c Dello marchese dl Livorno ostiua ogni ossequio e rive
renza verso V. â. R., e hà detto a molli che cercberebbc di
render ossequio, non solo alli ambasciatori di Y. A. R., maetiandio aUi palafemieri che abbino titolo d'essere a V. Â. R. ; use le proprie parole esattamente. » {Lettre de l'ambassadeur comte Ferrero^ 6 juin 4674, p. 450J. — Ledit marquis de Livourne s*obstioe à conserver toute sa déférence et tout son respect envers Votre
AUesse Royale; il a dit à plusieurs qu'il chercherait à rendre
ses devoirs non seulement aux ambassadeurs de V. A. R., mais jusqu'aux palefreniers qui ont Thonneur d'appartenir à V. A. Rce sont ses propres paroles, exactement.
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Roi répondit qu'il voulait rester étranger à cette aiTaire, et promit de ne donner aucun emploi au marquis; il ne pouvait cependant s'empêcher de plaindre le malheureux exilé, qui payait si chèrement une imprudence.
Mais le Roi, qui ne voulait honorer d*aucune charge dans sa maison ou ses armées le marquis de Livourne, ne s'était pas engagé à lui refuser toute marque de bienveillance; il le recommanda chaudement au grand Condé, qui faisait alors campagne dans le Hainaut, contre Guillaume d'Orange, et pria le prince de lui fournir l'occasion de se signaler. La lettre fut écrite par le marquis de Pomponne.
Le 26 juillet, Livourne partit pour l'armée, et y donna des preuves de rare valeur, particulièrement à la bataille de Senef, où il reçut trois graves blessures : un coup de sabre à ia tête, un coup de mousquet au bras, un coup de pistolet à la cuisse. Le comte Ferrero, rendant compte au duc de Savoie de cette affaire, ajoute : c Le prince de Coodé écrit que M. de Livourne s'est battu comme un Mars, et beaucoup disent qu'il en est réellement ainsi. » Le marquis se fit transporter à Paris, pour ne pas changer son chirurgien, qui s'y rendait avec un autre officier également blessé. La bataille s'était livrée le 11 août; ils arrivèrent dans les premiers jours de septembre. — Ses blessures ne tardèrent pas à se fermer.
L'absence du marquis de Livourne, loin de calmer la haine de ses ennemis, semblait au contraire l'exciter. Ne pouvant l'atteindre lui-même, le duc de Savoie fit défense au marquis de Pianezza et à la marquise de Livourne de sortir du couvent de Saint-Pancrace, où ils durent garder
les arrêts les plus sévères. On redoubla de rigueur contre le malheureux Cattalano, qui ne tarda pas à succomber, et ce fut pour le Duc l'occasion d'écrire à son ambassadeur en France une lettre injurieuse pour la mémoire du vieux soldat. Le comte Magliano, fils de Cattalano, commandait en France les troupes piémontaises; il fut brutalement destitué. Le prince de Condé, qui appréciait sa valeur et ses talents, ne put s'empêcher de s'écrier alors: c II faut que le duc de Savoie soit bien mal conseillé, pour se priver ainsi de ses meilleurs serviteurs! > Le prince, déplorant des intrigues dont les suites étaient si funestes, n'en montra que plus de bienveillance au marquis de Livourne; celui-ci était un peu dédommagé par là des rancunes qui le suivaient en France, et cherchaient à le perdre par les plus odieuses calomnies.
En France, il ne comptait que des amis. Se trouvait-il dans quelque maison, par exemple chez la comtesse de Soissons, en même temps que le comte Ferrero, il se montrait plein de déférence; mais, dans les conversalions, on s'entretenait beaucoup de ces rencontres, on les dénaturait, on se plaisait à donner un rôle ridicule à Tambassadeur. Celui-ci, disait-on, pendant toute la durée do sa visite, non seulement évitait de parler à un sujet insoumis, mais de peur de souiller ses regards, tenait constamment son chapeau devant ses yeux. De là des moqueries sans fln, où les railleurs étaieut toujours du côté de Livourne, mais sans que, dans sa réserve pleine de dignité, il se fît jamais leur complice.
Toutes les sympathies, dont le marquis était l'objet, connues du Duc et blessant son amour propre, rendaient
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de plus en plus impossible non le pardon, qui suppose la faute, mais Toubli, et ravivaient sans cesse une irritation d*autant plus vive qu*elle ne recevait aucune satisfaction, pas même celle de voir la victime se mettre dans son tort. Livourne, trop convaincu que sa patrie lui serait pour longtemps fermée, songea à prendre en France un établissement déflnitif; dans ce but, il traita de Tachât du Régiment-Colonel, que Turenne commandait et dont il avait Tentière disposition.
