Ledict chariot étoit attelé en premier rang de deux forts et grands lions; au second, de deux cerfs volants; et, au tiers, de deux

belles et grandes licornes. Si cela esloit foudroyant, je vous le laisse à penser ! n

Gillette avait une robe à Téthiopienne, présent offert a Sa Majesté par le prêtre Jan : cette robe était de serge, mais quelle serge! < de la serge de cristal, barrée de corail blanc; et entre les barres il y avoit des caractères de perles grosses et blanches comme les raisins d'Àlzante {sic) en Céphalonie. — En après, alloient — à pied — les vingt-quatre rhinocéros, montés par jeunes filles éthiopiennes, belles en perfeclion, blanches comme pruneaux du pays. »

Quand ce magnifique cortège arriva près de Venise, la ville entière, précédée de ses Magnifiques, se présenta au-devant de la Reine. Les cérémonies de rentrée furent clignes de la Sérénissime République et de Sa Majesté incomparable, Gillette, première et seule du nom. Des présents d'une inappréciable valeur lui furent offerts : clefs de la ville en sucre candi; caméléon marqué de la devise royale : < le change me agrée »; limaçons à cornes de diamant, avec les lettres prophétiques : R. 8. M. D. C, c'est-à-dire « Robert sera maire de Gornouailles »; barils pleins de joyeuses pensées. Gillette daigna tout accepter: < les présents susdits étoient estimez à six millions sept cens quatre-vingtronze mille escus, sauf erreur de calcul. »

Quand on arriva sur la place Saint-Marc, on trouva des tables dressées; un festin splendide était préparé; des harmonies merveilleuses remphssaient Tair. Après le festin, la Reine, avec sa cour, assista à divers combats d'éléphants et de rhinocéros, de géants et de sauvages, et le lendemain, après la messe, d'une géante contre un

tigre. La géante victorieuse étrangla le tigre, lui arracha le cœur et le dévora : « de ce les assistants, esbahis à merveilles, entre eux murmuroient que doresnavant ce seroit beaucoup le meilleur et le plus sûr se faire aimer et bien vouloir que d'encourir Findignation d'un sexe qui se repaist de telles viandes ! » — Quelques galanteries nouvelles s'ajoutèrent encore à celle-ci : mais Tau* leur a dit son dernier mot quand il a montré, par un exemple éclatant, qu'une femme est à craindre, même pour les tigres, et qu'il ne faut pas s'exposer à la haine d'un sexe si cruel.

Après son mariage, la comtesse < s'en alla dans le pays de son mari, ce qui fâcha fort toute la jeunesse de cette cour* >; les regrets et les chansons la suivirent dans sa nouvelle demeure :

Comtesse en votre absence,

Que deviendront Les jeux, les ris, la danse?

Ils languiront.

Hélas I je crois, hélas!

Qu'ils en mourront.

. Mais bientôt chansons et Mémoires vont garder le silence et nous faire défaut; le bruit cesse pendant quelques années autour du nom de M"" de Fiesque : retirée dans ses terres, elle semble un peu oubliée. Sans doute elle fut forcée par trois grossesses successives de

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