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pour tout régler par lui-même, et exercer à lui seul toute sa jalouse autorité; c'est reffet aussi de sa volonté d'introduire partout une simplicité qu'on n'avait jamais avant lui essayé de porter dans les branches complexes d'une administration mal réglée; mais comme ruaité du commandement fait la force du chef, cette simplicité rêvée par le monarque s'accorde à la fois avec sa grandeur et avec les vrais intérêts du pays. Il ne fallut pas moins pour l'obtenir et vaincre les inertes résistances d'un mauvais vouloir intéressé, que l'inébranlable fer* meté du grand Roi dans l'accomplissement de ses desseins.
Cette nécessité d'une résolution fixe, arrêtée avec réflexion, exécutée sans faiblesse, Louis XIV s'est attaché à la démontrer lui-même dans un morceau célèbre el qu'on trouve écrit tout entier de sa main dans les précieux manuscrits remis par lui au duc de Noailles.
Nous citerons ici cette belle page, bien connue d'ailleurs sous le titre de Réflexions sur le métier de roi.
« Les rois sont souvent obligés à faire des choses contre leurs inclinations et qui blessent leur bon sens naturel. Ils doivent aimer à faire plaisir, et il faut qu'ils châtient souvent, et perdent des gens à qui naturellement ils veulent du bien. L'intérêt de l'État doit marcher le premier. On doit forcer son inclination et no pas se mettre en état de se reprocher, dans quelque chose d'important, qu'on pouvoit faire mieux, mais que 'quelques intérêts particuliers en ont empêché et ont détourné les vues qu'on devoit avoir pour la grandeur, le bien et la puissance de l'État.
> Souvent, où il y a des idées qui font peine, il y en a de délicates qu'il est difficile à démêler ; on a des idées confuses. Tant que cela est, on peut demeurer sans se déterminer; mais dès que Ton s'est fixé Tesprità quelque chose, et qu'on croit voir le meilleur parti, il faut le prendre : c'est ce qui m'a fait réussir dans ce que j'ai fait.
ù Les fautes que J'ai faites et qui m'ont donné des peines infinies, ont été par complaisance, ou pour me laisser aller trop nonchalamment aux avis des autres. Rien n'est si dangereux que la faiblesse, de quelque nature qu'elle soit. Pour commander aux autres, il faut s'élever au-dessus d'eux, et, après avoir entendu ce qui vient de tous les endroits, on se doit déterminer par le jugement qu'on doit faire sans préoccupation, et pensant toujours à ne rien ordonner qui soit indigne de soi, du caractère qu'on porte, ni de la grandeur de l'Etat.
• Les princes qui ont de bonnes intentions et quelque connaissance de leurs affaires, soit par expérience, soit par étude, et une grande application à se rendre capables, trouvent tant de différentes choses par lesquelles ils se peuvent faire connoitre, qu'ils doivent avoir un soin particulier et une application universelle à tout.
1 II faut se garder contre soi-même, prendre garde à toute inclination, et être toujours en garde contre son naturel.
» Le métier de roi est grand, noble et délicieux, quand on se sent digne de bien s'acquitter de toutes les choses auxquelles il engage ; mais il n'est pas exempt de peines, de fatigues et d'inquiétudes; l'incertitude désespère quelquefois, et, quand on a passé un temps raisonnable, à
examiner une afTaire, il faut se déterminer et prendre le parti qu'on croit le meilleur. Quand on a TËtat en vue, on travaille pour soi. Le bien de Tun fait la gloire de Tautre. Quand le premier est élevé, heureux et puissant, celui qui en est cause en est glorieux, et, par conséquent, doit plus goûter que ses sujets, par rapport à lui et à eux, tout ce qu'il y a de plus agréable dans la vie.
» Quand on s'est mépris, il faut réparer la faute le plus tôt qu'il est possible, et que nulle considération n'en empêche, pas même la bonté *. »
ht Boi de France. — Politique extérieure.
L'analyse minutieuse que nous présentons ici des ifémoires de Louis XIV serait incomplète, si nous n'essayions de faire connaître aussi la conduite du Roi dans ses relations avec les puissances étrangères : les renseignements épars répandus dans l'œuvre royale nous permettront sinon de porter un jugement définitif sur sa politique, du moins d'apprécier le caractère de sa diplomatie dans le temps même où il a le plus à se louer de ses succès. Notre impartialité ne sera pas toujours d'ac-
1. M. DrcysB a reproduit ce morceau, que suit une page sur la disgrâce du ministre Pomponne, avec Torthographc et les variantes de Toriginal, écrit de la main du Roi, au tome II des H^moiret, p. 5194381.
