‹ Portraits du grand siècleChapitre 93 sur 115 · Jean Roi^n, liv. cit · texte numérisé non relu

Jean Roi^n, liv. cit

PIUUPPE COSPEAU. 3rï

Dans la joie de ces premiers succès, il n*avait pas oublié son professeur Juste Lipse, et celui-ci, vers celle époque à peu près (avril 1606), le remerciait de sa lettre et de l'envoi de ses essais {tentamenta). Cospeau avait demandé à Juste Lipse son amitié; celui-ci lui répondit : « Et vous, donnez-moi la vôtre; continuez et à vous illustrer dans la mémoire des hommes, et à illustreren vous votre patrie*. »

Cospeau, célèbre, dès son arrivée à Paris, comme professeur ; accueilli avec enthousiasme à sa première apparition dans la chaire; hôte du marquis de Rambouillet, a-t-il donc pu connaître cette gène qu'on veut bien lui prêter? Nous ne le pouvons croire, et certaines anecdotes viennent encore combattre cotte idée qu'ont répandue de sa pauvreté plusieurs écrivains.

Un jour, pendant qu'il était professeur de l'Université de Paris, on lui déroba une somme de cinq cents écus. Il ne tarda pas à s'en apercevoir ; et, pour toute plainte, il dit que celui qui avait volé celte bourse en avait peut-être plus besoin que lui*.

« Messieurs de Rembouillet, qui ont tousiours fait profession d'vne grande générosité et d'vne rare pieté, ayant reconnu et admiré la vertu de ce grand homme, luy demandèrent en grâce singulière qu'il luy pleust leur faire l'honneur d'accepter un présent de douze cens liures de rente qu'ils luy auoient ordonné pour toute sa vie... Mon-

1. Juste Lipse, ôp. LXII de la centurie do ses épttres latines aux Allemands et aux Français. — Anvers, Planlin, 1614, in-^".

2. Le Prélat arcomp/?/, par René Le Méc. — Saumur,1646;l vol. in- 4"

siour de Lizieux fit tous les efforts imaginables pour s en

excuser; mais sa résistance n'ayant peu arrêter le

cours de cette ciuilité qui luy a esté continuée pendant mesme qu'il a esté Euesque jusqu'à sa mort, il vouUut qu'on disposast de ce présent comme d'vn depost sacré, qui estoit destiné pour les pauures, et pour des œuures de charité, aussi bien que le reste de son reuenu'. >

Combien de temps resta-t-il l'hôte du marquis de Rambouillet? Nous ne saurions le dire; mais bientôt nous le voyons à la Sorbonne; c'est là qu'est sa vraie famille; c'est là qu'il a vécu jusqu'à sa nomination à l'évêché d'Aire, s'il faut en croire Jean Roën, qui ne dit pas en quelle année il y entra, et qui ne nous le montre gouverneur de Charles de Rambouillet, flls unique de Nicolas, et aussi d'Achille de Harlay, (ils de Nicolas Harlay de Sancy, qu'après l'avoir conduit à l'épiscopat; il aurait été précepteur aussi de M. du Fargis, neveu du marquis de Rambouillet, dit Girard dans son Histoire du duc d'Épemon : mais Tallemant des Réaux dément d'une manière formelle le savant archidiacre d'Angoulême*.

Le même auteur, Girard, nous donne les détails les plus circonstanciés sur la vie du jeune docteur. Dès le pre^

1. Le Prélat accomply,-- Tallemant des Réaux dit quinze œnti livres. — Le Mée ajoute : « Et pour reconnestre cette action de générosité si singulière et si extraordinaire, il prenoit plaisir de la publier à la gloire de cette Auguste Maison, et de dire partout comment et combien il luy estoit obligé, par les biens faits qu'il en atioit receus,ct par la manière dont il les auoit recens, qui est aussi considérable que le bien fait mesme, par les circonstances magnifiques qui Tont accompagnée. » — P. 175.

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