Lettre Mdites, p
bien! Certes, a grande fréquentation des parloirs est un mal plus dangereux qu'on ne sauroit penser : il n'est pas croyable combien la bonne odeur des maisons religieuses s'évapore par là, et comme Tesprit intérieur se dissipe*.»
A côté de ces lettres écrites dans les vues d'une piété éclairée et dans l'intérêt d'une sage discipline, le voluinineux recueil publié par M. de Barthélémy renferme de nombreux détails sur les affaires d'argent des diverses maisons do la Visitation : ce qui est dû est toujours rigoureusement exigé ; un ordre exact et sévère est établi dans les finances ; avant d'admettre à titre de fondatrice une sœur qui se présente, on examine si la somme qu'elle offre est suffisante :
c La mère de M^^" du Tartre est venue hier et ce matin céans; véritablement elle témoigne de l'affection à sa fille, et je pense qu'elle a fait ce qu'elle a pu vers M. son mari, lequel, en finale résolution, donnera à sa fille, pour employer selon son désir, quatorze mille francs, moitié à l'entrée, moitié à sa profession; mille francs de pension sa vie durant, et, après son décès, six cents livres à la maison, rachetables de dix mille francs, à la vérité, vu qu'elle a des enfants. Je trouve qu'ils lui font un bon parti; mais c'est à vous à considérer si cela sera suffisant pour commencer un monastère. Si tout n'est pas fort cher à Nevers, il semble qu'il suffira. »
Ces détails intimes sur les retraites pieuses dont la pensée écarte volontiers toute préoccupation matérielle,
1. Lettres inédites, p. 543. — Voyez à ce sujet rintrodaciion de notre ouvrage : Précieux et Précieuses, — Paris, Didier, 1860, 2* édition.
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sont intéressants pour Thistoire des couvents qui, à cette époque, s'établissaient chaque jour plus nombreux. Une autre lettre nous révèle que la dépense de chaque religieuse s'élevait à la somme de 500 livres, monnaie de Savoie\ Or, la monnaie savoisienne étant alors à la monnaie de France dans le rapport de deux à cinq, la vie de chacune des Yisitandines en communauté pouvait donc s'élever à 200 livres de France ; à cette époque, cette somme payait facilement ce qui, aigourd'hui, ne coûterait pas moins de six à huit cents francs.
Mais entre les passages qui nous ont le plus vivement frappé dans l'histoire intérieure de l'ordre, il en est un qui mérite une attention particulière : c'est celui où M"*' de Chantai, méprisant les préjugés de son éducation, et devançant son époque de plus d'un siècle, écrivait cette lettre admirable de hardiesse et d'élévation d'idées, que nous demandons encore la permission de citer : on y trouvera la trace de l'esprit éclairé de saint François de Sales.
« .... Quant à ce que vous me demandez, si Ton peut mettre supérieure une fille qui n'est pas légitime, notre bienheureux Père lui-même a résolu cette demande et dit que les enfants ne peuvent être maîtres de leur naissance et ne portent pas l'iniquité de leurs père et mère. Croyezmoi, ma fille, où est la vraie vertu, le reste ne peut nuire. Notre Seigneur n'est point acceptant des personnes; sainte Brigitte était bâtarde d'une esclave, et Dieu ne laissa pas de la choisir pour son épouse et de la rendre