cord avec les éloges indirects que lui prodigue son indulgent amour- propre. Il ne pourra s*en prendre qu'à lui-même, qui nous a permis de le juger pièces en main. La politique extérieure de Louis XIV a toujours été la partie faible de son règne : ces négociations souterraines, ces intrigues tortueuses, celle incertaine bonne foi, cette tendance mesquine à jouer au plus fin, à ne faire que des demi-avances qu'on peut désavouer, pour provoquer de loyaux aveux dont on abuse; celte corruption devenue à l'étranger un moyen régulier d'influence, ce n'est pas là cette noble diplomatie inaugurée de nos jours à la gloire de notre époque, et qui, quand l'heure est venue, met les nations dans la confidence des souverains, et se fait honneur d'agir à ciel ouvert. Autant aujourd'hui les questions d'un vain amour-propre ont peu d'effet sur les déterminations des peuples, autant alors elles primaient tout autre intérêt. Si jamais Louis XIV se montre hautain et superbe, c'est dans ces affaires (réliqnette et de préséance, importantes sans doute de nation à nation, mais où nos diplomates modernes n'ont plus à empio^vr ni tant d'adresse, ni tant de patience, ni tant de soins. Mêliez au contraire le Roi en présence d'intérêts plus sérieux où l'agrandissement de l'Etat est en jeu, où la guerre est indécise, où des sommes importantes peuvent être perdues ou gagnées : après avoir épuisé toutes les ressources qu'il peut trouver dans des lenteurs calculées, dans des promesses retirées aussitôt qu'elles sont faites, dans des conventions particulières arrêtées secrètement de souverain à souverain, pendant que les diplomates incertains discutent encore, il ne craint pas, au besoin, de
faire des concessions refusées d'abord avec grand fracas sous une autre forme. Notre médiocre estime pour la diplomatie des premières années du règne de Louis XIV, telle que nous la trouvons exposée dans les MémaireSj quelques exemples vont la justifier.
Veut-on savoir, par exemple, comment le Roi apprécie les obligations qui résultent des traités? Après avoir dé- 1
claré à son fils, c'est-à-dire à lui-môme, à qui réellement il s'adresse dans tout le cours des Mémoires, qu'il va a toucher un point aussi délicat que pas un autre dans la conduite des princes, » et protesté qu*il est < bien éloigné de vouloir lui enseigner l'infidélité, » il assure toutefois, en termes d'école, « qu'il y a quelque distinction à faire en ces matières. » Et, fondant sur un exemple l'étrange théorie qu'il ,va présenter, il l'applique en ces termes aux rapports de la France et de l'Espagne. Il faut citer ici ce passage tout entier, l'abréger se serait en atténuer rhnhileté; ce serait l'affaiblir que d'en retrancher une pai »Ic.
«r L'elat des deux couronnes de France et d'Espagne est tel aujourd'hui et depuis longtemps dans le monde qu'on ne peut élever l'une sans abaisser l'autre, qui n'a presque jamais rien à craindre que de là. Cela fait entre elles une jalousie qui, si je l'osois dire, est essentielle, et une inimitié permanente que les traités peuvent couvrir, mais qu'ils ne sauroient jamais éteindre, parce que le fondement en dure toujours, et que l'une d'elles, en travaillant contre l'autre, ne croit pas tant nuire à autrui que se maintenir et se conserver soi-même, qui est un devoir si naturel qu'il emporte facilement tous les autres.
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» Et, à dire la vérité et sans déguisement, elles n'entrent jamais ensemble qu*aveç cet esprit dans aucun traité. Quelques clauses spécieuses qu'on y mette d*u* nion, d'amitié, de se procurer respectivement toutes sortes d'avantages, le véritable sens que chacun entend fort bien de son côté, par l'expérience de tant de siècles, est qu'on s'abstiendra, en dehors, de toutes sortes d'hostilités et de toutes démonstrations publiques de mauvaise volonté, car : pour les infractions secrètes et qui n'éclatermt points l'une les attend toujours de l'autre par le principe naturel que j'ai dit, et no promet le contraire qu'au même sens qu'on lui promet. Ainsi on pourroit dire qu'en se dispensant également d'observer les traités à la rigueur, on n'y contrevient pas, parce qu'on n'a point pris à la lettre les paroles des traités, quoiqu'on ne puisse employer que celles-là, comme il se fait dans le monde pour celles des compliments, absolument nécessaires pour vivre ensemble, mais qui n'ont qu'une signification bien au-dessous de ce qu'elles sonnent*. »
Dans une telle profession de foi, si impudente ou si naïve, où donc cberchera-t-on la haute droiture que fait si pompeusement briller ailleurs ce Roi qui, sans doute, se prétendait honnête homme? Et si, parlant de l'Espagne, Louis XIV reconnaît que sa couronne « n'a presque rien à craindre que de là, » si telle est son excuse d'une perfidie que rien ne peut justifier, comment expliquera-t-il sa conduite envers l'Angleterre, qu'il n'a pas