‹ Portraits du grand siècleChapitre 39 sur 115 · MARIE MANCINI COLONNA, POUSSIÈRE ET CENDRE · texte numérisé non relu

MARIE MANCINI COLONNA, POUSSIÈRE ET CENDRE

Charles, S. R. E. Cardinal Colonna,

à la modestie de sa mère excellente

et à ses ordres suprêmes déférant,

a fait graver Tépitaphe qui précède,

simple et brève,

et ériger cet humble tombeau,

éternel monument de son deuil et de ses regrets.

Elle mourut Tan du salut M.DCC.XV, dans la soixante-deuxième année de son âge.

Ici, des armes, divisées en deux parties égales par u:e ligne verticale et surmontées d'une couronne ; a gauciie., une colonne avec son chapiteau et sa base, qui Colonna; à droite, deux poissons disposés parallèleir.t dans le sens vertical, qui sont les armes de Mancini

Ces derniers renseignements, comme bien d'aut manquent à l'ouvrage trop superficiel de M. Chantelaii Nous avons pu combler quelques lacunes que fi s*étonne à bon droit d*y trouver, et faire connaître dates précises de la naissance, du mariage, de la de la connétable Colonna, qu'il n'avait pas indiquées

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même. Nous avons cru pouvoir aussi discuter certains documents, qu'il nous a paru avoir acceptés sans une critique suffisamment rigoureuse. Notre travail, moins étendu, mais mieux informé et qui nous a certainement coûté plus de recherches que le sien, lui permettra d'améliorer la prochaine édition de cette Vie de Marie Mancini qui, pour être exacte et complète, n*en présentera paB moins au lecteur, comme nous l'avons dit, tout 1 attrait d'un roman.

la:.

FRANCOISK-MADELKINE FORLÉANS

La pauvre jeune princesse dont nous voulons rappeler ici la rapide histoire n*cut que trois dates dans sa vie, qui fut bien courte. Elle naquit, se maria, mourut. Sa naissance, accueillie avec regret par sa famille, passa inaperçue parmi les tumultes d'une époque agitée; son mariage, célébré au milieu des fêtes d'une cour brillante, animée des premières amours d'un jeune roi, eut son éclat d'une heure entre toutes ces splendeurs; sa mort, dès longtemps prévue, prédite avec assurance et à jour flxe, l'atteignit dans les tristesses de l'exil, et les témoignages publics de douleur qui l'accompagnèrent furent moins donnés à sa perte que confondus avec les pompes lugubres d'un autre royal décès survenu peu de temps après, la mort de Madame royale, Christine de France, mère du duc régnant de Savoie.

Ce ne sont donc point les grands coups de fortune, rintérèt saisissant d'une histoire longtemps occupée par de bruyants événements que nous aurons à retracer ici; mais la vie obscure de Françoise-Madeleine d'Orléans,

mademoiseUe de Valois : son rang élevé, celui d'une jeune princesse née sur les marches du trône et qui régna elle-même» le milieu où elle vécut, soit en France, soit à la cour de la vaillante maison de Savoie, nous semblent faits pour attirer quelque sympathie sur cette existence si prématurément brisée.

Le lundi 12 octobre 1648, la ville de Paris était en grand émoi ; les marchands devins et cabaretiers s'étaient réunis en troupe nombreuse dans le Palais; soutenus par les suppôts de leurs tavernes, ils avaient voulu arrêter le président Le Féron, prévôt des marchands, qui s'était déclaré en faveur d'un édit contraire à leurs intérêts. Le lendemain, 13 octobre, Messieui*s du Parlement avaient repris leur délibération, non sans redouter les troubles de la veille; une lettre de cachet les appela à Saint- Germain, où la cour s'était retirée devant les premières démonstrations de la Fronde. Paris attendait avec anxiété l'issue de cette conférence, tout prêt à recommencer le mercredi, comme il fit en eilet, l'émeute du lundi. C'est au milieu de cette attention portée sur de graves événements que naquit, à Saint-Germain, Françoise-Madeleine d'Orléans, fille de Gaston, oncle du jeune Roi, alors lieutenant du royaume, et de Marguerite de Lorraine, sa seconde femme.

