Voyez t. II, p
monde »; maigre, un peu boiteuse, légèrement marquée de la petite vérole, comme le Roi lui-même, elle avait un esprit qui faisait aimer son corps; souvent, près d'elle, le Roi c revoit ou lisoit > : qui sait si la douce jeune fille, qui ne voyait dans son royal amant que le plus honnête homme de son royaume, n'entra pas pour quelque chose dans de si nobles résolutions? Ce qui est certain du moins, c'est qu'elle ne fut un obstacle ni à la direction ou Texpédition des affaires, ni aux aspirations nouvelles du Roi pour des connaissances qu'il avait négligé d'acquérir. La page suivante de ses Mémoires fait bien connaître ce côté particulier de l'existence de Louis :
c S'il arrive que nous tombions malgré nous dans quelqu'un de ces égarements, il faut du moins, pour en dimi* nuer la conséquence, observer deux précautions que j'ai toujours pratiquées, et dont je me suis toujours fort bien trouvé.
» La première, que le temps que nous donnons à notre amour ne soit jamais pris au préjudice de nos affaires, parce que notre premier objet doit toujours être la conservation de notre gloire et de notre autorité, lesquelles ne se peuvent absolument maintenir que par un travail assidu. Car, quelque transportés que nous puissions être, nous devons, par le propre intérêt de notre passion, con« sidérer qu'en diminuant de crédit dans le public, nous diminuerions aussi d'estime auprès de la personne pour laquelle nous nous serions relâchés.
» Hais la seconde considération, qui est la plus délicate et la plus difficile à conserver et à pratiquer, c'est qu'en abandonnant notre cœur, il faut demeurer maître absolu
de notre esprit; que nous séparions les tendresses d'amant d'avec les résolutions de souverain; que la beauté qui fait nos plaisirs n'ait jamais la liberté de nous parler de nos affaires ni des gens qui nous y servent, et que ce soient deux choses absolument séparées : dès lors que vous donnez à une femme la liberté de vous parler de choses imporlantes, il est impossible qu'elle ne vous fasse faillir*, i Ces réflexions, amenées par le nom de M"» de La Vallière, en faveur de qui le Roi venait d'ériger en duché la terre de Vaujours, nous montrent dans Louis XIV cette préoccupation constante des affaires qui le suivait dans les loisirs de la paix. Il faut lire les motifs presque politiques qu'il donne à cette fête splendide de 1662, à ce somptueux carrousel qui attire à Paris toute la noblesse de la province et une foule considérable d'étrangers : — cette société de plaisirs qui donne aux personnes de la cour une honnête familiarité avec nous; ces divertissements offerts au peuple et qui l'attachent quelquefois plus fortement peut-être que des récompenses et des bienfaits; cette impression avantageuse de magnificence, de puissance et de grandeur, laissée aux étrangers, que frappent des dépenses qui peuvent passer pour superflues : rien n'est oublié de ce qui peut éclairer l'opinion sur les hautes raisons à l'aide desquelles le Roi voulait se faire sans doute illusion pour oublier que « ces dépenses superflues » avaient été faites en faveur de M"* de La Vallière. N'est-ce pas chez elle, en effet, que Louis avait intérêt à faire naître cette réflexion, exprimée d'ail-