‹ Portraits et discussionsChapitre 13 sur 56 · I.l'\m'; 1»( FAUST DE (JlKTnE l · texte numérisé non relu

I.l'\m'; 1»( FAUST DE (JlKTnE l

trots groupes séparés par d'énormes distances, enlro lesquels s'étendent plusieurs suites de tragédies et de spectacles particuliers, vastes masses qui semblent exister pour elles-mêmes et qui, à première vue du moins, écrasent et font perdre de vue le drame, bien plutôt qu'elles n'y apparaissent subordonnées. An surplus, il importe de remarquer que le drame du Faust, loin de correspondre 5 l'idée première, jj^énératriee, du poème tout entier, y a été en quelque sorte introduit après coup. Le pacte entre Méphislophélès et Faust ne figurait pas dans les premiers fragments publiés. Le I^rologue dans le Ciel, qui expose le pari entre le Seigneur et Méphisphélès et s'annonce maintenant comme le support de tout l'édifice, n'a été écril qu'en 1797, c'està-dire vingt-cinq ans au moinsaprèslaconception initiale. On dirait un elTort tardif du poète pour concentrer entre des bornes précises une œuvre qui allait se développant sans mesure dans son imagination et selon quelque loi incalculable.

Voilà à quoi tient l'obscurité du Faust, l'espèce d'impression iléccvanle et sibylline qu'il fnil 6 un lecteur légitimement préoccupé de sa

unification totale. Mais assurément ce ne peut éti*e là qu'une première apparence due au manque d'orientation et facile à surmonter. Nous ne saurions soupçonner Goethe de cette mysti-

fication qui eût consisté à nous mettre l'esprit à la torture en assemblant sous un titre unique une série de conceptions sans lien véritable, à nous lancer à la recherche d'une idée d'ensemble qui n'existe pas. Un génie aussi ferme, aussi dominateur, aussi lucide en ses desseins, n'a pas commis cette faute de se désintéresser du tout de son œuvre, dans la joie d'en réaliser richement les parties. Entre toutes ces grandes constructions poétiques qui se succèdent sous nos yeux, il y a quelque convergence profonde et mystérieuse. Le Faust a certainement son unité ; il faut la chercher là oii elle est et nous en donner le sentiment. Pour être d'autre essence que l'unité organique et fermée d'une œuvre d'art, elle n'en règne pas moins souverainement sur tout le poème. C'est elle qui fait à chaque épisode un fond sombre, riche, et lui donne sa couleur tragique. Ainsi l'âme d'un pays parle au cœur par tous ses sites. Ainsi, il y a dans une grande destinée un mystère qui imprègne tous les lieux où elle passe.

Il est incontestablement très avantageux, pour se guider dans le Faust, de connaître les circonstances si singulières de sa composition. Gœthe l'a commencé vers vingt-cinq ans et terminé après quatre-vingts. On sait avec quel caprice, quel imprévu apparent il y a travaillé. Il l'a aban-

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