I.l'.S MÉMOIRES AU XVIIIe SIÈCLE
comme on le voit, n'abandonnait pas la petite Manon; il l'enveloppait d'une bonne atmosphère de grâce; il l'entourait de saints prêtres; il en avait placé un certain nombre dans la propre famille de cette enfant qu'il voulait sauver. A la médiocrité de Mme Phlipon il opposait l'esprit élevé et le grand cœur de l'abbé Bimont, dont Mm" Roland elle-même n'a pas pu médire. C'était le bon ange visible de celle qui avait tant besoin de protection angélique.
La petite tille , dès qu'elle sut épeler, se jeta avec une sorte de rage sur tous les livres qui tombèrent entre ses mains, ou quelle y fit tomber. C'était là le grand écueil, que sa mère ne vit pas. Mme Phlipon, pendant toute sa vie, s'occupa naïvement à procurer à sa fille les clefs de toutes les bibliothèques : de là sont venues toutes les erreurs et toutes les fautes de Mme Roland. Je me résume en deux mots : elle a beaucoup, elle a infiniment trop lu. A l'âge de sept ans, elle faisait déjà la moue devant la Bible, et ne lisait le Psautier que « faute de mieux. » En vérité, il est fâcheux pour David, dont la voix a fait bondir d'enthousiasme tant de milliers de générations, il est fâcheux pour ce grand roi, pour ce prophète aux lèvres inspirées, pour ce poète incomparable, de n'avoir pas emporté l'estime de M"e Manon. Plutarque convenait davantage à cette grande âme. Elle le dévora à neuf ans : « Je n'oublierai jamais, dit-elle, le carême de 1763. J'emportais Plutarque à l'église en guise de Semaine- Sainte. » Nous en sommes vraiment désolé pour les admirateurs de la Grèce antique; mais nous sommes persuadé que cet amour pour Plutarque était la marque d'un esprit prématurément faux. Préférer Plutarque à sa Semaine-Sainte est plus qu'une preuve de mauvais goût. Qui peut s'éprendre de tonds les fausses grandeurs accumulées dans Plutarque, est condamné à n'avoir jamais la notion de la vraie grandeur. Si