‹ Portraits du grand siècleChapitre 25 sur 115 · Loret, lettre du 14 décembre · texte numérisé non relu

Loret, lettre du 14 décembre

2. Voyez dans les Œuvres de Sarasin (Paris, Courbé, 1656, in-4<'), parmi les Poésies, n« 49, une longue épttre en style marotique, écrite par Sarasin au comte de Fiesque pendant son exil.

écrivait-il à Lenel*, et fort désintéressée... je vous prie d*y prendre confiance comme à moy-mesme. »

Celte personne désintéressée se ruina, .en effet, au service du prince. Ses affaires étaient fort compromises déjà, lorsqu*en 1653 il perdit sa mère. Elle mourut à Saint-Fargeau, et, quoi qu'en ait ditLoret, ne fut guère pleurée de Mademoiselle'. Cette mort ne changea en rien la fortune du comte. Trop bien renseignée sur les dissipations de son fils et sur le caractère prodigue de sa bru, elle laissa un testament assez peu flatteur pour Tun et Tautre, qui assurait à Tainé du nom la jouissance des biens de sa grand*mère.

c Pour tout le reste de mon bien, dit un article, après que mes legs testamentaires seront acquittez, voyant le peu de soin que mon fils et ma belle-fille ont de conserver celuy que Dieu leur a donné, et prévoyant dans leur conduite la ruine totale de leurs enfants, j'ay jugé à propos de donner et léguer, comme je donne et lègue par les présentes à J.-L.-Mario de Fiesque la baronnie, terre et seigneurie de Leuroux, la baronnie de Brion et la chastellenie, terre et seigneurie d'Ecvilly, ensemble les terres et seigneuries de Crosy et Ciery.

» Item, tout ce qui m'appartient sur les rentes des aydes, sel, clergé et recette générale de Rouen, avec ce

1. Lettre du 28 juin 1653, datée do Bruxelles. — 3f^m. de Lenel, édition Micbaud, page 609.

2. Loret, lettre du 25 octobre 1653. Il fait remonter la mort do la comtesse au 15 du mois, et c'est aussi la date fournie par la OaxeUe de Renaudot.

que j'ay à prendre sur la rente du sieur d'Hiauville; ensemble tous mes meubles, deniers comptants, vaisselle d*argent, et généralement tout ce qui me pourroit estre dû quand il plaira à Dieu m'appeler. »

Un autre article constituait à Charles-Léon une rente de trois mille livres. Le comte était donc formellement déshérité, et Texhérédation, étant motivée, était irrévocable aux yeux de la loi. Il n'aurait eu garde, du reste, de demander Tannulation du testament; sa tète était à prix, ses biens étaient légalement confisqués par suite de la déclaration royale du 8 octobre 1651, et sa fuite augmentait encore son crime. C'est par cette considération qu'il faut expliquer la dureté du testament de sa mère à son égard. La minorité de son fils lui laissait d'ailleurs et lui assurait pour longtemps l'usufruit de son bien. Mais ce qu'il eût fallu au comte, engagé dans une voie ruineuse, c'était la libre disposition d'une grande fortune. Aussi voyons-nous, à la suite du décès de sa mère, ses embarras pécuniaires se trahir par de nombreux actes.

Le 11 janvier 1654, munie d'une procuration datée du 23 octobre 1651, et dont elle n'avait pas encore fait usage, M"" de Fiesque empruntait, au nom de son mari, une somme de 90,000 livres du sieur le Pelletier; le 31 janvier suivant, 20,000 livres du sieur Goury; enfin, le 17 avril 1655, une somme de 18,000 livres de dame Elisabeth d'Angennes. Peu rassurée sur la solvabilité de la comtesse, ce dernier prêteur exigea une obligation solidaire de la part de la marquise de Bréauté, tante de M"* de Fiesque, et un cautionnement qui fut fourni par le nommé Justice.

A cette époque, le comte possédait encore de son chef

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une terre très considérable, la baronnie de Bressuire, qui n'avait pas été saisie ; un acquéreur se présenta, et Fiesque n'eut pas plus de peine que sa femme à comprendre tous les avantages d'une vente. De Madrid, oii il était alors, il envoya à la comtesse pouvoir d'aliéner ce domaine ; l'acte, rédigé en espagnol, à la date du 29 novembre 1656, fut traduit en français, sous les yeux du lieutenant civil, le 3 février 1657. En vertu de cette procuration, Bressuire fut vendu au sieur de la Chausseraye pour une somme de 370,000 livrés ; mais le marché ne tint pas. Nous aurons terminé la triste histoire de tous ces embarras d'argent, quand nous aurons dit que, le 18 avril 1654, M™«de Fiesque fut obligée de provoquer une séparation de biens entre elle et son mari, et que, le 9 août 1656, le comte fut condamné à payer à Varin une somme de 8,500 livres, prix du bail qu'il avait contracté avec celui^i le 17 juillet 1652.

