Chant royal, poésies, p
Ne nous arrêtons donc pas à ces juDenilia^ à ces péchés de jeunesse, si bien cachés : Antoine va recevoir les ordres sacrés ; dès lors le poète se dissimulera derrière le religieux, et si le religieux se reconnaît au choix pieux des sujets, au tour un peu subtil et parfois péniblement ingénieux donné à une pensée souvent obscure, le poète se distingue par un remarquable sentiment du rhythme, par une cadence toujours bien équilibrée de la stance et par Tharmonie poétique.
M. Blanchemain, dans son intéressante notice sur Antoine Corneille, est porté à penser que les débuts du jeune poète dans la vie ne furent pas moins profanes que ses poésies, et il s*appuie sur ce que, à la suite des vers qui viennent d*êlre cités, Fauteur ajoute ceux-ci, adressés aux juges du Puy (1638) :
Juges, daignez me rendre la justice, Et revoyez encore en mes escrits Saint Augustin triomphant dans la lice!
M. Blanchemain dit à ce sujet : < Il avait donc péché comme saint Augustin, et revenait à Dieu sur ses traces. > Nous admettrons, si Ton veut, les fautes mondaines d'Antoine Corneille pendant les hbres années de sa première jeunesse; mais on peut, avec autant de raison et sans plus de témérité, croire à une vie austère, semée de quelques vers profanes ; car il nous semble que le nom de saint Augustin désigne ici bien moins l'évoque converti d'Hippone que Tordre de Saint-Augustin triomphant dans la personne d*nn de ses membres; on peut dire en outre que.
ANTOINE COBNEILLE. 231
en choisissant comme sujet de son Chant royal (s'il ne lui avait pas été imposé par le prince, c'est-à-dire par le vainqueur du concours précédent) la gloire de saint Augustin, l'auteur célébrait un événement tout récent : la réforme de l'ordre, opérée en 1634-1635 par le cardinal de La Rochefoucauld, avec le concours du P. Charles Faure et de ses douze compagnons, religieux comme lui à Senlis, et qu'il établit à Sainte-Geneviève de Paris.
Antoine Corneille, en effet, appartenait, dès l'époque où fut commencé son poème (1636], à la compagnie des chanoines réguliers de Saint-Augustin, de la réforme de Sainte-Geneviève. En quelle année y fut-il reçu? appartenait-il déjà à l'ordre avant sa réforme? Nous ne saurions le dire avec certitude. Ce qui est acquis, c'est que, en 1636, à l'âge de vingt-cinq ans, il était chanoine régulier au prieuré du Mont-aux-Malades, bâti, nous apprend M. Blanchemain, sur une éminence au N.-O. de Rouen, tout près des portes de la ville. Mais cette date elle-même ne peut nous faire connaître l'âge auquel il fut admis dans l'ordre, s'il y entra avant la réforme; chanoine, il pouvait l'être dès l'âge de sept ans ; religieux, depuis l'âge de seize ans; prêtre depuis l'âge de vingt-trois ans et un jour; prieur régulier dès l'âge de quatorze ans, sous la clause cupiens profiteri ; et encore, si le prieuré était un bénéfice susceptible d'être tenu en commende, sufflsait-il, pour en être pourvu, de prouver par l'extrait baptistère, ou mieux encore par « le livre du père, a que l'on avait sept ans.
Ne nous arrêtons donc pas à cos premières années
d'une jeunesse obscure ; bornons-nous à chercher Tautear dans ses œuvres. Parmi les poésies du P. Antoine Corneille publiées par M. Blanchemain, quelques-unes OQt une date connue : ce sont celles que leur auteur présenta, pendant plusieurs années de suite, de 1686 à 1641, aux concours ouverts par l'Académie des Palinods ou du Puy de la Conception de Rouen. Des récompenses plus ou moins importantes étaient distribuées par les juges du Puy : les prix décernés prenaient divers noms, relevés dans ce vers du jeune poète :
Palme, rosier, tour, miroir et Panneau '.
auxquels il faut joindre encore le soleil d'or et le lys, dénominations qui paraissent empruntées aux Litanies de la Vierge, dont les louanges faisaient le principal, sinon Tunique sujet des poésies couronnées.
« Il n'y a, dit le Dictionnaire de Trévoux, que les écoliers ou les mauvais poètes qui fassent des vers pour les palinods » : — Antoine Corneille en Ht souvent.
La première pièce de ce genre que nous trouvions dans la publication de ses œuvres par M. Dlanchcmain est un petit poème de vingt-quatre vers, coupés en quatrains, où l'auteur célèbre un miracle de saint Rémi, archevêque de Reims; cette poésie, qui remporta la Tour en 1636, n'ajoutera rien à la gloire du nom de Corneille.
L'année 1638 est plus riche : elle nous fournit un chant royal, une ode et un sonnet.
Le chant royal était une forme ancienne de poésie qui,