Turenne, qui devait tirer de cette vente trente mille écus blancs', Pomponne, Louvois, tout rh(itol de Soissons, madame Scarron, à qui, si Ton en croit l'ambassadeur, trois mille louis d'or étaient promis en cas de succès, étaient favorables à M. de Livourne. Le Roi lui-même, pour lever tout scrupule au marquis, qui ne voulait traiter qu'avec l'assentiment du duc de Savoie, écrivit à ce dernier une lettre pressante :
« Mon frôre, lui disait-il, le commandement de mon Régiment-Colonel ayant vaqué pendant la campagne, M. le vicomte deTurene, à qui la disposition en appartient de plein droit, sans qu'il ajt besoin d'attendre ma nomination, en traitta des lors avec le marquis de Livourne, comme avec un homme de qualité qui veuoit même de se signaler encore au combat de Senef, et avec lequel il trouva compte pour le prix de la chose ; et bien qu'il ne manquât rien à cetraitté, soit par la validité de la provision ou pour la personne du pourvu, néantmoins, sur l'avis quej^ai eu^ je ne voulu pas permettre qu'il entrât en fonction sans vous en écrire auparavant. C'est le sujet de cette lettre par
1. L*écu blanc ou d'argent, créé en 1611 et dont les coins étaient de Varin, valut de 60 à 76 bous.
laquelle il me sulBt de vous avoir exposé le véritable estât de TafTaire pour croire que vous demeurerez persuadé de la considération que j'ai pour vous, et qu'au surplus vous seriez fâché que moudit cousin, n'ayant agy que sur un titre et une possession qui n'ont jamais eu la moindre atteinte, on détournai ses anciens droits dans un temps où ses grands services merilent pluslôt de nouvelles grâces, J'attendray pourtant vostre réponse pour y avoir tout Tegard que vous pouvez vous promettre de mon amitié, espérant aussi que vous serez bien aise de me donner des marques de la vostre en cette occasion. »
Ni la déférence due au Roi, qui daignait faire appel à la bonne amitié du Duc, et faisait ressortir si hautement les droits incontestables de Turenne, ni son intention évidente de passer outre a un refus, rien ne put vaincre une malveillance dont la cause resta toujours inexpliquée à la cour de France. A la lettre si amicale du Roi, le Duc répondit avec aigreur qu'il espérait que « Sa Majesté ne souffrirait pas que, sous le prétexte d'une convention particulière, on détournât par des souplesses et par des artifices les droits et bonnes intentions du Roi; M. le vicomte de Turenne, ajoutait le prince, est aussy juste et si raisonnable, et a une Ame trop généreuse pour vouloir faire d'un particulier intérêt le sujet de l'injure et d'un si cuisant déplaisir*. »
Louis XIV fut peu satisfait de la lettre du Duc, et peutêtre n'en aurait-il tenu aucun compte ; mais le marquis de Livourne s'arrêta devant l'opposition qu'il rencontrait de la part d'un prince en qui il voyait son souverain légitime,
1. La lettre du Hoi est datée de Saint-Germain, le 9 février; — la réponse du Duc, de Turin, le 23 février 1675.
et Taffaire n*eut pas d'autre suite ; mais ce fut une occasion pour le grand Condé et pour Louvois de rendre à M. de Livourne les plus glorieux témoignages de sympathie et d*estime, et, pour tous ses amis, de renouveler avec plus d'insistance encore leurs démarches en sa faveur. Le Duc y répondit, voulant en flnir, en faisant rendre contre Livourne une sentence qui le condamnait, pour crime de lèse-msyesté,à un bannissement perpétuel, à la confiscation de tous ses biens au profit du Duc luimême, et, s'il rentrait dans l'étendue de sa juridiction, à être « décapité en public, de telle sorte que la tête restât séparée du tronc. »
Cette odieuse sentence, rendue à Turin le 17 mai 1675, fut connue en France dès les premiers jours de juin, et excita un cri unanime de réprobation. Charles-Emmanuel II jouit du reste bien peu de temps de sa vengeance ; il succomba, en effet, le 12 juin, aune courte maladie; il laissait un seul enfant mâle, et confiait la régence à Madame Jeanne-Baptiste, sa veuve, qui hérita en même temps de la haine implacable de Charles-Emmanuel II contre le marquis de Livourne.
Ici se place un épisode bien curieux, qui fit une impression profonde en France, où le Roi, la cour et tout Paris s'en émurent, mais surtout à Turin, où étaient les principaux intéressés. L'affaire, engagée quelques semaines avant la mort du Duc, fut une lourde charge laissée aux premiers temps de la régence, et peut-être une tache
pour les présidents Trucchi et Leone, persécuteurs du marquis de Livourne, instruments aveugles de la haine du duc et de la duchesse de Savoie.
Le 25 avril 1675, l'ambassadeur comte Ferrero fut informé que, dans les prisons du Grand-Châtelet de Paris, se trouvait un homme, ancien soldat au régiment de Piémont, qui, sous le nom de La Croix ou chevalier de La Croix, s'était volontairement constitué prisonnier pour arriver à faire arrêter un autre individu, son complice présumé, qui devait alors se trouver à Lyon.
Le prétendu de La Croix était en effet détenu au Grand- Châtelet ; soumis à un long et minutieux examen, il fit en somme les déclarations suivantes : A son passage à Lyon, une personne qu'il qualifiait du titre de comte, lui avait confié que le marquis de Livourne voulait faire empoisonner le duc de Savoie; dans ce but, le marquis avait à sa disposition deux hommes, dont Tun ne manquerait pas son coup si Tautre venait à échouer, et qui devaient ensuite assassiner le président Trucchi dans une de ses promenades hors de la ville; La Croix s'était alors rendu à Turin, et avait révélé le complot au prince, qui, sur l'assurance que celui-ci trouverait en France des témoins, le laissa sortir de ses Etats, avec la menace des châtiments les plus rigoureux s'il ne lui fournissait pas les preuves du crime qu'il dénonçait. La Croix alors, sans passer par Lyon, où l'attendait le comte inconnu, qui lui avait donné ces indications, se rendit à Paris en toute hute, vit le marquis de Livourne et lui fit connaître toute cette machination; le marquis l'avait fait interroger, Tavait engagé ensuite à se constituer prisonnier au Chatelet pour
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éclaircir toute cette affaire, et lui payait dans sa prison un subside de trente sous par jour.
