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l'hosanna de son entrée à Jérusalem. Nos plus poignantes
douleurs succèdent ainsi, et Irop soudainement, à nos plus vives joies, et le nouvel évêque d'Angers, à peine sorti de l'alleluia du Concile, dut immédiatement chanter le Dies ine de la guerre de 1870. lise montra plus grand dans l'adversité que dans le triomphe. Le cas est rare.
Avec cette initiative pétulante, qui fut toujours un des caractères les plus originaux de cette âme puissante et complexe, cet Alsacien, qui portait au cœur la double plaie de l'abaissement de la France et de la perte de son Alsace, cet évêque au long regard qui ne pouvait rester insensible aux victoires du protestantisme allemand, ce patriote exalté, ce prêtre sincère et clairvoyant, crut que le moment était venu de frapper un grand coup. C'est alors qu'il écrivit cette Lettre pastorale qui fit tant de bruit, et dont quelques esprits grognons et étroits ont seuls été capables de lui faire un grief. Elle était hardie, cette lettre, et, pour tout dire, magnifique autant que sage. L'Évêque ordonnait, en termes simples, que « tous les élèves de son séminaire qui étaient dans les rangs de la cléricature se tinssent à sa disposition pour faire office d'infirmiers », et il exhortait très vivement les autres à « s'engager dans la garde mobile ou dans les légions de Cathelineau et de Charette. » Rien n'était moins contraire aux Canons, malgré le « qu'en dira-t-on » de certains canonistes ; rien n'était à la fois plus modéré et plus ardent. Cet évêque sonnait du clairon, et il en sonnait en évêque, en Français, en Angevin: « C'est le moment pour les fils de la Vendée et de l'Anjou de renouveler les prodiges de leurs pères. Servir l'Église et la France, c'est tout un. » Voilà de fiers coups de trompette !
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La guerre prit fin, et Mgr Freppel fut frappé en plein cœur. Cet Alsacien dut renoncer à être un jour enterré dans sa chère Alsace, et cet évêque eut le loisir de mettre virilement la main à d'autres œuvres. La vérité me force à dire qu'il se jeta dans la politique. Honni soit qui mal y pense !
Cependant, il faudrait s'entendre, et résoudre tout de bon cette question, qui est si singulièrement agitée de nos jours. Un évêque a-t-il le droit, comme le dernier palefrenier de France, de s'occuper des affaires de son pays, de s'y intéresser, d'y prendre part, et même à l'occasion, de prétendre à les diriger? Cesse-t-il d'être citoyen, le jour où l'huile sainte coule sur son front sacré? Abdique-t-il sa qualité de Français, en cette heure auguste où il reçoit la prérogative de faire des prêtres et où il répand sa première bénédiction sur les foules prosternées ? Peut-on lui contester son titre d'électeur, parce qu'il communique l'Esprit Saint aux fidèles, et sa qualité d'éligible, parce qu'il enseigne et gouverne spirituellement des milliers et des milliers d'âmes? Mais il y a plus, et il y a mieux. N'est-il pas utile, n'est-il pas nécessaire que, dans une « Chambre des représentants de la nation », toutes les classes de cette nation soient sérieusement représentées? N'est-il pas utile, n'est-il pas nécessaire que, pour défendre les intérêts de tel ou tel groupe d'un grand peuple, chacun de ces groupes ait, dans l'Assemblée nationale, un défenseur attitré, un avocat sorti de ses rangs, qui soit au courant de tous ses besoins et de toutes ses revendications, et qui les expose avec toute
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compétence et autorité? Et quel homme, mieux qu'un pr.êlre, mieux qu'un évoque surtout, peut connaître les souffrances, Les aspirations, les griefs, les protestations el les espérances de ces millions de catholiques qui forment, en réalité, 1" fonds auguste de la race Française? Nos ancêtres ne s'y étaient pas trompés : ils avaient appelé des évêques dans les grands Conseils du royaume. Et c'est avec un grand esprit de sagesse que des gouvernements plus récents avaient également appelé nos Cardinaux à siéger, de droit, dans la première assemblée du pays. Tous les peuples chrétiens ont agi de même.
Mgr Freppel l'avait compris, et souhaita d'entrer dans cette fournaise qui s'appelait l'Assemblée constituante et s'appelle aujourd'hui, d'un nom plus modeste, la Chambre des députés. Sa candidature échoua en 1871 : elle triompha en 1880, et c'est depuis lors, en effet, que l'évèque d'Angers est député du Finistère.
Donc, Mgr Freppel crut remplir son devoir d'évèque en briguant et en exerçant, durant onze ans, les fonctions malaisées de représentant de la nation. Depuis le jour où Gambetta eut l'impertinence de lui dire, en façon de salut : « Monsieur le député Freppel a la parole », jusqu'à cet autre jour, si voisin de nous, où la gauche tout entière eut l'impertinence, encore plus criminelle, de ne pas prêter l'oreille au dernier discours de ce vaillant qui allait mourir, entre ces deux termes de sa carrière parlementaire, l'évèque d'Angers n'a pas prononcé moins de cent vingt discours. Il ne s'enferma point dans les limites, si vastes qu'elles fussent, de la seule question religieuse, et prétendit traiter à la tribune toutes les questions où il eut le loisir de conquérir une véritable compétence. On se rappelle le succès avec lequel il discuta le problème ardu
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de notre politique coloniale et le projet de loi consacré aux pensions de retraite. Mais, malgré tout, c'était l'Eglise qui le passionnait par-dessus toutes choses. Dès que l'honneur de l'Eglise était en cause, il bondissait à la tribune, et répondait fièrement aux insulteurs. S'il suffisait d'un mot pour les mettre à la raison, il disait ce mot sans quitter le banc où il avait pour voisin M. de Mun. La dernière fois qu'il prolesta de la sorte, ce fut en ce jour où le président de la Chambre outragea grossièrement la mémoire de Pie IX, en le traitant de franc-maçon. Le pauvre évêque était déjà bien malade, il était à bout de forces, il n'avait plus qu'une semaine à vivre ; mais il eut encore l'énergie de jeter un cri suprême et de donner un vigoureux démenti à ces affirmations puisées dans le Dictionnaire de Larousse. Ce Larousse est, décidément, le bréviaire de nos hommes d'Etat.
Plus je vais, plus je m'étonne de voir certains catholiques traiter, avec une outrecuidante liberté, la personne et le rôle de leurs évêques. Je ne sais quel vent d'indépendance souffle dans l'air; mais je suis stupéfait quand j'entends ces étranges chrétiens condamner avec dédain les plus illustres champions de l'Église. Combien de fois ne leur ai-je pas entendu dire que Mgr Freppel n'était pas un véritable orateur; qu'il éc?ivait tous ses discours; qu'il était trop familier avec ses adversaires, et qu'après tout, il aurait mieux fait de rester dans son diocèse, qui réclamait sa présence et ses soins. Ce sont là de singuliers reproches et dont nous devrions laisser à nos pires ennemis l'initiative coupable et téméraire. La vérité est que Mgr Freppel n'a pas négligé sa chère Église d'Angers; la vérité est qu'il y a multiplié les grandes fondations et les belles œuvres ; la vérité est que son souvenir restera