‹ Portraits du grand siècleChapitre 2 sur 115 · II- J · texte numérisé non relu

II- J

maintenant définitive, a été juste, de toute la justice compatible avec les idées des temps qui nous ont précédés. Sans doute, au dix-septième siècle, le pays tout entier, y compris ses habitants, était la propriété, formait le domaine propre du Roi, et Louis XIV le dit crûment dans ses Mémoires; ni pour ses sujets, ni pour lui-même, le Roi n'était un homme; sa volonté, pourquoi ne pas dire son caprice? donnait l'impulsion, ou arrêtait le mouvement de la nation ; rien n'était que par son bon plaisir; tout ce qu'il ne permettait pas expressément était expressément défendu; il était l'état, il était la loi.

C'est là, certes, le mauvais côté du dix-septième siècle; mais si quelques esprits heureusement rétifs en souffraient, la nation elle-même ne s'en était pas aperçue avant la Révolution, parce qu'on vivait sous l'influence des mêmes idées, dont on ne voyait pas le défaut à force de le trop voir et d'y avoir l'œil accoutumé : et voilà pourquoi les générations qui nous ont précédés n'ont pas hésité à donner le nom de Grand au dix-septième siècle ; ce nom lui est acquis aujourd'hui, et il est trop tard pour le changer.

Acceptons-le donc de bonne grâce. Est-ce un si grand mal d'ailleurs qu'après la féodalité, après la puissance vaincue de tous ces tyrans, sous-tyrans et tyranneaux, le fétichisme monarchique ait permis au Souverain, reconnu maître absolu, de constituer l'unité de la nation et de préparer pour nous cette égalité civile et politique dont la possession nous est si précieuse? Vus de sa hauteur, tous les hommes valaient autant, valaient aussi peu, si on le préfère, aux yeux du Roi, et c'est par l'égalité devant le châtiment, s'appelât-on Montmorency, Cinq-Mars ou Cha-

lais, qu'on perdait sa supériorité sur le populaire; c'est par l'égalité de la récompense accordée au mérite, fût-on sorti du peuple, qu'on effaçait son infériorité vis-à-vis de la noblesse, qu'on arrivait à l'intimité du Roi» comme Racine, et qu'on obtenait les plus hautes dignités dans le clergé, comme Cospeau ou Fiéchier, dans l'armée, comme Fabert, dans l'administration, comme Colbert.

Ceci posé, ces réserves faites sur Taction trop prépon*» dérante et toujours dangereuse du Souverain, — si heureuses qu'en aient été sur tel ou tel point les conséquences, — si nous pouvons continuer sans regret à considérer le dix-septième siècle comme le Grand Siècle de notre histoire, c'est que nous saluons en lui tous les genres de grandeur et non un seul; c'est qu'il fut grand par son clergé, plus indépendant qu'on ne le croit de la Curie romaine, grand par ses magistrats, grand par ses administrateurs, grand par ses généraux et ses marins, grand par ses philosophes, par ses poètes, par ses orateurs, par ses architectes, par ses sculpteurs et ses peintres, par tous ceux enfin à qui une nation doit sa prospérité, sa gloire et son influence sur le monde.

Depuis notre première jeunesse, le dix-septième siècle nous a toujours attiré et retenu ; il y a près de trente ans qu'un maître illustre, bien cher encore et regretté, Sainte- Beuve, écrivait, en parlant de nous à l'occasion d'un de nos premiers ouvrages sur ce siècle : « c'est sa province ».

Cette province, nous l'avons étudiée dans toutes les directions, à toutes les hauteurs, dans toutes ses gloires, qui ravissent notre patriotisme, et dans toutes ses misères, que ses gloires ne nous ont point cachées. Le temps nous

permettrait-il de coardooner nos étuABs dans un travail d'ensemble? Nous n*osons Tespérer. Mais en attendant, nous offrons au public une série de notices qui, avec celles que nous avons publiées, il y a vingt-cinq ans, sous le titre de Précieux et Précieuses, contribueront à faire connaître la vie publique du dix-septième siècle, à l'aide de la vie privée, soigneusement reconstituée, et placée dans le milieu dont elle a subi Tinfluence.

Gh.-L. LIVET.

Vichy, 1«' décembre 1884.

v.'.ct 'fiii

PORTEirrg'M ïfKlfi»]f%IÈCLE

GILONNE D'HARCOURT

Page 1