L'ambassadeur apprit, en outre, qu'à la suite de ces dépositions Tordre avait été envoyé de Paris à Lyon d'arrêter le comte en question ; que celui-ci n'était autre que le capitaine Colonna, d'un régiment piémontais, auteur de la plupart des impostures déjà répandues contre le marquis de Livourne, et qu'enfin le prétendu de La Croix était un Français, soldat au régiment de Piémont, dont le vrai nom était Mugrot.
La première pensée de l'ambassadeur fut d'obtenir, à prix d'argent, communication des dépositions de Mugrot : c Mais, dit-il au Duc, avec une naïveté qu'on ne soupçonnerait pas dans un ambassadeur (lettre du 26 avril), il fit réflexion qu'il pourrait peut-être trouver la justification du marquis do Livourne, ce qui n'était pas son affaire, et se borna à faire donner secrètement à Colonna le conseil de fuir sans bruit, et de gagner au plus vite les Etals du Duc. » Mais quand cet avis arriva à Lyon, il était trop tard : Colonna était arrêté.
Tous les efforts de l'ambassadeur, d'accord avec le Duc, puis avec Madame Royale, tendirent alors à retirer le capitaine des mains de la justice française pour le traduire devant les tribunaux piémontais, à cause de l'origine qu'on lui supposait; il n'y put réussir. Le lieutenant criminel, en effet, par l'entremise de Colbert et peut-être par suite des démarches de Monseigneur de Simiane, évêque de Langres, et de son neveu Caderousse, avait informé le Roi de toute cette affaire, et le Roi, comme tous ses ministres, était persuadé qu'il ne s'agissait nullement
d'un attentat contre le Duc, mais d*une odieuse machinalion contre le marquis de Livourne. Colonna lui-même, tombé gravement malade dans sa prison, reconnut, à son lit de mort, comme sur la sellette, sa détestable imposture, et dénonça comme l'ayant poussé à répandre celte calomnie, les présidents Trucchi et Leone : ses aveux donnèrent raison aux suppositions du Roi.
La déclaration de Colonna fit grand bruit à Paris et surtout à la cour. Louis XIV, malgré sa réserve habituelle, se prononça hautement en faveur du marquis : « Livourne, dit-il un jour, devant plusieurs courtisans, a gagné son procès, et ses accusateurs sont confondus ; Colonna a tout avoué et les charges qui en résultent contre les présidents Trucchi et Leone sont telles qu'un président du Châtelet a voulu lancer une citation contre eux; mais on a reconnu qu'on n'avait aucune compétence ni juridiction hors du royaume. »
En Piémont, les sentiments de Madame Royale étaient tout différents; le 13 novembre 1675, à une dépêche destinée à son ambassadeur, elle ajoutait de sa main ces lignes significatives : a ie vous re commande dagir diligemment et fortement sur cette affaire du Mugrot et du Collonna, afHn quen seclairesissant de faire cognoitre linfamie de ceux qui ont obligé le Collonna a faire une sy infâme déposition, et de vous servir de tous moyens pour y réussir : de donner de largent a propos sera sans doute plus utile. » Madame Jeanne-Baptiste écrivit aussi au Roi pour disculper ses ministres; puis, dans le but de compromettre autant que possible ie marquis de Livourne, elle donna charge à son ambassadeur de s'adresser aux
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avocats et écrivains les plus distingués, et d'obtenir d'eux un factum qui fît connaître au public toute l'affaire Colonna et Mugrot dans le sens qu'elle désirait; qui répan* dit contre le marquis de Livourne les calomnies et les insinuations les plus perfldes; enfin, qui fît ressortir hautement l'innocence des présidents Trucchi et Leone. Au fur et à mesure de la rédaction de ce pamphlet, les feuilles étaient adressées à la princesse, qui corrigeait, changeait, retranchait ou ajoutait : de là des retards incessants, tels que le factum ne parut, à Paris, qu'au mois de février 1676; peu de temps après, Mugrot, condamné aux galères à perpétuité, fut envoyé au bagne; il parvint à s'échapper en août 1676; repris au mois d'octobre, il eut à subir sa peine, et délivra ainsi le marquis de Livourne des inquiétudes que pouvait lui donner un misérable capable de tout.
Ainsi se termina cette étrange affaire qui, loin d'être funeste au marquis, ne servit qu'à montrer plus clairement encore la haine aveugle de ses ennemis.