La nouvelle de cette naissance, arrivée quelques heures avant que le Parlement fût arrivé à Saint- Germain, produisit peu d'effet; Paris ne daigna pas s'en apercevoir, et la Gazelle^ par son silence, sembla s'associer au déplaisir qu'éprouva la famille de Gaston en se

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voyant accrue non d'un fils, vivement désiré, mais d*une troisième, et même d'une quatrième fllie, puisque mademoiselle de Montpensier, née d'un premier lit, n'était homme qu'en action.

Cette enrant, dont la venue ne fut bien accueillie que par les ennemis de sa famille, vint au monde frèle et délicate : on s'y attacha d'abord comme on s'intéresse à la faiblesse ; on l'aima plus tard pour sa gentillesse ; et dès que les dangers des premières années furent passés, à l'âge d0 quatre ans à peine, par une singulière combinaison d'ambition politique, on la fiançait, au Palais- Royal, en présence de Leurs Majestés, à M. le duc d'Enghien, fils du prince de Gondé.

Ce projet de mariage est, à coup sûr, l'un des plus singuliers épisodes de la Fronde ; et quels que soient les motifs pour lesquels la cour permit ces fiançailles prématurées, il est diflScile de penser qu'elle les ait désirées; quant à l'enfant, peut-être n'en eut^elle pas même connaissance.

Son âge, sa faible santé, exigeaient alors des soins continuels; aussi suivait-elle partout sa mère, dans les pérégrinations fréquentes auxquelles la difficulté des temps ou les caprices et l'humeur inquiète de Gaston contraignaient la Duchesse. Lorsque le Duc les rejoignait, à Blois, par exemple, il aimait à se trouver avec ses trois dernières filles chez leur gouvernante, madame de Rare ; et là sans doute se préparaient, dans de familières causeries, des projets d'avenir auxquels on se dispensait volontiers d'associer la jalousie soupçonneuse de leur sœur ainée; Mademoiselle, en effet, voyait avec

peine ces conciliabules, et les déconcertait souvent par son arrivée imprévue.

Les jeunes princesses que le Duc trouvait réunies chez madame de Rare étaient Marguerite-Louise d*Orléans, née en juillet 1645 : elle épousa, en 1661, le Grand-Duc de Toscane, Cosme III de Médicis; Elisabeth, mademoiselle d'Alençon, née en décembre 1646 : elle devint, en 1667, la femme du duc de Guise, François de Lorraine. Une dernière sœur de mademoiselle de Valois, Anne- Marie, née en novembre 1652, mourut dans sa quatrième année, et un jeune prince, espoir de la famille, né en 1650, mourut en 1652.

De tous les enfants de Gaston , aucun n'était plus tendrement chéri que mademoiselle de Valois : son affection pour elle allait jusqu'à TégoTsme. Un jour, qu'après de nombreuses démarches vainement tentées, mademoiselle de Montpensier insistait plus vivement que jamais pour que son père plaçât auprès d*elle une de ses sœurs, le Duc lui répondit : t Pour ma fllle d'Orléans, vous croyez bien que l'on ne l'y mettra pas (mademoiselle d'Orléans était l'ainée); ma fille de Valois, c'est mon divertissement, et c'est pourquoi je vous Tai refusée. »

Un tel refus était imprudent, et dans la page où elle rappelle l'impression qu'elle en ressentit, Mademoiselle laisse percer en termes fort transparents son mécontentement. Elle-même était fort riche, mais ses sœurs étaient dans une condition très inférieure à la sienne ; si Monsieur venait à mourir, leur état serait pitoyable; Madame serait bien embarrassée, avec quatre filles sur les bras.— Madame, à qui elle fait cette sortie assez peu agréable.

lui répond doucement : c J*ai tant de sujet de me fier à la Providence, que je ne doute pas qu'elle n^agisse sur mes filles comme sur moi; ainsi, je ne m'en mettrai en nulle inquiétude. » Tant de résignation pousse à bout Mademoiselle : < Je pensai lui dire, reprend-elle avec aigreur, qu'elle avoit raison, et qu'elle avoit agi d'une manière si extraordinaire pour elle que la maison de Bourbon n*étoit pas si heureuse que celle de Lorraine. » Cruel sentiment qui fait une allusion méchante aux difficultés sans nombre que rencontra le mariage de Gaston avec Marguerite de Lorraine, et aux humiliations par lesquelles dut passer le Duc, avant d'obtenir la ratification par la cour d'un mariage si peu avantageux.

