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SIMPLES NOTES SVR MAURICE IIARRKS 2M

Je ne suis pas vollairion. Je ne suis pas Sarccy. .le me pr<*tc. Je sais qu'il y a des dégradations (le la lumière, j'essaie de les suivre. Mais enfin, «lu'cst ceci, sinon l'allusion aune inspiration priniilive d(; riiunianilc, antérieure h foute expérience, à toute sagesse, et dont l'idée est toute romantique et panthéistique ? Et j*en reviens i\ mon dire : là où il n'y a pas sagesse et règle déjà présente, il n'y a pas « chani », mais vagissement. Ordre et vie sont deux. Mais ils iiese peuvent absolument concevoir séparés dans \;\ réalité. Ils se développent consuhslnntielleiiicnl. Et seule leur interpénétration fait de 1 être. L'ordre sans vie spontanée, c'est la routine, la mort et l'ennui. Mais la vie sans Tordre, «•'est le pur mouvement de la dissolution. Arislole dirait ici qu'il n'y a pas de matière sans forme, ni (sauf en Dieu) de forme sans matière. l'I |>cnt-étre ajouterait-il h l'adresse de Maurice Barrés : « Mon fils, vous concluez en l'honneur de la forme qui est pour vous, en religion, l;i doctrine et l'autorité de l'Eglise catholicjue cl, en art, la règle classique. Mais votre imat;ination met quelquefois ses délices à hanter le fuyant abtme de la matière indéterminée... Et je ne puisdir»» que même alors il ne vous arrive pas de faire les miennes. »

Qu'oD veuille bien ne pas voir ici une lourde

réfutation. J'indique seulement le thème des analyses, des discriminations bien délicates auxquelles nous inviterait la pensée de Barrés, qui se produit dans maintes pages de ce livre, en ce qu'elle a de plus général.

Et qu'on ne croie pas surtout que je boude à mes plaisirs. Là, par exemple, où je ferais à Léopold Baillard le reproche d'avoir un peu trop lu Barrés et d'en faire trop passer dans ses rêveries, je ne me gêne aucunement pour goûter les abondantes merveilles de la poésie la plus intensément personnelle et d'un magnifique style.

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[Mddi'Irinc, jeune femme.)

Madeleine, jeune femme, le récent roman de Hené Boylesvc (libr. Calmann-Lévy), est la suite de la Jeune Fille bien élevée. Comme je demandais à une admiratrice de l'auleur ce qu'elle en pensait : « C'est très beau; mais il y a des longueurs », nie fut-il répondu. Voilh tout à fait mon propre sentiment. Je m'étonne que Boylesve, dont un des dons caractéristiques fut toujours la grâce, se soit assez fastidieusement étendu sur certains élémentsde son affabulation :

(I) On voudra bien ne pas chercher dans cette étude parliouli^^e d'un roman de René Boylesve un jugement gt^néral sur son talent et son œuvre; et d'autant que, dans cette Madeleine, Iloyh^sve s'est essayé au large renouvellement dune manière illustrée par plusieurs livres très rhannants. In roman de ses débuts, la Becquée, qui a de fortes resseuïblanres avec un clief-d'tcuvre balsacien, le montrait déjà fort épris et capable de force, de profondeur et d'ampleur.

éléments nécessaires sans doute, mais les moins intéressants en eux-mêmes, et qu'il eût été bon, me semble-l-il, de resserrer. J'ai lu cet ouvrage avec des alternatives d'attention intense et de demi-distraction. Attention, chaque fois qu'il estquestion de l'héroïne, de ses pensées, de ses sentiments; distraction et paresse, quand elle s'attarde aux histoires des cousins Voulasne et des amis du Toit, Madeleine, que la nature et l'éducation ont dotée de ce rarissime trésor, titre de noblesse plutôt que source de bonheur, ou du moins d'agrément, dans la vie : une àme vraie; Madeleine, formée à une conception de l'existence qui exalte le prix des choses de l'intelligence, de la conscience et du cœur et qui rend plus sensible aux intérêts idéaux et généraux qu'à l'intérêt matériel, tombe, par suite de son mariage, dans un milieu de gagneurs d'argent, terriblement courts et brutaux de pensée, et de snobs qui dépensent nuit et jour leur vitalité en plaisirs de pure agitation et de vanité, en plaisirs bêtes, bref, de gens qui n'ont rien en eux. Ils n'amusent guère Madeleine, ces gens-là, encore que le contre-coup de leurs faits et gestes sur sa destinée la force à s'y intéresser. Ils ne nous amusent pas davantage et il semble que le romancier eût mieux fait de représenter la nature et la qualité de ce milieu, de ces

