‹ Portraits du XVIIe siècleChapitre 16 sur 20 · LA MUSIQUE AI W1II SIÈCLE · texte numérisé non relu

LA MUSIQUE AI W1II SIÈCLE

Il était le plus grand musicien de son temps, et avait tout l'air de l'ignorer. Sa modestie était charmante, et il avait coutume de dire que son talent était uniquement le fruit de son travail. 11 se taisait sur son génie : « Travaillez, et vous ferez ce que je fais. » D'ailleurs, fier et ayant une très haute idée de la dignité de l'art, il eut l'honneur de ne pas aimer l'argent, et ce désintéressement n'a pas peu contribué à la beauté de ses œuvres. Il avait coutume de ne pas aborder l'Art d'un air enjoué; il y mettait de la gravité, devenait sévère et faisait toujours grand. Avec quel dédain il parlait des « chansonnettes de Dresde! » C'est ainsi, nous dit Fétis, qu'il appelait les opéras représentés là-bas. On peut même dire qu'il montra trop de dédain pour le drame lyrique; mais que ne dirait-il pas aujourd'hui, et comme notre musique actuelle donne raison au bonhomme ! Les voyez-vous près du grand Bach, nos opérettistes modernes, âpres au gain, amoureux du scandale, obscénisant leur musique pour la rendre plus lucrative ? Ah ! nous sommes loin des « chansonnettes de Dresde, » qui étaient, en comparaison, des chefs-d'œuvre de moralité et de bon goût. Puisse du moins la Passion que nous venons d'entendre, nous inspirer de la haine, oui, une véritable, une farouche, une irréconciliable haine contre ces dégradations de l'Art et ces profanations de la Beauté!

Dès qu'un de nos compositeurs actuels a trouvé deux ou trois phrases mélodiques, vite il les utilise et les exploite, el voilà la matière d'une œuvre lyrique. Le maître de chapelle de Leipzig, lui. entassa durant toute sa vie les manuscrits

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