Manusc. de Maurepas^ t. II, p. S
16 PORTiUITS DU GRAND SIÈCLE.
aimable, irrésistible dans les séductions, sachant se faire des amis même parmi ses adversaires ; merveilleusement adroit aux exercices du corps, plus apte encore aux exercices de l'esprit et amateur éclairé des arts; passionné tour à tour pour la peinture, pour la musique, pour les belles-lettres; protecteur des savants, savant lui-même, parlant toutes les langues de TEurope, il joignait à ces qualités brillantes et à ces défauts aimables Téclat d'un grand nom et les ressources d'une fortune considérable.
Charles-Léon, comte de Fiesque, était né en 1613. Son père, François, unique héritier de Scipion de Fiesque et d'Alphonsine Strozzi, cousine de la Reine Marie de Médicis, tenait, par cette alliance, à la famille d'Angennes de Rambouillet. François de Fiesque, comte de Lavagne et baron de Bressuire, avait épousé, en 1609, Anne Le Veneur, fille de Jacques, comte de Tillières, et petite-fille, par sa mère, de Léonor Chabot, comte de Charny, grand écuyer de France : cette étroite parenté qui rattachait les Fiesque aux Beuvron d'Harcourt, aux Brouilly de Piennes, et dont l'illustre famille des Chabot était le lien commun, ne fut assurément pas sans influence sur le mariage qui devait unir Charles-Léon, comte de Fiesque, et Gilonne d'Harcourt, veuve du marquis de Piennes.
Le jeune comte de Fiesque était l'aîné de six enfants. Il avait deux frères dont l'un, comte de Castellan (en* Italie) et baron de Brion, fut en même temps abbé de Lonlay ; l'autre, chevalier de Malte, fut tué, le 13 août 1645, à Mardick; il étoit, dit M^^^de Montpensier, le plus sage et le plus dévot gentilhomme de la cour. De ses trois sœurs, deux moururent sans alliance ; l'autre, Marie de Fiesque,
MADA)(E DE FIESQUE. H
épousa Pierre de Bréauté, qui fut tué aussi devant Arras, en lôiO, à ce siège fatal au marquis de Piennes.
Le comte François de Fiesque ayant péri lui-même en 1621 y au siège de Moutauban, Anne Le Veneur, restée veuve, eut la tutelle de ses enfants : c'était une femme pieuse, sévère, volontiers grondeuse, un peu intrigante et attachée aux biens de la terre. Elle prit de l'éducation de son fils aîné les soins les plus intelligents. Charles- Léon suivit les cours du collège de La Marche : il y trouva comme condisciples Chanut, qui devint ambassadeur en Suède; Nicole, une des futures gloires de Port- Royal; Gomberville, plus tard académicien, et Marolles, que les soins de son abbaye de Vilieloin ne devaient pas assez préserver d*un goût malencontreux pour la traduction des chefs-d'œuvre de l'antiquité.
Attachée en qualité de dame d'honneur à la reine Marie de Médicis, la mère du jeune comte sut néanmoins attirer sur elle les bonnes grâces du Roi et de ses ministres; et comme son mari n'avait jamais renoncé à ses prétentions sur Gènes dont sa famille s'était vu chasser, après avoir eu ses biens confisqués, à la suite d'une mémorable conjuration entreprise dans l'intérêt de la France, elle obtint de Sa Majesté, en 1625, une déclaration glorieuse à son nom, avantageuse aux siens et qui témoignait d'une grande faveur: le roi prenait Charles-Léon, comte de Fiesque, et ses frères, sous sa protection spéciale et daignait faire de ses droits sur Gênes la cause de la France'; nous verrons plus tard les effets du bon vouloir de nos rois.