M FREPPEL
Tout Alsacien qu'il fût, Paris L'attirait, et il sentait que c'était là l»1 grand champ de bataille catholique. Son évêque «Mil quelque peine à le retenir et n'y réussil que peu de temps. Ce jeune piètre, qu'on avait chargé à vingttrois ans de la direction d'un grand collège et qui venait de passer très brillamment ses thèses de docteur en théologie, cet historien, cet orateur tournait toujours vers Paris son regard plein de llammes. Une place de chapelain vint à vaquer à Sainte-Geneviève : il se précipita, concourut, triompha. C'est là, c'est dans la chaire du Panthéon rendu au culte que je l'ai vu pour la première fois. Il partageait avec l'abbé Alix celte rude tâche de conférencier où si peu ont excellé. L'auditoire qu'il évangélisait était presque uniquement composé de jeunes gens, et il sut leur plaire. Non pas qu'il y eût chez lui de ces accents tendres et émus qui font battre le cœur et monter la larme aux yeux ; mais il triomphait à coups de science, par l'admirable clarté de son exposition, par la seule force de sa doctrine. On vit sur-le-champ qu'il était fait pour être professeur, et on lui confia la chaire d'éloquence sacrée à la Sorbonne. Il était là sur son terrain : il y régna. Dix volumes, pleins d'érudition et de vie, sont là pour attester l'étendue et la puissance de ce long enseignement. Il s'attaqua aux Pères apostoliques et ne s'arrêta qu'à ceux du quatrième siècle. C'est par ces dix nobles échelons qu'il s'éleva jusqu'à l'épiscopat. Doyen de Sainte-Geneviève en 1867, il fut sacré évèque d'Angers le 27 décembre 1869.
On était en pleine aurore du Concile, et jamais évêque ne fut nommé en des conjonctures aussi bien faites pour le mettre en plein relief. Quel moment ! Et avec quelle netteté je m'en souviens !
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Deux écoles se partageaient alors les catholiques de France, et à Dieu ne plaise que je réveille ici des passions qui, je l'espère, sont depuis longtemps éteintes. Mais enfin qu'allait faire le nouvel évêque? Dans quel camp allait-il combattre ? Il passait pour libéral, et n'avait pas été de ceux que Y Univers pouvait légitimement considérer comme ses amis. Allait-il s'obstiner dans ce libéralisme qui venait (chose étrange) de se déclarer violemment contre le dogme espéré de l'Infaillibilité pontificale? Allait-il au contraire...? On n'attendit pas longtemps, et les journaux de Rome nous apportèrent bientôt une nouvelle décisive. Un évêque, tout récemment consacré, venait de prononcer en Concile un long discours en faveur de l'Infaillibilité, discours qui avait fait une profonde impression et où l'on ne savait ce qu'il fallait admirer le plus, la latinité de l'orateur, la vigueur de l'argumentation, la solidité de la doctrine. C'était le début épiscopal de Mgr Freppel.
Ce discours mémorable assura au jeune évêque une place d'honneur sur les bancs de cette illustre assemblée dont il n'est permis de médire qu'à la seule médiocrité et à l'aveugle passion. Mgr Freppel fut, par là, populaire à Angers, avant de faire son entrée dans sa bonne ville. A Rome, on se le montrait comme un des « influents », et c'est ainsi qu'il nous a été donné de le saluer, dans cette procession de sept cents évêques que nous vîmes, un jour, se dérouler, superbe, dans la sacro-sainte basilique de Saint-Pierre. Quelle heure dans l'histoire, et la reverrat-on jamais ?
Mais, hélas ! il en est de l'humanité comme de ce Dieu fait homme qui, quelques jours seulement avant les affres de sa passion, avait connu le triomphe radieux et