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Poéxies, p

ANTOINE COANEILLE. 233

par suite d*une longue tradition, continuait à être en honneur dans les concours palinodiques de Rouen, de Gaen et de Toulouse. La difflculté de ce genre de poésie est telle que, si elle ne peut être pour de mauvais vers un titre à riodulgence, elle ajoute cependant, comme un sonnet sans défaut, au mérite des auteurs qui réussissent. Son nom vient de ce que le sujet du poème était en général fourni par le roi ou prince, c'est-à-dire par le vainqueur de Tannée précédente. Il est à la ballade ce que le rondeau est au triolet. La rigueur de ses règles est peu faite pour tenter les poètes. Il est composé de cinq couplets ou strophes de onze vers, et terminé par un envoi ou explication de Tallégorie en cinq vers, rarement sept. Les rimes du premier couplet, dont la première est presque toujours une rime féminine, règlent celles des couplets suivants , qui se terminent tous par le même vers ; toute la pièce, composée de 60 ou 62 vers, roule donc sur cinq rimes dont les deux premières reviennent dix fois, la troisième et la dernière douze fois, et la quatrième jusqu'à dix-huit fois. Enfin les vers de l'envoi doivent avoir des rimes semblables à autant de vers pris sur la An des couplets précédents, et se terminer par le vers final ou refrain de chaque couplet. Le P. Mourgues, à qui nous empruntons ces règles, demande que les couplets soient coupés après le quatrième et le septième vers; dans le chant royal d'Antoine Corneille, le couplet se divise en deux parties, un quintil et un sixain. Nous en avons cité plus haut le premier couplet :

Père du jour...

C'est le meilleur de la pièce.

L*ode, envoyée au coocours de la même année, nous paraît supérieure; elle est composée de dix strophes de dix vers do huit syllabes, avec un repos après le quatrième et quelquefois après le septième, ce qui forme un quatrain et un sixain ou un quatrain et deux tercets; cette mesure, inventée par Ronsard, est Tune des plus heureuses do domaine de Tode, dit La Harpe ; si le vers de huit syllabes ne peut avoir la pompe et la majesté de Talexandrin, la strophe entière y supplée par une marche nombreuse et périodique et par le rapprochement des rimes, dont le son frappe plus souvent Toreille; ces avantages le rendent propre aux grands effets de la poésie.

Nous ne pouvons citer ici la pièce entière; mais les deux strophes suivantes permettront d'apprécier le mérite de ce poème, dont le siget est l'incendie de Rome sous Tibère :

Tous ces superbes mausolées Que la pieuse antiquité Drossoit à la postérité Ne sont que places désolées :

Les monuments des empereurs Se defTendent mal des fureurs Qui les réduisent en poussière; Vous qui gourmondiés Tunivers, Césars, aujourd'huy dans la bière, La flamme vous dispute aux vers.

Cieux, estes-vous inexorables?

N*aurés-vous rien que des mespris, Pour tant du vœux et tant de cris

ANTOINE COAN£ILLE. 23o

Que vous font tant de misérables?

Estes- vous tellement jaloux De satisfaire à vos courroux Dans les rigueurs de la justice, Qu^après de si sanglants effets Vous puissiés croire leur supplice Ne pas égaler leurs forfaits?

Ni Malherbe, même lorsqu'il eut appris de Maynard a ne plus couper la strophe de dix vers en deux quatrains et un dystique, ni Maynard lui-même, ni Racan, ni Théophile ou Saint-Amant, ni plus tard Rousseau, qui employa également ce mètre, n'ont su le faire valoir par une forme plus heureuse ou un plus vif sentiment du rythme et de la cadence.

Nous ne nous arrêterons ni aux « Stances qui ont emporté le Soleil en 1639, » ni au sonnet commençant par ces vers :

Soleil, clarté sans pair, toy qui après les cieux Du plus riche ornement que receut la nature...

nous nous bornerons à faire remarquer que le premier vers doit être lu :

Soleil, clarté sans pair, toy qui pares les cieux...

En décembre 1610, un des prix du Puy, la Tour, fut accordé à une fillette de quinze ans (elle était née le 5 octobre 1625); cet événement, tout mince qu'il est, appartient à l'histoire littérairo, à cause do trois personnages qui y furent mêlés. L'un était Jac([ueline Pascal, cette

frêle enrant dont Tesprit précoce avait en quelque sorte absorbé toutes les forces du corps; qui, à onze ans, faisait des chansons, des rondeaux, des stances amoureuses, et quelques-unes fort jolies; qui, à douze ans, écrivait des vers sur la grossesse de la Reine et sur les mouvements du futur Louis XIV dans son sein; qui, la même année, remerciait Dieu, avec Taccent de la plus naïve sincérité, de lui avoir envoyé la petite vérole, dont « les creux et les marques » Tavaient enlaidie; qui, à quatorze ans, jouait avec Mondory, le célèbre comédien, V Amour lyrannique de Scudéry devant Richelieu, et obtenait ensuite du Cardinal le rappel de son père exilé; et qui enfin, à vingt-huit ans, faisait à Dieu le sacriQce d*elle-même en allant s'enfermer à Port-Royal, où elle mourut, à peine âgée de trente-six ans, le 30 octobre 1661, dans les sentiments de la plus austère piété.

Les deux autres sont Pierre et Antoine Corneille. Chose singulière! si Ton ne consultait que leurs œuvres, on pourrait les croire inconnus Tun à l'autre. Pierre, qui a tant écrit, n*a pas laissé un vers pour son frère Antoine, ni pour célébrer ses succès aux Palinods, ni à Toccasion de son entrée en religion, ni même, bien qu'il se prodiguât en rhonnour des i)lus médiocres ouvrages, pour placer en tête de ses poésies; une ligne, dans une lettre au P. Boulart, rappelle son souvenir : rien de plus. Chez Antoine, à Texception d'une pièce où il imite les stances du Cid^ si l'auteur du Cid ne les a pas imitées de lui, on dirait qu'il ignore le nom, qu'il ne connaît pas les œuvres de Pierre : et cependant le peu qui existe sufHt a prouver leur mutuelle afTéction.

Le succès de la petite Pascal est une des rares occasions où nous les voyions en présence : Pierre et Jacqueline improvisèrent à Tenvî de poétiques remerciements *. Antoine fit plus : il composa un chant royal où il célébra

La seule fille en ce Puy triomphante.

Pour cette pièce, qu*il remit Tannée suivante à M. de Bassompierre, abbé de Saint-Georges de Boscherville, qui était prince du Puy cette année-là, c'est surtout de Tintention qu'il faut tenir compte à l'auteur; son petit poème n'a de remarquable qu'un détail purement matériel : c'est qu'il commence par une rime masculine, ce qui est rare dans les chants royaux, et se termine par un envoi de six vers, au lieu de cinq ou de sept.

La même année, le P. Antoine Corneille présenta au concours une ballade où, moins gêné que par les diflficullés du chant royal, il nous parait avoir mieux réussi, sans cependant avoir composé un chef-d'œuvre :

J'entreprens, Vierge, une peinture Dont les voiles mystérieux' Vous représentent sous les deux Seule sans tache à la nature :

Dans un parterre industrieux, Au milieu des plantes voisines,

1. M. Blanchemain qui, comme M. Cousin, a reproduit la pièce couronnée, y a introduit deux légères variantes, et y a joint ces deux remerciemenU, mais en datant le second de 1G41 : erreur évidente du texte qu'il a reproduit.

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