La mort du duc de Savoie aurait pu donner toute liberté à Madame Royale, sa veuve, pour cesser les persécutions dont le marquis de Livourne était injustement l'objet; mais, soit par respect pour la mémoire de son mari, qu'elle aurait cru outrager si elle n'avait pas continué sa vengeance, soit par un sentiment inexplicable de haine personnelle, soit sous rinfluence des ennemis du marquis,
2îni ruRTBAlTS DU GRAND i>IÉCLE.
dont elle était circonvenue, elle flt toujours preuve contre lui de la passion la plus ardente et du plus implacable acharnement. Dans la lettre même qui porte à Tambassadeur la triste nouvelle du décès du Duc, elle a dès paroles de haine contre Livourne. Celui-ci cependant n*était pas sans espoir, et il semble que l'ambassadeur pressentait une réconciliation possible. En effet, il accomplit ponctuellement les ordres qui lui sont donnés, il justifie les rigueurs dont Livourne est l'objet, il combat les objections que soulève la conduite de la princesse : mais il met tant de complaisance à rapporter les marques de sympathie qui viennent consoler Livourne, il s'étend si volontiers sur les reproches que fait la cour de France à la princesse de Savoie, il les combat si faiblement, qu'il est facile de comprendre qu*il croit à la possibilité d'un retour en grâce, et qu'il verrait avec plaisir un rapprochement. C'est par lui que la princesse apprend tous les témoignages de faveur donnés à Livourne par le Roi, qui l'admettait souvent à sa table, l'entretenait volontiers et faisait à chaque instant son éloge; c'est par lui aussi qu'elle connaît la douleur manifestée à la mort du Duc par M. de Livourne, qui ne parut plus à Paris qu'en grand deuil, avec le manteau traînant, son carrosse drapé, et toute sa maison en noir.
Mais Madame Jeanne-Baptiste ne voulut rien entendre ni comprendre. Pour toute réponse, elle chargea son ambassadeur de retirer au marquis de Livourne le grand collier de l'ordre de l'Annonciade, qu'il avait reçu en 1666, à la même promotion que le malheureux Cattalano : « Vous tacherez apsolumenl de lavoir, » lui écrivail-ellf
CHARLES DE ^IMIAXE. 2in
le 13 juillet 1675, et elle ajoutait, le 17 juillet, dans une correspondance incessante : « le vous reccomande très expressément de minformer de tout ce que dira et fera le M. de Livourne et des amis quil pratiquera et de lestime quil aquerera et enfin de tout ce qui le regarde car cella mest nécessaire. »
Sur co dernier point, le comte Ferrero remplit sa délicate mission avec un zèle qui dut irriter plus d'une fois la princesse, car toutes ses lettres témoignent de la faveur toujours croissante du marquis auprès du Roi et de la cwjr, et des jugements sévères portés en France contre les procédés de la princesse.
Quant au retrait du grand collier, cette nouvelle rigueur parut en France si exorbitante, que le Roi envoya tout exprès, à la cour de Savoie, le marquis d'Arcis, pour dissuader la princesse de donner suite à ses premiers ordres, et pour rengager à inaugurer sa régence par des mesures de clémence dont Sa Majesté lui saurait gré, plutôt que par des mesures de rigueur, qu'aucun incident nouveau dans la conduite du marquis de Livourne ne pouvait justifier ni même expliquer.
Pendant la durée du voyage du marquis d'Arcis, Tambassadeur pressa autant qu'il put l'exécution des ordres qu'il avait reçus : la princesse aurait une réponse facile à faire, si déjà M. de Livourne avait restitué son grand collier au moment où des démarches seraient faites pour obtenir qu'il le conservât. Mais Livourne ne fut pas dupe de cette conduite. A une première tentative des envoyés <le l'ambassadeur, il refusa de les recevoir : il savait,
-^« PUHTUAITS 1)1 GKAND SIÈCLE.
disait-il, que le comte Ferrero avait défendu à toutes les personnes de sa suite d'avoir aucun rapport avec ud homme qui avait encouru la disgrâce de sa souveraine, et, pour rien au monde, il ne voulait favoriser leur désobéissance. Ils insistèrent au nom de l'ambassadeur, et alors le marquis, plein de déférence, renonçant à un fauxfuyant railleur, les admit auprès de lui, mais ne larda pas à les congédier, après leur avoir opposé de sérieuses objections. Le procès-verbal de cette entrevue, signé du sieur de La Salle, écuyer, et du sieur Bodon ou Bourdon, secrétaire de l'ambassadeur, est une scène plaisante de comédie. Le grand seigneur, le prince du sang, réduit, par respect pour Madame Royale, à traiter avec des inférieurs; ceux-ci, fiers de leur mandat, faisant de la diplomatie ou étalant une fermeté d'emprunt, ayant appris par cœur leurs instructions qu'ils débitent avec uoe fidélité dont on juge bien en comparant leurs paroles au texte qu'ils sont chargés de traduire : tout cela offre quelques pages d'un intérêt piquant, et nous regrettons de ne pouvoir les reproduire d'après les documents publiés par M. Ferrero de La Marmora.
Les envoyés de l'ambassadeur ne rapportèrent à leur maître, on le conçoit, que des protestations de respect et des prétextes pour différer la remise du collier. La princesse, lorsqu'il lui fut rendu compte de cette démarche, avait vu le marquis d'Arcis; elle voulut bien admettre, pour la justification du refus de Livourne, les espérances qu'il pouvait concevoir du voyage à Turin d'un envoyé du roi de France, mais elle n'en insistait pas moins pour que Livourne se soumit à ses ordres.