Aux poursuites des créanciers, à une ruine presque complète, devaient bientôt se joindre pour lui les tristesses de l'exil. Lorsque Bordeaux eut fait sa soumission (juillet 1653), la princesse de Gondé et son fils, le duc d'Enghieu, se retirèrent à Ghastillon en Médoc; le comte de Marsin partit pour l'Espagne par mer; le comte de Fiesque s'y rendit en poste. C'est là que vint le trouver le décret du 27 mars 1654, portant qu'il serait assigné à cri public et que ses biens seraient saisis et annotés. Ce décret ne fut jamais exécuté, malgré le crime de félonie dont étaient accusés Fiesque et les autres adhérents de M. le Prince.

Depuis cette retraite, le comte, agent accrédité du

prince de Condé auprès du Roi d'Espagne, est perdu pour la France, pour cette société qu'il charmait et pour sa femme. Bien qu*il soit mort seulement à la fin d'octobre 1658, la comtesse, déjà séparée de biens, était aussi, en fait, séparée de corps ; elle était réellement veuve, elle était libre.

M"** de Fiesque touchait alors à cet âge que nos romanciers modernes ont si brillamment poétisé. Les registres de l'église lui donnaient de trente à quarante ans; mais, à ne consulter que son visage et son caractère, on aurait pu révoquer en doute son acte de naissance. C'est alors, si l'on en croit Bussy-Rabutin, pour qui l'amour est la loi commune, qu'elle se serait permis quelques galanteries, et VHistoire amoureuse des Gaules n'a eu garde de l'oublier.

Avant de rappeler et d'examiner les médisances de Bussy, nous devons dire par quelle suite d'humiliations et de mesquines avanies M"* de Fiesque se vit forcée de rompre ouvertement avec Mademoiselle.

Ce fut auprès de cette princesse, dans le château de Saint-Fargeau, que M™' de Fiesque maria, avec M. de Guerchy, la fille qu'elle avait eue d'un premier mari, M. de Piennes. Celle-ci, après la cérémonie, alla vivre dans les terres du marquis. Le devoir et le désir de se rendre près d'elle furent souvent, pour M"® de Fiesque, un prétexte qui lui permit de multiplier ses voyages et de faire diversion aux ennuis de Saint-Fargeau.

Madame de fiesque. C3

Elle y souffrit beaucoup en effet. Tantôt Mademoiselle la blessait dans son amour-propre par de petites cachotteries faciles à surprendre ou des désaveux humiliants. S*âgissait-il de s'attacher une dame d'honneur, elle disait à M°^* de Frontenac: c Je vous choisirai, mais n'en parlez pas à M"' de Fiesque. » Or M"* de Frontenac était l'amie iotime de la comtesse. Celle-ci osait-elle murmurer bien bas son désir de voir Mademoiselle intervenir pour amener entre le Roi et le prince de Condé une réconciliation qui lui rendît son mari, la princesse l'en blâmait hautement; elle écrivait au prince « que si jamais elle avoit une telle pensée, M""* de Fiesque ne seroit pas dans sa confidence ; » et elle ajoutait : « Je vous ai écrit mes sentimeals pour la comtesse de Fiesque; je n'en changerai jamais. C'est une dame qui fait fort bien les assemblées, chez qui il y a plaisir d'en aller voir, qui pare un cercle, mais avec qui il n'y a pas de plaisir de demeurer. Je vous assure que je ne l'aurois pas retenue chez moi, ou du moins je ne l'aurois pas gardée si longtemps sans la considération de son mari, que j'aime et estime parce qu'il a du mérite et qu'il est mon parent et attaché à votre service. »

De son côté, la comtesse n'était pas sans donner à Mademoiselle quelques sujets de plaintes. Pendant que M. de Fiesque était à Madrid, représentant les intérêts de M. le Prince, lassée de ces troubles sans fm ; inquiète pour son mari, dont des gens, soi-disant bien informés, annon* caient la mort*; fatiguée de Saint-Fargeau ; attirée vers

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