Voyez t. I, p
et de raison que de mettre les grands gouvernements entre les mains des fils de France >, Louis XIV résista à cette prétention. La défiance qu'il témoignait était sans doute très fondée, très légitime et très sage; mais elle montre aussi que raiîection du Roi pour son frère savait résister à tout entraînement, et n'allait pas jusqu'à la faiblesse, c même dans le plus violent accès de leur commune douleur •, et alors que la mort d'Anne d'Autriche, qui venait de les frapper l'un et l'autre, semblait devoir les rapprocher encore davantage.
Le roi de France. — Gouvernement intérieur du royaume.
Nous avons essayé, en consultant un document fourni par lui-même, de faire connaître Louis XIV dans ses relations de famille ; nous avons cité, autant que nous l'avons pu, les paroles de ses Mémoires, et nous pouvons dire ses propres paroles, puisqu'il les a inspirées et adoptées dans leur rédaction dernière. Le Roi va nous apparaître main* tenant dans ses projets et dans ses actes, en un mot, dans toute la politique soit intérieure soit extérieure qu'il a essayé de faire prévaloir.
Il est une première question qu'on est tenté de se faire après la lecture des Mémoires : le Roi est-il un homme? n'est-il pas plutôt un être d'une nature particulière, qui a sa place entre l'homme et le Dieu? Il ne procède que de lui-même; il ne doit rien au passé, et ne soupçonne pas
qu'il a eu des prédécesseura pour lui préparer ses voies ; ses ministres, orgueilleuse ingratitude, il ne les nomme jamais : leurs talents, leur dévouement ne lui appartiennent-ils pas au même titre que la fortune et le sang de tous ses sujets? « Les rois sont nés pour posséder tout et commander à tout '. » La volonté du ciel est que quiconque est né obéisse sans discernement '. Et qui n'est pas sujet? Dans la famille royale, dans le clergé, dans la noblesse et dans Tarmée, dans la magistrature, on peut s'élever indéflniment au-dessus du peuple, sans même pour cela se rapprocher du Roi '. Ce n'est donc pas sans une certaine surprise qu'on voit de temps à autre le monarque daigner reconnaître qu'il est homme : parole modeste sans laquelle on en pourrait douter. « Il n'est pas, dit-il quelque part\ au pouvoir des Rois, parce qu'ils sont hommes et qu'ils ont affaire à des hommes, d'atteindre toute la perfection qu'ils se proposent. » Ailleurs, il va plus loin encore et ne craint pas de dire : « Nous vieillissons comme le commun des hommes '. » Cet humble aveu, échappé à la jeunesse, saisissons-le au passage, nous ne le retrouverons pas plus tard; et s'il veut expliquer pourquoi il ne prit pas avant la mort de Mazarin le poids des affaires, il a bien d'autres causes à en donner que sa minorité.