CHAULES UE SIMIA^E. 299
Une autre question devait être traitée par le marquis d'Arcis; le Roi désirait que la princesse levât le séquestre qui avait été rois sur les biens du marquis de Livourne; son père, le marquis de Pianezza, sa femme et son fils, le marquis de Castel-Nuovo, avaient, tous trois, tenté des démarches que le marquis d'Arcis devait appuyer. La princesse fit des réponses polies où M. d'Arcis crut trouver une satisfaction, et il annonça à madame de Livourne que ses justifications seraient entendues; que la princesse ne toucherait rien de ses revenus; que ces questions étaient du reste peu dignes de Son Altesse, qui les renvoyait à Texamen de ses ministres. La princesse était habilement sortie de difficulté en engageant ses ministres; ceux-ci transmirent Tafifaire à la justice; car, disaient-ils, ou M. de Livourne est innocent, et alors les juges, qui sont incorruptibles et impartiaux, rendront à sa famille la jouissance de ses biens et le relèveront lui-même de ses condamnations ; ou il est coupable, et il ne mérite pas la faveur qu'il réclame. Deux mots retranchés de cette réponse la rendraient inattaquable; mais comment admettre que les juges, vantés comme incorruptibles et impartiaux, ne resteront pas, ainsi que par le passé, à la dévotion d'une princesse dont la haine se produit chaque jour sous une forme nouvelle et plus violente, lorsque surtout ces juges ne sont autres que les présidents Trucchi et Leone?
La bienveillance de Louis XIV pour M. de Livourne s'augmentait dans la mesure de Topiniâtreté haineuse de delà princesse. Ainsi, malgré le souvenir des récriminalions qu'avait rencontrées le projet de vente au marquis
300 POftTRAlTS DU OKAND SIÈCLE.
de Livourne du régiment de Turenne, il permit à celui-ci, quelques mois après, d*acheter une charge, non pas dans les troupes de sa maison, comme le dit M. de La Marmora, mais dans Tarmée.
Quelques détails sont ici nécessaires pour les personnes auxquelles est peu familière l'organisation de nos forces militaires à cette époque déjà ancienne.
Indépendamment des corps qui formaient la garde du Roi, tant à pied qu*à cheval, et qui comprenaient les gardes du corps, les gendarmes, les chevau-légers, les gardes suisses, etc., etc.; la grosse cavalerie, connue sous le nom générique de gendarmerie, comptait seize compagnies. Les quatre premières avaient pour capitaine, comme les compagnies des gardes du corps, le Roi, qui déléguait son commandement et abandonnait sa solde à un capitainelieutenant. Chaque compagnie avait son nom ; la première, comme aux gardes du corps, s'appelait la compagnie écossaise, bien que pas un Ecossais n'y servit* : c'est celle-ci que voulut acheter M. de Livourne. Elle avait alors pour capitaine-lieutenant Etienne Texier, chevalier, puis bailli de Hautefeuille (ordre de Malte), qui la commandait depuis le 16 décembre 1665*. Un compétiteur redoutable,
1. La 1** compagnie se nommait : compagnie écossaise; 2*, compagnie anglaise; 3*, compagnie bourguignonne; 4% compagnie flamande ; 5«, gendarmes de la Reine; 6«, chevau-légers de la Reine; 7% gendarmes de Monsei;{neur le Dauphin; 8», chevau-légers de Monseigneur le Dauphin; 9*, gendarmes de Bourgogne; 10*, chevaulégers de Bourgogne; !!•, gendarmes d'Anjou; 15!% chevau-légers d'Anjou; 13*, gendarmes de Berrj; 14*, chevau-légers de Berry; 15*, gendarmes d'Orléans; 16% chevau-légers d'Orléans.
2. Voy. Pinart, C/ironi7t«; hûftorique et militaire.! vol. in-l%l.IX' p. 450, 451, etc., etc.
CHARLES DE SIMUXE. 301
M. de Montpeyroux, que Tambassadeur donne comme frère utérin de madame de Seignelay, mais qui était en réalité mari d'une sœur utérine de la marquise*, se mit sur les rangs. Louvois, toujours dévoué à Livourne, s'empressa alors de terminer une affaire qui devait mettre son ami sous la protection immédiate du Roi. M. de Hautefeuille avait payé sa charge 40,000 écus; il la revendit 200,000 livres, plus 550 livres pour le vin, comme on disait alors, c* est-à-dire, comme nous dirions maintenant, à titre de pot de vin, d'épingles. Sur cette somme, M. de Livourne lui paya comptant 100,000 livres; le reste fut garanti par les terres que le marquis possédait en France. Les provisions ou patentes furent signées le 20 janvier 1676; mais cette date parait avoir échappé à l'ambassadeur, qui, du reste, ainsi que le biographe de M. de Livourne, néglige de le suivre dans les campagnes où il se trouve constamment à cette époque.
Le premier soin du nouveau capitaine fut de mettre sa compagnie, hommes et chevaux, en parfait état; dans ce but, il alla lui-même passer deux mois en Provence et en Dauphiné pour faire sa remonte.
