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Verset dlsaïc

LOniS XIV. 183

croyons-nous, de rechercher dans les Mémoires comment s'y révèlent, comment y sont appréciées les relations privées du monarque. Bien ou mal fondée, cette curiosité qui attache tant de prix à toute analyse des sentiments secrets d'un personnage éminent est un des caractères distinctifs des historiens de notre époque et de leurs lecteurs; rhistoire et la psychologie se sont associées dans un commun intérêt, et ce que Tune y gagne en éléments nouveaux offerts à ses théories, Tautre le gagne en incontestable moralité.

Dans les Mémoires^ Thomme s*efface ordinairement devant le souverain; celui-ci parait seul sur le théâtre, et, s'il s'adresse à son fils, qui n'a pas l'âge de raison, vous assistez, croyez-le, à une de ces scènes fréquentes dans la tragédie classique oii la présence d'un confldent déguise mal un monologue. J'ai parlé de tragédie, et, en effet, le style même a chaussé le cothurne antique; Auguste ou Mithridate ne s'expriment pas en termes plus pompeux. Cependant, en devenant auteur, Louis XIV a subi la loi commune à tout écrivain : qui de nous, en se penchant sur le papier, n'y a pas laissé de Ini-même une image plus ou moins nette, et qu'il ne peut renier?

Quand même Louis XIV n'eût pas été roi, deux qualités toutes puissantes eussent assuré son élévation : l'amour du travail, la passion du savoir. Même pressé par les besoins de la vie ou poussé par l'ambition, nul homme n'apporta plus de régularité, ni une application plus constante ou plus ferme, aux devoirs de sa profession ; nul ne sut mieux séparer, sans jamais les confondre, les moments du plaisir des heures consacrées au travail, ou changer

même ses distractions en occupations utiles. Voyez-le pendant sa rapide expédition en Franche-Comté'; il sait qu*en temps de guerre c on ne peut pas ménager tant de temps pour les affaires du cabinet > : il en proGte c pour s'entretenir plus librement avec tout le monde, tant en conversation générale qu'en particulier. Mais jecherehois néanmoins, dit-il, autant qu'il se pouvoit, à tirer profit de ces entreliens ou pour avancer l'ouvrage auquel j'élois appliqué, ou pour connoitre plus à fond les gens môme à qui je parlois, ou pour tirer des éclaircissements sur diverses autres choses. » Et ce n'est pas là un fait isolé, c'est l'application d'une théorie exposée dans les Mémoires sous une forme qui trahit sans doute un large amourpropre, mais qui n'en est pas moins caractéristique, et montre aussi ce désir obstiné du Roi de s'instruire toujours et partout; voici ses propres paroles :

« Quand il se pourra trouver un prince qui, par la beauté naturelle de son esprit et la solide fermeté de son âme, et par l'habitude prise aux grandes affaires, saura se défendre de la surprise aussi bien que ses plus habiles conseillers; qui entendra aussi bien ou mieux qu'eux ses plus délicats intérêts, et qui, prenant leurs avis parce qu'il lui plaît, pourra néanmoins, quand il sera besoin, se déterminer sagement par lui-même; qui auroit assez de retenue pour ne résoudre rien sur-le-champ de ce qui mériteroit réflexion; qui seroit assez maître de son visage et de ses paroles pour apprendre les sentiments de tous sans découvrir les siens qu'à ceux qu'il voudroit, ou

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