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iiKiuirs, par qnelmirs Irnils vigoureux et con- • lonsés, par quel(|ues scènes rainnssécs et puissamment expressives, plutôt que de s'attardera la chronique journalière d'existences et d'âmes •Ml somme plates. Il y a d(^jà longtemps qu'il MOUS 1rs a fait suffisamment connaître, qu'il nous les montre et remontre encore. Au lieu <|ue sa Madeleine, nous ne la connaîtrons jamais assez parce que nous ne connaîtrons jamais assez le rare cœur d'une femme, toute intclli- rence, droiture et sincérité, en proie au mal d'amour, surtout quand c'est Boylesve qui nous la peint. Il y a dans ce roman un être riche d'Ame, entouré d'ôlres fort pauvres sous ce rapport. Les dures réalités de la vie font de celuilà la proie de ceux-ci .C'est ce conllit, magnifique source de tragique et de comique qui peut nous passionner. On dirait que Boylesve s'est plutAt proposé d'ôtiT. l'exact et consciencieux historien de tous, au môme litre. Mais, encore" une fois, son roman, qui se réveille en Madeleine, traîne et s'endort un peu chez les autres. Je me demande si cet esprit, si supérieur ■au « réalisme », et par sa qualité et par la maière de son sujet, ne s'attarde pas à suhir une ague inlluence de l'art réaliste, qui plaçait son éal dans la « tranche de vie ». Cette impresion étonnera les lecteurs demeurés sous le

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charme de ce don de fantaisie, de ce frémissement d'élégance qui sont parmi les caractéristiques les plus personnelles de Boylesve, Mais ces mérites — dont bien des traces se retrouvent dans ce roman — y paraissent cependant sacrifiés au souci de serrer la vérité. Et l'erreur qu'il me semble y trouver, c'est une tendance à mettre, non comme moraliste, mais comme artiste et narrateur, tous les éléments de la vérité sur le même plan, à les dérouler sur le même ton, à les placer bout à bout dans la trame d'un récit un peu monochrome, comme si la vérité morale consistait à reproduire la suite des faits intérieurs, tels qu'ils apparaissent, surgissent, s'entre-suivent, s'entrecoupent, s'évanouissent et se mêlent dans la continuité des jours. L'art ne vit, au contraire, que déconcentration, de relief et d'animation.

Que j'aie bien ou mal analysé la façon dont le romancier s'est trompé, il a fallu qu'il se trompât plus ou moins pour que l'effet des choses tout à fait admirables qui abondent dans son livre se trouvât en partie refroidi, et que, le livre fermé, on n'y rendît hommage qu'avec un peu de réflexion. Admirables, le caractère de Madeleine, toute l'histoire morale de son éducation et du développement de ses idées et le drame d'amour qui se joue secrètement dans

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son cœur. Il y a là une science de la nature et du senlimcnt, par où Boylesve se place au rang le plus élevé et qui lui suggère, me sembic-t-il, des choses qui n'avaient pas encore été dites. Si son énergie d'artiste se fiU égalée ici à sa connaissance de moraliste, la tragédie intérieure dont il décrit avec tant d'acuité et de liberté les phases eût éclaté en poésie, et la plus puissante émotion se fût communiquée au lecteur. Cette tragédie tient i\ l'opposition entre les deux « moi » de Madeleine, l'un qui, non seulement est tenté parle péché, mais y consent, l'appelle, regrettera de ne l'avoir pas commis, parce que c'est une destinée trop misérable que de mourir sans avoir connu l'amour; l'autre, « étranger en quelque sorte à la conscience individuelle », plus puissant qu'elle pourtant, et qui est composé de toutes les forces d'une éducation sévère, de l'hérédité profonde d'une série d'aïeules irréprochables. Boyiesve n'a pas forcé la nature, ill'a, au contraire, bien interprétée, en faisant voir comme cet irrésistible geste dfc recul et de refus du moi impersonnel désespère et dépite même (pendant un temps au moins) la jeune femme à la portée de qui le « bonheur » est passé. Madeleine est le contraire d'une coquette, mais aussi d'une avertie, et c'est une des inventions les plus fines de l'auteur que d'avoir montré celte

femme pure, provoquant avec une hardiesse et une témérité d'innocente Tamour, auquel, l'heure de céder venue, elle se dérobera avec épouvante, pour jamais. La fin du roman, où nous voyons s'apaiser cette âme qui a relevé par tant de noblesse et d'ingénuité un malheur banal, et le grand bonheur de la sérénité s'annoncer à elle avec les premiers cheveux blancs, est d'une conception réellement belle, d'une vérité qui fait rêver et s'épanouit d'elle-même en poésie.

Mais de la poésie (sans détriment de la vérité), il eût dû y en avoir dans tout le livre. Elle ne demandait qu'à jaillir. J'ai essayé de saisir l'erreur littéraire qui en a paralysé l'essor. Cette erreur, qui me semble expliquer le procédé un peu traînant et vainement minutieux de la narration, se marque dans certaines fautes de style. Par exemple, Madeleine, retraçant la scène décisive où elle se surprend incapable de consentir la chère faute dont elle a de toutes ses forces provoqué l'occasion, s'exprime ainsi :

Mais en même temps, et d'une source étrangère à ma conscience, mais non pas pourtant étrangère à moi, monta tout le long de mon corps, m'environna, s'appliqua sur tous mes menbres et sur mon visage, avec V exactitude d'un linge mouillé, quelque chose comme une réplique de moi, quelque chose d'aussi

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