Dans le cours de son voyage, il apprit la fin sinistre do l'un des persécuteurs du malheureux comte Gattalano : non moins malheureux lui-même, Blancardi, accusé de
1. Noël Léonor, palatin de Dyo, marquis de Montpejroux, avait époasé Isabelle de Coligny, fille de Gaspard de ColigDy III, comte de Dorae, et de Marguerite-Gilberte de RoquefeuiUe, laquelle, de- Tenue veuve, épousa Claude Yves, marquis d'Alègre. — De ce mariage naquit une âUe, sœur utérine do M»* de Montpeyroux, qui épousa le marquis de Seignelay, fils du grand Colbert.
faux, fut condamné à mort et eut la tète tranchée le 7 mars, après avoir été soumis à la dégradation et à la torture. Tristes vicissitudes! Et combien il y a lieu de craindre, comme le fait justement remarquer M. Gibrario dans son Histoire de Turin, « que la justice n*ait à pleurer, dans les malheurs de Cattalano et de Blancardi, non une, mais deux victimes des passions des hommes et de la faiblesse des gouvernements ! »
M. de Livourne rentra à Paris vers le milieu de mars. Dans les premiers jours d*avril, sa compagnie fut en état de passer la revue du Roi, qui lui fit les plus grands éloges. A plusieurs reprises même il lui accorda une faveur enviée : il l'admit à son petit coucher, et commanda au valet de chambre de service de lui donner le bougeoir à tenir, comme au seigneur le plus qualifié.
Le 16 avril de cette année, le Roi partit pour Tannée : le marquis de Livourne fut de sa suite, et ne tarda pas à se signaler dans cette fameuse campagne de Flandre, à laquelle il devait prendre une part si active et si glorieuse. Au mois de mai, en effet, nous le trouvons au siège de Bouchain, qui fut pris (10 mai), après dix jours de tranchée par le maréchal de Créquy, sous les ordres de Monsieur; le 81 juillet, il contribuait à la prise d'Aire, qui fui enlevée en six jours par le maréchal d'Humières, sous les ordres du Roi ; le 26 août, il servait avec le maréchal de Schomberg, qui forçait le prince d'Orange à lever le siège de Maestricht, où le comte de Calvo avait fait, pendant cinquante jours, une si héroïque défense.
Les talents du marquis de Livourne, sa bravoure, sou
CHARLES DE SDIIANX. 303
désir de s'illustrer, sa grande dépense avaient augmenté encore les sympathies et la considération dont il jouissait; souvent il dînait à la table du marquis de Louvois ou des maréchaux, et parfois à celle du Roi; là, si la conversation venait à tourner sur les affaires du Piémont, il ne manquait jamais de bonnes raisons pour justifier, au besoin, la conduite de ses souverains. Un jour qu'il était de garde avec sa compagnie à la porte du Roi, et qu'il avait salué de Tépée Sa Majesté, on remarqua que Louis XIV lui rendit son salut en retirant son chapeau, honneur qu'il n'accordait pas aux autres officiers.
La faveur dont jouissait le marquis a la cour de France eut son écho à Turin : au mois d'août de cette année, Madame Royale daigna accordera la marquise de Livourne et au jeune marquis de Castel-Nuovo, son fils, mainlevée du séquestre appliqué sur leurs biens. Mais cette concession, qui lui était arrachée, était loin d'être une preuve de bienveillance; toujours obstinée à le haïr et prompte à le soupçonner, elle écrivait, le 2B septembre, à son ambassadeur : « de plusieurs cautes iay quelque rencontre que le Roy pense à une diversion en Italie, et que M. do Livourne et Pianesse font leurs efforts pour luy persuader quelle seroit utile a son service et quil ménagent quelque intelligence dans Casai : Vous seres donc extrêmement exact a tacher a pénétrer leurs dessins et nepargnies ny soins ni argent pour les decouurir du vray et men averiires par une lettre a part. M. Jeanne Baptiste. »
La conduite de M. de Livourne démentait assez de tels bruits ; du reste, à cette époque, sa santé était très ébranlée
et nous le trouvons gravement malade à Metz dans le courant du mois de novembre. Il ne tarda pas à se rétablir, et ce fut pour prendre, avec le titre de brigadier, qui lui fut donné le 26 février 1677, un commandement plus étendu : le brigadier, en effet, avait sous ses ordres de dix à douze escadrons, et n^avait lui-même au-dessu«i de lui que les maréchaux de camp.
C'est en cette qualité que le marquis de Livoume commanda la gendarmerie au siège de Valenciennesi une des places les mieux défendues que nos armes aient eu à attaquer dans le cours de cette campagne. Dès le 28 février, le duc de Luxembourg avait investi la ville ; le 4 mars, le siège fut fait en forme, et Ton commença les tranchées quatre jours après. Du 12 au 17, notre canon démonta une partie de Tartillerie des assiégés, qui se défendirent pied à pied jusqu'à la dernière extrémité. Enfm, le marqiiis de Richebourg, frère du prince d'Epinoy, qui commandait la place, fut obligé de se rendre au Roi sans condition : outre les troupes réglées qui étaient considérables, la place renfermait un millier de chevaux, et plii> de deux mille bourgeois armés et disciplinés contribuaient encore à la défense. Louis se montra clément et laissa leurs privilèges aux bourgeois, qui s'engagèrent, pour reconnaître cette générosité, à bâtir une citadelle à leurs dépens.
