‹ Portraits du grand siècleChapitre 55 sur 115 · Voyez t. II, p · texte numérisé non relu

Voyez t. II, p

iW PORTRAITS DO GRAND SIÈCLE.

donnèrent une juste appréhension pour elle : car je puis dire qu^elle méritoit le soin que j'en avois, et que le ciel n'a peut-être jamais assemblé dans une seule femme plus de vertus, plus de beauté, plus de naissance, plus de tendresse pour ses enfants, plus d'amour et de respect pour son mari. Mais enfla ma crainte finit par la naissance d*une fille. »

Une variante, admise dans un des deux brouillons qui ont précédé le texte définitif, est remarquable. Le Roi y assure que les couches de la Reine lui donnèrent beaucoup d'inquiétude, « à cause de la véritable amitié > qu'il avait pour elle. Le mot « amitié », tout froid qu'il est, a disparu pour faire place au mot c soin », comme le mot « véritable » avait été déjà substitué au mot c sincère ». Mais on n'a garde ici de rappeler cette scène pénible qui avança l'accouchement de la Reine et la naissance de cette « petite moresque velue » dont parlent les pamphlets du temps, et c qui pensa la faire mourir ».Le saisissement qu'éprouva la princesse en voyant entrer le Roi au moment même où. elle se plaignait de lui, son violent saignement de nez, ses instances inutiles pour décider Louis à quitter sa maîtresse, tous ces incidents ne pouvaient trouver place dans les Mémoires; ils auraient confirmé, mais ils n'étaient pas nécessaires d'ailleurs pour montrer la sèche indifférence du Roi, qui s'y est assez clairement révélée.

A côté de la froideur du mari perce aussi l'insouciance du père pour un enfant qui le flatte peu. Lorsque, dans un autre lieu, on voit Sa Majesté reconnaître que « les Rois sentent eux-mêmes toutes les affections et toutes

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les tendresses paternelles », et ne peuvent c se dispenser de Toccupation commune el naturelle aux pères, qui est d*instruire leurs enfants par l'exemple et par le conseil >; lorsque Ton songe ensuite que Texpression de ce beau sentiment doit simplement servir de préambule à des Mémoires qui s'adressent à un enfant de sept ans à peine, on se prend à sourire, et Ton voudrait saisir chez le Roi un de ces bons mouvements du cœur qui prouvent mieux que les belles paroles la vraie tendresse d'un père. Je ne veux pas dire par là que Louis XIV n'aima pas ses enfants plus qu'il n'aima leur mère; je désire seulement signaler ce fait, que les Mémoires, soit à raison de leur forme grandiose, soit pour toute autre cause qui nous échappe, ne montrent jamais dans Louis XIV le bon père de famille, bon et simple à la façon du roi Henri.

Cependant, quand il parle de la perte, depuis longtemps prévue, de la Reine, sa mère, il a su trouver un ton vrai, des accents émus, et il n'a pas craint, en donnant des détails touchants, de manquer à la dignité voulue et habituelle de son récit. Nous citerons ici cette page, où l'auteur s est laissé aller à tous ses sentiments.

Quelques jours avant la mort de sa mère, le Roi avait commandé une revue : c Je fus empêché de m'y trouver dit-il, par le pressentiment que l'amour me donna du danger de la Reine, ma mère, contre l'opinion des médecins...

» Cet accident, quoique préparé par un mal de longue durée, ne laissa pas de me toucher si sensiblement qu'il me rendit plusieurs jours incapable de m'entretenir d'aucune autre considération que de la perte que je faisois.

» La nature avoit formé les premiers liens qui m'unissoient à la Reine, ma mère; mais les liaisons qui se font dans le cœur par le rapport des qualités de Tâme se rompent bien plus malaisément que celles qui ne sont produites que par le seul commerce du sang.

» La vigueur avec laquelle cette princesse avoit soutenu ma couronne, dans le temps où je ne pouvois encore agir, m'étoit une marque de son affection et de sa vertu, et les respects que je lui rendois de ma part n*étoient point de simples devoirs de bienséance. Cette habitude que j'avois formée de ne faire qu*un même logis et qu'une même table avec elle, cette assiduité avec laquelle je la voyois plusieurs fois chaque jour, n'étoit point une loi que je me fusse imposée par raison d*£tat, mais une marque du plaisir que je prenois en sa compagnie. Car enfin Tabandonnement qu'elle avoit si pleinement fait de Tautorité souveraine m'avoit fait asse? connoitre que je n'avois rien à craindre de son ambition, pour ne me pas obliger à la retenir par des tendresses affectées.

» Ne pouvant, après ce malheur, soutenir la vue du lieu

011 il m*étoit arrivé, je quittai Paris à Theure même

Les lettres qu'il me fallut écrire sur cet accident à tous les princes de l'Europe me coûtèrent plus qu'on ne sauroit penser '. »

L'affection qui paraît ici de Louis XIV pour sa mère ne se trahit en termes aussi vrais ni pour sa femme ni pour ses enfants, comme nous l'avons vu, et ne semble pas

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