‹ Portraits du XIXe siècleChapitre 18 sur 23 · AUGUSTIN COCHIN · texte numérisé non relu

AUGUSTIN COCHIN

c'était le plus délicieux de tous les causeurs. Il avait conservé en plein dix-neuvième siècle les traditions de l'antique conversation française. Ce n'est pas en vain qu'il aimait à se proclamer parisien et qu'il revendiquait ce « titre » comme une véritable noblesse. Il avait, en effet, une nature souverainement parisienne : spirituel, aisé, pétillant,clair. Sa phrase se déroulait avec une agréable ampleur, et la longueur n'y nuisait pas à la lucidité. Le trait ne lui manquait jamais et, s'il n'avait pas été avant tout un improvisateur, on eût pu l'accuser de le chercher un peu trop. Nous nous rappelons avoir entendu sa célèbre conférence sur Longfellow : c'était un chef-d'œuvre. Au milieu de toutes les charmantes saillies de cet aimable esprit, on était attiré par un charme supérieur, et ce charme, c'était le cœur. M. Cochin était un homme d'esprit qui avait un grand cœur. Cette définition nous paraît juste, et il nous serait difficile de lui faire un meilleur éloge.

Il ne nous est guère permis de parler de sa modestie. Nous savons une OEuvre d'ouvriers, à Paris, qu'il a soutenue, durant toute sa vie, de sa bourse, de sa voix et de son âme. Qui le sait? Personne. 11 aimait passionnément les délaissés du monde, et le double objet de son affection a été surtout l'esclave dans l'antiquité, l'ouvrier dans les temps modernes.

Tel est l'homme cependant que la Révolution a combattu avec rage ; tel est l'honnête, tel est le grand citoyen dont Paris n'a jamais voulu faire son représentant. Nous nous rappelons encore la lutte qu'il eut à soutenir contre un homme politique qu'il nous est aujourd'hui interdit de juger. Il fut vaincu, et, qu'on nous laisse le dire, cette défaite est son plus beau titre de gloire. Car il ne fut vain-

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eu que parce qu'il élait catholique. I l'est Jésus-Christ, c'esl la sainte ÉSglise catholique que l'on voulait atteindre en sa

personne. Un tel souvenir à son lit de mort a dû être une de ses suprêmes consolations.

Malgré tous nos dissentiments, nous perdons en lui moins un adversaire qu'un ami et un frère. Tous les catholiques voudront prier pour une âme qui, en des jours si difficiles, a tant aimé Jésus-Christ et l'Église.

Mgr FREPPEL

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Un homme vient de mourir, qui était un homme ; un évêque vient de mourir, qui était un évêque.

Il n'y a, parmi les catholiques de France, qu'un cri formé de mille cris : « Qui le remplacera ? »

On cherche déjà, on cherche encore, et nos yeux se reportent toujours sur ce cercueil d'Angers où Mgr Freppel est étendu à visage découvert, vieux soldat frappé au milieu de la grande bataille, fier et menaçant jusque dans la mort.

C'était notre champion, et nous savions tous que, quand on insultait là-bas Jésus-Christ ou l'Église, il y avait une âme qui vibrait, une voix qui protestait, un vaillant qui bataillait.

Ce « militant », qui confondait dans un même amour l'Église et la France, était né dans cette Alsace que l'Allemagne ne peut parvenir à défranciser.

Rien n'est plus charmant que celte petite ville d'Obernai où il naquit le 1er juin 1827. Les archéologues y signalent de nombreuses maisons du Moyen-Age et un bel hôpital du quatorzième siècle ; mais les chrétiens y ont un plus riche trésor. Obernai n'est pas loin de la fameuse « montagne de Sainte-Odile », où d'innombrables pèle-

1 Écrit le lendemain de sa mort.

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