Mém. de Retz, Genève, 1731, t. I, p
2. Les quatre volâmes qui comprennent les deux seules parties publiées du roman de Bérénice furent achevés d'imprimer aux
tel eût-il pu refuser rien ft une femme à qui le ciel luimême n'avait rien refusé ? A Tentendre, t toutes les beautez éclatoient dans .Fâme, ou bnlloientsur le visage » de M""* de Fiesque; sa générosité était grande, sa bonté pure, et son naturel bienfaisant couronnait avantageusement tant de riches dons que le ciel lui avait faits; à cet éloge il ajoutait : « Il n'est point nécessaire de discourir de ceste louable passion que vous avez pour toutes les belles choses, et du discernement que vous en sçavez faire avec une si parfaite connoissance, et de prendre enfin un soin si exact de faire votre peinture qu'on y pût remarquer jusqu'à cet air galand, jusqu'à cet abord plein d'accueil et jusqu'à ceste charmante humeur qu'un chacun admire en vous. » Comme s'il eût voulu prouver son dire, Segrais demanda à la gravure une confirmation de ses éloges : il mit, comme frontispice à son ouvrage, un portrait de la comtesse, gravé par Huret, d'après une peinture des Beaubruns'; au-dessous on lit ces vers flatteurs :
Vénus, dans ce divin portraict, Voyant de ses beautez jusques au moindre traict, Se figure d'abord en être le modèle.
Le regardant mieux toutefois :
« Pourquoi tant de grâces, dit-elle?
« Car jamais avec moi je n'en vis plus de trois. »
Malheureusement, il faut en convenir, le peintre a dédates suivantes : 8 février 1648, 20 février 1649; 20 septembre et 15 octobre 1649. Les titres portent des dates fausses.
1. Il est en effet signé de cette manière : « Les Beaubruns pinx. — Gr. Huré, sculps. »
menti le poète, et Ton est forcé de trouver bien indulgente la Déesse de la beauté.
La comtesse porte la coifTure charmante à laquelle nous ont habitués presque tous les portraits du temps : ses cheveux forment sur le front un étroit bandeau, et se relèvent ensuite pour se réunir derrière la tête ; de longues boucles tombantes encadrent, de chaque côté, un visage ovale, plat et terminé par un menton rond et mince. Les yeux sont doux et voilés ; la bouche petite, et relevée des coins, est un peu saillante, ce qui rend le menton fuyant; les lèvres sont minces et pincées, le cou gros, les épaules larges, le sein étranglé sous un corsage roide et serré : on voit, quand même le talent du peintre et celui du graveur seraient ignorés, que ce portrait doit être ressemblant, et cependant on y cherche en vain cette physionomie gracieuse, « cet abord plein d'accueil, » cette gaieté toujours prête, cet air évaporé môme, sur lequel nous faisaient compter les écrivains du temps, poètes, historiens et romanciers.
Cette légèreté de caractère dont nous parlons se manifeste dans les moindres circonstances de la vie de M"' de Fiesque. Ainsi, à l'époque où la seconde Fronde se préparait, lorsque la Reine avait encore du temps de reste pour s'occuper si
Les Déesses
Faisoient un peu trop les princesses,
M"» de Saint- Loup, M™" de Bonnellc et M*"* de Fiesque lurent éloignées,
Par an ordre an pea bien grotesqae',
pour une semaine; après ce temps. Sa Majesté devait permettre leur retour. Les trois exilées revinrent, en effet; mais, en ce qui concerne M"*"* de Fiesquc, ce ne fut que pour tomber sous le coup d*une nouvelle disgrâce où elle eut pour compagnes M"* de Sévigné et M"* de Monlglat :
Pour estre un pea guillerettes,
Ces dames,
Toutes trois Jeunes et brillantes.
De belle bumeur et fort galantes.
Qui, cbez la princesse d*Harcourt, Faisaient assez souvent leur cour,
déplurent au prince, et il obtint contre elles des lettres de cachet
Portant défense très expresse D*aller plus voir cette princesse, Au moins le bruit en court icy, Ce prince le voulant ainsi, Qui, touchant la galanterie, N'entend point du tout raillerie*.
Le comte était lancé dans des atîaires plus sérieuses : tantôt il fait cause commune avec Beaufort dans cette sotte rencontre du jardin de Renard; tantôt il publie une « Remontrance de la Noblesse à monseigneur le duc