En même temps que le Roi en personne assiégeait Valenciennes, un autre corps d'armée, commandé par Monsieur, attaquait Saint-Omer. Le prince d'Orange accourut au secours de la place, mais il trouva le chemin barré
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par les troupes de Monsieur, qu'il rencontra, le 11 avril, jour du dimanche des Rameaux, à Cassel. Le Roi avait détaché de son armée plusieurs corps, et notamment les escadrons de gendarmerie commandés par le marquis de Livourne.
Les ennemis, protégés par un ruisseau et des haies, avaient une position avantageuse; pour approcher plus facilement, Monsieur prit les dispositions suivantes : il rangea son armée sur deux lignes avec le corps de bataille; le Régiment-Colonel des dragons était à droite, hors la ligne; deux compagnies des mousquetaires du Roi et les six escadrons de gendarmerie du marquis de Livourne étaient à l'aile droite de la première ligne; à coté, hors de la seconde ligne, était le régiment des dragons-Dauphin. Hors de la première ligne de Tailo gauch étaient les dragons de Listenois ; la seconde ligne de Taiie gauche était composée de six escadrons formant la brigade du chevalier de Grignan et tirés de son régiment. Le corps de bataille était composé des dragons de Fimarcon, de quatre escadrons et de quatre bataillons. L'artillerie était sous les ordres de M. de la Frézelière. La première ligne s*ébranla à deux heures, et passa aussitôt en plusieurs endroits le ruisseau qui la séparait des ennemis; en même temps la gendarmerie revenant jusqu'à quatre fois à la charge, mit en déroute les escadrons dont Tennemi voulait protéger sa ligne principale. Le terrain fut vaillamment attaqué, vaillamment défendu. — Mais enfin l'avantage nous resta : 13 pièces de canon, 2,500 prisonniers, 17 étendards, 44 drapeaux et tout le bagage des ennemis tombèrent entre nos mains. Dans la mêlée, le
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marquis de Livourne eut deux chevaux tués sous lui, sans recevoir lui-même aucune blessure; le Roi daigna le complimenter dans les termes les plus flatteurs, en présence de Tambassadeur, qui suivait la cour, et qui, du camp même de Saint-Omer, s'empressa d*en informer Madame Royale. — (Lettre du i*' mai).
Depuis le commencement de cette année, la santé du marquis de Pianezza, père de Livourne, allait s'afifaiblissant chaque jour davantage; atteint à plusieurs reprises par des attaques d*apoplexie, l'illustre vieillard quitta le monastère de Saint-Pancrace et se retira dans la maison de la Mission, à Turin ; c'est là que, dans la nuit du S juin, il rendit le dernier soupir. Madame Royale, que cette mort semble avoir vivement touchée, s'empressa de faire porter ses compliments de condoléance à madame de Livourne, qui changea alors de nom, comme son mari, et devint marquise de Pianezza.
Cette mort fut pour le Roi l'occasion de faire de nouvelles démarches en faveur du marquis, pour qui sa bienveillance augmentait chaque jour; dans une lettre du 9 juillet 1677, Tambassadeur donne même avis à Madame Royale que Sa Majesté, offensée de sa longue résistance, devait lui écrire toutes les semaines jusqu'à ce qu'il eût obtenu pour son protégé grâce pleine et entière. L'ambassadeur de France, près la cour de Turin, fut chargé de renouveler ses instances avec plus de vigueur. Malgré son aversion profonde et encore inexpliquée pour le marquis, Madame Royale dut revenir à des dispositions meilleures, et témoigner enfin quelque désir de complaire à
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Sa Majesté : « Je lui en serai bien obligé, dit le Roi à l'ambassadeur, lorsque celui-ci Ten informa; je recevrai cela avec beaucoup de plaisir et de joye. »
Malgré le désir si formellement manifesté par le Roi, Tafiaire de la réhabilitation du marquis traîna pendant plusieurs mois encore en longueur; les formalités s'entassèrent sur les formalités, les négociations sur les négociations. Casserait-on le jugement, comme le demandait le marquis? Il n'y fallait pas songer, car ce serait une mesure blessante pour la mémoire du duc de Savoie, au nom duquel il avait été rendu. En vain le marquis, éclairé par l'avocat Durée, le défenseur de Fouquet, répliqua que (les lettres de cassation pouvaient seules le mettre en sûreté; que le roi de France donnait tous les jours de pareilles lettres pour des faits passes sous le règne de son père ou pendant le sien, et qu'il cassait les arrêts du parlement et des conseils sans que les juges s'en formalisassent; le marquis de Saint-Maurice, qui, en attendant l'arrivée d'un nouvel ambassadeur, successeur du comte Ferrero récemment rappelé, avait été chargé de cette affaire par la Duchesse Régente, lui déclara qu'il ne ferait jamais connaître à Madame Royale de telles propositions ; ce qui ne l'empêcha pas de les exposer secrètement à la cour de Turin. Il fallut se contenter de lettres d'inhibition et grâce.
