Chansonnier Maurepat
cette forme légère se trahissait un amour vrai, et si l*oa en croit les méchantes langues, la reine Gillette se serait volontiers laissé attendrir. Ici encore THisloire est muette ; mais interrogeons les romans : Tauteur de la Princesse de Paphlagonie^ W^* de Montpensier, se chargera de nous répondre et de nous apprendre les suites de cette aventure :
a Un certain chevalier, dit-elle, jeune et étourdi comme elle, en devint amoureux. Assurément cela se pouvoit^ car elle avoit beaucoup de choses aimables. Ce chevalier ne lui déplut point. Un prince de ses cousins (Chabot] \ qui lui étoit obligé de sa fortune, prenant grand intérêt à la conservation de la sienne, fit son possible pour lui faire connoitre l'inégalité qu'il y avoit de lui à elle, dans la crainte qu'elle ne l'épousât. Je ne sais si elle le redit au chevalier, ou s'il l'apprit d'ailleurs. Le chevalier l'envoya appeler, et lui donna rendez-vous sur le rempart de la ville, où le prince se rendit. C'étoit en hyver. Comme le chevalier arriva, d'abord il s'excusa de son retardement sur quelque indisposition; ensuite il lui dit que le feu de son amour avoit tellement éteint sa chaleur actuelle, qu'il ne se pouvoit aider ni de ses pieds ni de ses mains ; qu'il falloit qu'il s'allât chauffer avant que de se battre. I/autre, qui ne passoit pas pour un grand héros de ce temps, le contrefit fort à l'égard du chevalier; il le menaça, il lui dit plusieurs paroles outrageantes, et il s'en alla rendre
1. Chabot, qui épousa depuis M"* de Rohan, et qui était en effet parent de la marquise do Piennes. — Voyez TaUemant, édition PauUn Pûris. On y lit toute cette histoire, et Téditeur la confirme encore par une lettre d'Henri Arnauld.
compte de son démêlé à la reine, qui, depuis, fut dégoûtée de son amant, i
Ainsi disgracié, le chevalier de Gramont laissait un accès libre aux prétendants : le marquis de Rouville se présenta; il fut trouvé trop vieux et fut évincé :
Je ne suis pas si mal habile De me charger de ce vieux cœur.
Non, je ne veux point de Rouville Pour amant ny pour gouverneur*.
La jeune veuve était destinée à un parti plus brillant : le 21 octobre 1644, elle épousa le comte de Fiesque, et nous aurons à la suivre désormais sous ce nom, que cependant elle ne porta pas dès les premiers temps de son mariage.
Le comte de Fiesque aimait le plaisir, la dépense, le bruit, l'éclat, la bonne chère; un peu vaniteux, très brouillon, cherchant le désordre pour le désordre; ambitieux par boutades, mais étonné de l'avoir été, et consolé bien vite de ses espérances perdues; dévoué à ses amis et bravant pour eux les disgrâces de la cour et le danger des combats; ne leur demandant en échange de sa fidélité que de rester fidèles eux-mêmes aux causes mauvaises, c'est-à-dire au parti de Tinsurrection et du mouvement; en même temps, tout à tous, affectueux,