Si les paroles de Mademoiselle pouvaient paraître obscures, et si ses vrais sentiments devaient être plus nettement mis à jour, un mot de son père ferait juger de leur portée véritable. Deux ans après cet entretien de Mademoiselle avec Madame, qui lui avait sans doute été fldèlement rapporté et qu'il ne pouvait guère oublier, Gaston appela auprès de lui, à Blois, le comte de Béthune. Le Duc lui parla à plusieurs reprises de Mademoiselle, et s'emporta contre elle avec une grande vivacité : il était en colère dès qu'on prononçait son nom, et revenait toujours à dire : c Elle n'aime pas ses sœurs; elle dit que ce sont de$ gueuses; qu'après ma mort elle leur verra demander l'aumône sans leur en donner. »

Telle n'aurait pas été peut-être la pensée de Mademoiselle, si son père lui avait confié le sort de mademoiselle de Valois, qu'elle désirait beaucoup avoir auprès d'elle, et qui l'appelait sa « petite mère ». Toutefois, entre Ma-

demoiselle et ses sœurs, il existait une cause grave de mésintelligence : malgré son âge, ou plutôt à cause de son âge, qui rendait pour elle impossible tout mariage, s*il se faisait trop attendre, mademoiselle de Hontpensier voyait, dans tous les princes souverains à marier, des prétendants à sa main; son revenu pouvait biea s'élever à trois millions de notre monnaie, et cette fortune, qui faisait d'elle la plus riche héritière de l'Europe, n'était pas en effet sans avoir quelque prestige aux yeux de bien des mères; mais il est vrai de dire que s'il fut tour à tour question pour elle d*épouser la plupart des princes contemporains, depuis l'empereur d'Autriche jusqu'au tout jeune Louis XIV, elle n'en resta pas moins toujours sans alliance; si le bruit courut même d'un mariage entre elle et le duc régnant de Savoie, son cousin, qui devait épouser mademoiselle de Valois, il n'y eut dans ce projet qu'une cause de jalousie de plus entre elle et la jeune princesse qu'elle avait eu peut-être la pensée d'adopter.

Elle raconte, avec la complaisance qu'elle apporte dans tous les récits du même genre, que Madame Royale, mère de Charles-Emmanuel II, s'étonnait souvent qu'elle ne témoignât pas un grand désir d'épouser le duc de Savoie; et, bien que son amour-propre flatté vît là l'indice d'un projet pour elle, elle ajoute néanmoins que Madame Royale craignait par-dessus tout de voir son flls marié avec une personne capable d'agir, qu'elle ne lui fit jamais parvenir aucune demande, et que le Duc, « qui marquoit pour elle la plus grande passion du monde >, ne fit jamais aucune tentative pour obtenir sa main.

Cet aveu naïf montre la prétention, mal justiPiée, sans doute, mais bien réelle de mademoiselle de Montpensier, et suffit à prouver cette rivalité que mademoiselle de Valois devait trouver dans sa sœur ainée, chez qui, dit madame de Motteville, c la jalousie que Tamour-propre produit efTaçoit la force du sang et de la nature ^ »

Si l'histoire n*a rien à gagner au récit de cette course au mariage, la chronique intime de la cour, Tanalyse du cœur humain peuvent trouver un certain intérêt dans les révélations de Mademoiselle. Ici elle dit bien haut à madame de Choisy, qui l'engage à tout faire pour rompre le mariage de M. de Savoie avec sa sœur, qu'elle n'est pas d'humeur à courir sur les marchés des autres; là elle avoue qu'elle n'attend pas sans impatience la réponse que fera Monsieur à l'abbé Damoreti, qui vient lui demander la main de sa fille ; ailleurs elle se justifie d'avoir écrit à M. de Savoie que sa sœur était bossue, et quantité d'autres choses désobligeantes pour elle ; plus loin, tout en paraissant très fière de l'accueil fait par le duc de Savoie à un de ses gentilshommes, elle assure qu'elle ne se repent pas d'avoir rompu tout commerce avec Madame Royale, et rendu impossible son propre mariage avec un prince dont elle apprécie peu les procédés enfantins. Plus tard, par un nouvel intermédiaire, car jamais le duc de Savoie ni sa mère ne paraissent directement, elle apprend que le Duc a la plus grande passion de l'épouser, que Madame Royale verrait avec moins d'ennui celte union, que le Roi la souhaite, enfin que le cardinal Ma-

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