Mais ces lettres mêmes, dans quels termes seraientelles conçues, quant au fond et quant a la forme? Le fond, on était disposé peut-être à en faire bon marché. Mais la forme! L'appellerait-on cousin, illustre cousin, très illustre cousin? Lui donnerait-on le titre de chevalior
de rOrdre de TAnnonciade? Parlerait-on de le rétablir dans son entière et ancienne condition (restituerlo neir intiero e prislino stato) ? Autant de mots, autant de difiicuUés. Il faut donner ici cette page de la correspondance du marquis de Saint-Maurice, pour faire comprendre la nature des objections opposées au marquis de Livourne- Pianezza, et la fermeté avec laquelle il défendit ses droits :
Il lira, puis, de sa poche rescrilure ci-jointe, qui sont
Lettres d^inibilion, et il ajoute au premier projet que Y, Â. R. m*a envoyé ce qui est en gros caractère dans celuj-çj. Il la supplie très humblement de les luj donner de la sorte, puisqu'il n*y a rien qui interesse qui que ce soit, mais seulement ses sûretés, son honneur et son bien
Je [c'est l'ambassadeur, marquis de Saint-Maurice, qui parle^ je lui dis à Tabord que je ne croyois pas que V. A. R. souffrisse jamais que Ton insérasse dans ces patentes les mois : Avanli li delegali, ny il molto illustre cugino, et moins encore ceux de cavalliere delP ordine dell' Annunciaia, corne aussy les mots de : restiiuendolo nell* intiero e prislino sUilo.
II me dit que si Ton n^y vouloit pas nommer li delegali, quMl s'en departiroit, mais pas des paroles mollo illustre eugino^Qi de celle de cavalliere dell' ordine dbll' Annuncuta; que son malheur ne le pouvoit pas priver de Thonneur qu'il a voit d'estre du sang de Savoye, et qu'ici dans toutes les lettres de grâce, d'abolition et d'amnistie, que le Roy a donné à des princes, ducs ou maréchaux de France, il leur donne la qualité de cousin, avec toutes les autres, soit de dignités, ou de charges, et que même V. A. R. dans les investitures qu'elle a donné à son fils pour les terres de feu marquis de Pianesse, elle lui a fait l'honneur de luj donner lesdites qualités de molto illtASlre et de cugino; que pour l'expression de caval-
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liere delP ordine delV Annunziata, que comme il avoit esté privé de cest honneur, il falloit que Y. A. R., le nomasse chevalier, pour qu'on ne luj disputasse plus cet honneur; et, comme je lui fis voir que les mots resliluendolo neW iniiero e pristino êtato y comprenoît les charges quUl avoit eu, il me voulut prouver que non... Sans plus m*amuser à contester avec lui, je luj déclaraj que... j'enverrois le projet à V. A. R., et que, si Elle m*honoroit d^une réponse à ce sujet, je lui ferois savoir.
Je crois. Madame, selon mon sens, qu'on luj peut donner les titres de moUo xUtAstre cugino : on le pratique icj de la sorte aux lettres d'amnistie, et un exemple peut mettre Y. A. R. à couvert de touttes choses : — on nomme icy ces lettres dlnibitions, d'amnistie; — et de restituendolo neW intiero e primiero stalo, je le supprimerois, mais j'y mettrois seulement restituendolo neiV onore e nette dignità, »
Madame Royale, consultée, refusa d'admettre les mots : Restituendolo neW intiero e primitivo stato; M. de Saint- Maurice fit connaître ce refus à M. de Livourne, c qui témoigna un grand déplaisir de ne pouvoir pas obéir à Son Altesse Royale sur l'exclusion desdites paroles », et il lui remit une note de l'avocat Burée, son conseil.
La Duchesse Régente se décida enfin à envoyer au marquis de Saint-Maurice la patente, telle qu'elle lui était demandée ; en voici la traduction aussi exacte que possible :
Marie-Jeanne Baptiste... Le désir que nous avons de donner toute satisfaction à S. M. Très Chrétienne est si grand, que, surmontant toute difficulté pour nous rendre à l'intercession très honorée d'un aussi grand Roi, nous avons résolu, nonobstant toute autre considération, d'imposer, comme par les pré-
sentes, de notre science certaine, pleine puissance el aalorité absolue, de Tavis du conseil, nous avons imposé un perpétuel silence au fisc de S. A. R., mon fils bien-aimé, et à tout autre, pour la sentence rendue, le 1*7 mai 1615, par les délégués, et confirmée par le Sénat, le 18 du même mois, et pour toutes les procédures et actes accomplis avant et depuis la susdite sentence, tant fondés sur icelle qu'en exécution d*icelle, contre notre très illustre cousin D. Charks de Simiane, morquis de Livourne, chevalier de Tordre de TAnnonciade.
Lesquels sentence, procédure et actes ci-dessus, voulons qu'ils soient sans aucune force et vigueur, comme s'ils n'avaient pas existé, le rétablissant, quant à ce, et le remettant dans son entier et premier état, grade, honneur et réputation, faisant inhibition à cet effet en ce qui concerne lesdits sentences, procédure et actes dépendants du fisc et tout autre expédient, de lui apporter aucun trouble.
Mandons au Sénat d'entériner, admettre et approuver les présentes selon leur forme et teneur sans nulle difficulté, en vertu de ces mêmes lettres, sans d'ailleurs déroger en rien à toutes les lois à ce contraire qui ne sont pas ici désignées. Car telle est notre pensée (nostra mente], »
Donné à Turin, le 5 décembre 1677.