‹ Portraits du grand siècleChapitre 46 sur 115 · Lettres, p · texte numérisé non relu

Lettres, p

MADAME B£ CHANTÂL. IM

rien de cherché; le mot vient comme il peut, la phrase est ce qu'elle est, et le mot est mieux trouvé, la phrase mieux faite que par un écrivain de profession. La sainte fondatrice excelle dans ces lettres exquises, qui, à nos yeux, valent toutes celles qui ont été écrites, même par sa petite-fille, à l'adresse de la postérité. Que Ton compare à la lettre de M"»* de Sévigné, sur la mort de Turenne, cette épitre soi-disant merveilleuse écrite sur le même ton que celle qui raconte le suicide de Vatel, la lettre de sainte Chantai sur la mort de saint François de Sales; que Ton mette en regard de toute la correspondance de M"*^ de Sévigné le seul récit fait par son aïeule de la mort de la R. M. de Chatel*, et je ne sais si au style brillant, leste, dégagé, étourdi, style de tête et non style de cœur qui éblouit dans Tune, on ne préférera pas ce langage modeste, simple, recueilli, écrit dans le calme pour être lu dans le silence.

Loin de nous toutefois la pensée de comparer, dans toutes ses lettres, M"« de Chantai, qui n'est pas un écrivain, à M°« de Sévigné! En général, il faut bien le dire, et je tiens à conserver jusqu'à la fin mon impartialité vis-à-vis des œuvres comme de la personne de M"*' de Chantai, la sainte veuve, qui se préoccupe seulement de son sujet, écrit des lettres d'un assez mince intérêt pour les gens du monde; Ton n'a pas même, en général, pour se dédommager de l'uniformité du sujet, les agréments d'une forme tant soit peu littéraire. Mais quand sa plume a l'occasion de traduire un sentiment vrai, profond, irré-

Page 1