SIMPLES NOTES SUR MAURICE DARRÈS
mais met en cause une des inspirations profondes de sa pensée.
Léopold, j)aiivre disciple de Vintras, est une ttUe faible. Cette débilité n'ôte rien à la qualité de son cœur, encore qu'elle dût conseilb-r h ce c(cur de no pas vouloir soulever le monde. Mais comment la concilier avec les traits d'une sorte de grandeur de pensée et de faculté de création que l'auteur lui prête ? Il donne dans des niaiseries cultuelles qui risquent fort de verser dans les diableries. « Il allait, annonçant l'Année noire et distribuant sur son passage les noms (l'ange, les croix de grAce et les théphilins. Ses adeptes... savaient ce qu'ils auraient à faire dès la première apparition du feu dans le ciel. » Et, d'autre part, levoicicomparéàMiitonet h Beethoven. « Milton, ayant perdu les yeux, voit se dérouler dans sa conscience le monde des formes • Icrnelles; Beethoven, devenu sourd, n'est plus importuné par le bruit de la vie, ne prête plus l'oreille qu'aux divines harmonies intérieures. h- Léopold a toujours voulu créer, éterniser son Ame... maintenant qu'il est seul, démuni de tout ot de tous, il construit encore, il bAtit avec ses rêves. » Je n'opposerai pas à ce rapprochement ce qu'un bergsonien appellerait un rationalisme sec. .le conviens que la psychologie surprendrait quelque caraqtère commun entre les divagations
enthousiastes de Léopold et les transports de MilLon et Beethoven. Le fait est cependant que ceux-ci seuls sont féconds et créateurs. Preuve que les émotions de ces inspirés sont pleines de richesseetde substance acquises, qu'ellesne sont organisatrices que parce qu'elles sont organisées déjà. Disons-le platement, pédantesquement^ si Barrés veut : dans « les divines harmonies » qu'entend Beethoven, il y a de l'ineffable, un génie, mais il entre intimement toute sa science de la musique créée avant lui. Léopold est trop au-dessous de la science des choses divines pour y pouvoir ajouter.
Oh ! voici bien un passage de Barrés qui me répond :
L'univers est perçu par Vinlras d'une manière qu'il n'a pas inventée, et qui jadis était celle du plus grand nombre des hommes. Il appartient à une espèce quasi disparue, dont il reste pourtant quelques survivants. Quelle n'est pas leur ivresse ! Vintras est allé jusqu'à cette mélodie qu'ils soupçonnaient, dont ils avaient besoin. Il l'a reconnue, saisie, délivrée. Elle s'élève dans les airs. Ils palpitent, croient sortir d'un long sommeil, accourent. Vintras exprime chez eux le sens du supranaturel. Il renverse, nie les obstacles élevés contre l'instinct des âmes et le mouvement spontané de l'esprit. Il fournit à ses fidèle» le chant libérateur.