‹ Portraits du grand siècleChapitre 4 sur 115 · Dans Y Histoire de la Princesse de Paphlagonie · texte numérisé non relu

Dans Y Histoire de la Princesse de Paphlagonie

2. M. de Lionne, de la famille (branche alnéo) du ministre Hugues de Lionne.

construction. Il avait lui-même fait bâtir les neuf pavillons de Tun des côtés, et, au milieu, le Pavillon-Royal; les terrains des trois autres côtés avaient été donnés par le Roi, à la condition que chacun des hôtels ou des pavillons construits aurait les mêmes dimensions et présenterait la même façade que ceux dont Sa Majesté s*était elle-même chargée : malgré cette obligation qu*il imposait, le Roi n*eut pas à rechercher hors de sa cour à qui concéder les emplacements restés libres. C*est là que Richelieu était venu s'établir avant Tachèvement du Palais-Cardinal; le maréchal de Brézé y avait également logé. C'est là aussi qu'était née, peu de temps auparavant, une enfant qui devait être M*"* de Sévigné ; là que se trouvaient les hôtels de Saint-Géran, de Chaulnes, d'Aumont, de Guémené; M°* de Bassompierre y demeurait, non loin de son mari, prisonnier à la Bastille ; M"* de Blérancourt, M"' de Maugiron. M"** de Sablé, les comtesses de Belin et du Lude, la marquise de Grimault, M"»* de la Suze, M"* de Choisy, y avaient leurs appartements. C'est parmi cette société choisie et brillante dont les noms sont mêlés au récit de toutes les fêtes, de toutes les galanteries de ce temps, que nous rencontrons, environnée d'une cour assidue et nombreuse, la jeune M"® de Piennes.

Quelle était la disposition de cette demeure si connue et si recherchée? Nous ne saurions le dire. D'ordinaire, l'appartement de Monsieur était en bas, et Madame se tenait au premier étage; mais nous apprenons, par une note des Manuscrits de Maurepas, que la marquise, alors veuve, avait pris au rez-de-chaussée un appartement dont l'une des pièces, garnie de moquette, n'est guère

moins fameuse au xvn* siècle que la chambre bleue d'Arthenice (la M'"* de Rambouillet).

Une galanterie, particulière à ce temps, fit la célébrité du réduit de M™* de Piennes. Elle institua un ordre de la Moquette dont les chevaliers Thonoraient sous le nom de la reine Gillette. Nous n*en connaissons pas les statuts; mais, en voyant ce qui se faisait ailleurs, il est permis au moins de présumer l'esprit des règlements imposés aux galants chevaliers par leur jeune reine.

Ainsi cettH société si nouvelle, si capable de se suffire à elle-même, allait chercher ses modèles dans un passé qu*elle connaissait mal. On aimait à composer et à échanger entre soi des vers en vieil langage, et Dieu sait avec quelle adresse se faisaient ces pastiches ! On revenait aux formes surannées de la poésie du siècle précédent : ballades, triolets, rondeaux, étaient à la mode ; on créait des royaumes imaginaires peuplés de géants, de fées, de paladins ; on se ressouvenait des neuf preux ; et Tusage était si répandu de créer des ordres de chevalerie galante, qu'on le trouve même alors transporté en province.

Le fils aîné d'Arnauld d'Andilly raconte, dans les Mémoires qu'il écrivit après avoir quitté le parti des armes pour se faire d'église, que lui-même eut deux fois l'occasion d'être armé chevalier. A Metz, dit-il, lorsqu'il y arriva, M"^ de Feuquières, sa cousine, « venoit d'instituer un ordre de chevalerie qu'elle avait nommé VOrdre des Égyptiens, parce qu'on n'y pouvoit être admis qu'on n'eût fait quelque larcin galant. Elle s'en étoit fait la reine, sous le nom d'Epicharis, et tous ses chevaliers portoient, avec un ruban gris-de-lin et vert, une griffe

d'or avec ces mots : Rien ne m'échappe. Beaucoup d'ofBciers de Tarmée et du parlement qui étoit à Metz avoient été enrôlés dans cet ordre qui étoit fort à la mode; car il falloit avoir quelque esprit pour y être admis, puisqu'on ne le pouvoit être qu'en présentant une requête en vers à la reine Epicharis. Et je me souviens, à propos de cela, d'un fort honnête homme, M. de Vivans, qui étoit chambellan de feu M. le duc d'Orléans et capitaine de cavalerie, lequel voulant estre aussi de cet ordre, et n'ayant pu obtenir de dispense de la requête en vers, comme il n'étoit pas né poêle, quoique Gascon, fit enfin celle-ci, qui donna plus de plaisir qu'une meilleure :

Princesse, recevez Vivans,

Tout le monde vous y condamne.

Je reconnois qu'il a dessein

De vous servir, ou Dieu me damne.

II ne faut pas demander, ajoute gaîment l'abbé, si je voulus être admis au nombre des chevaliers d'Epicharis! i

Les chevaliers de la Moquette, comme les chevaliers d'Epicharis, devaient présenter à leur reine une requête en vers. Malheureusement les plus curieuses nous manquent : nous n'avons ni celle du prince de Condé, ni celle de ce pauvre Nangis, qui fut tué à Gravelines à la tête du régiment de Picardie, ni celle de Rouville, ni celle du chevalier de Boisdauphin, ni celle enfin de M. de Lionne, un des plus fervents adorateurs de la marquise; mais voici une pièce assez peu connue dont l'intérêt est doublé par le nom de son auteur, l'abbé, puis chevalier, et enfin comte de Gramont. Nous ne la donnons qu'à titre de

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rareté, car nous devons convenir qu'elle ne brille ni par la poésie, ni même par l'esprit :

CHANSOïf Sur Tair d*une courante dite Chabot.

Marquise de Piennes, mon cœur, J'admire si fort celte belle bumeur Que je n*ay point de plaisir plus parfait Qu'en vostre cabinet.

J^ose vous supplier Gomme à Nangis me vouloir octroyer, Ma reine Gillette, Que de la Moquette Je sois cbevalier.

Le galant chevalier se croit obligé ensuite à une déclaration :

Si vous me faites cet honneur.

Je seray toujours vostre serviteur, Et laisseray madame de Maulny Avecque son mary.

Si vous voulez m'aymer, Belle marquise, je veux employer Tous mes bénéfices A vostre service Jusqu'à un denier*.

Chansons que tout cela, dira-t-on. Nullement. Sous

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