II. IIII.MHK tlK M. Ut IMIKIU-Kll.lll. Ali
L'insulte, hélas ! suit la rupture.
Les scnliiiHMils ronnm' les corps Doivfiil loinber en pourrilurt*.
Il faut salir les rêves morts.
Il faut salir. Ce n'est qu'un projet. Pour l'inslant il va s'appliquer î'j soulTrir :
Mais sur un mont inaccessible J'ai fui ses yeux inquit'lanls; Kl je ferai tout uion possible Pour avoir du chagrin longtemps.
Tel est « le triste héros ». Il est le héros exclusif de toutes les pièces de M. de Porto-Riche, depuis que ce poêle « a rompu avec l'idéal romantique pour s'acheminer aux études minulieuses du cœur ». On conviendra que dans le musée des Ames humaines sa littérature a fait un • lioixdont le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il st extrêmement singulier. Et le plus étrange, < 'est qu'elle l'ait fait une fois pour toutes.
Lf /'f^^^f' esl, pour le mérite dramatique, audessous dA/nonrcuse. Il y a trop de comparses et du remplissage. Mais aussi le mufle traditionnel (lu T/u'àtir (l amour, dépouillé ici de loule complexité morale, ne saurail-il guère
fournir, par le jeu de ses sentiments, au mouvement et à la variété de l'action. François Prieur est rindividu même que nous avons amplement appris à connaître, mais aggravé. Il a beau êlre question de sa séduction et de son élégance supérieure, nous inclinerions à ne voir en lui qu'une brute. Passant sa vie à séduire, à lâcher — et à séduire, non pas pour cueillir et donner un plaisir rapide et sans conséquence, mais de manière à inspirer de la passion et laisser derrière lui de la douleur, ce qui est infiniment différent — il a, trait pour trait, l'âme décrite dans les vers qu'on a lus. Si peut-être je le calomnie et qu'il faille l'appeler homme distingué, le lecteur est à même de s'en Tendre compte. Je ne dois pas d'ailleurs omettre qu'il fait de la littérature sur son cas. Et à qu'eî-s moments ! et à quelles fins ! Ramené par le hasard auprès d'une femme tendre, noble et invinciblement fidèle qu'il a abandonnée, voici huit ans, il sent s'exalter son désir de vicieux et il reconquiert la malheureuse. « Enfin, je la tiens, s'écrie-t-il,ye la tiens^ cette émotion que je cherchais et que mes expériences ne m'avaient pas donnée. Je la reconnais, c'est celle que je t'ai vue éprouver, c'est la souffrance pour laquelle j'ai vu pleurer tant d'hommes et tant de femmes, et que j'attendais avec «nvie. » — Mais, va-t-on
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inc (lire, il parle comme Whlolphv de Henjurain Corislanl, (jiii se désole, aynnl sollirit»'- l'amour avec désespoir, de se sentir iU\ glace dès (piil Ka obtenu. 11 y a une grosse dilTérenee. Adolphe personnalité déplorable, au surplus s'applique <le toutes ses forces à se tromper Iui-mém«', et il y réussit «pu'bjue temps. Puis, par pilié, il simule. François Prieursesalisfait et file. Adolphe s'exprime avec une certaine «lélicalesse sur les senlinienls qu'il n'éprouve pas, mais où il voit tristement un titre de nature humaine qui Itti manque. François Prieur en parle avec je ne sais quelle crudité incivilisée, comme d'un manot. « Kniin, je la tiens... »
Dominique Brienne, la maîtresse délaissée et à nouveau trompée de François Prieur, est, elle, une ligure humaine et pathétique. H faut rendre justice à cette création vraiment belle — exception dans un théâtre où ni l'intensité, ni l'acuité ne manquent, mais où la beauté est rare. Les lemmcs inspirent mieux .M. de Porlo-Iiiche que le sexe fort. Type à la fois poétique el réel, élevé et brûlant, de fidélité dans la passion et, pour ainsi dire, de sagesse de l ïlme dans la folie du coBiir. Dominique possède celte harmonie sans laquelle il n'est point dans l'art) de vérité. Traînée par un misérable dans toutes les douleurs, dans tous les chagrins, dans toutes les humiliations
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d'un amour sans cesse affolé, trompé, outragé, méprisé, elle a sauvé de ces épreuves, auxquelles elle se prêta tout entière, sa pudeur, sa fierté, son énergie à vivre. Il n'y a pour elle au monde que cet amour; elle ne demeure que trop prête, après les trahisons, à s'y submerger encore. Et pourtant elle le dépasse. Nous concevons sa personnalité à part du délire dont le souvenir la remplit et qui va l'entraîner de nouveau. A ses cris les plus forts, et les plus éperdus, aux mouvements dont elle est le moins maîtresse se mêlent une grâce, un rythme. C'est une créature complète, c'est une âme humaine. Ici, et pour une fois, on pourrait, sans ridicule et sans outrage, parler de classique.
A une condition cependant : c'est qu'on isole quelque peu Dominique de plusieurs éléments de l'action où elle est engagée et qu'on efface autant que possible de son beau visage le reflet d'une personnalité aussi misérable que l'homme qu'elle aime. Il est impossible que, tel qu'il lui arrive de le définir elle-même, elle ne le méprise point. Elle l'aime en le méprisant. Et elle lui demeure fidèle pendant huit années d'abandon. Cette fidélité ne tient ni à une convenance sociale (Dominique est seule et s'est fait la libre vie d'une artiste indépendante), ni à la religion. Elle n'en est pas moins belle. Elle relève le ni-
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veau de celle passion fort au-dessus de son ohjcl. Elle nous aide h nous abstraire de celui-ci. C'est
hourcux, c:\v iin»^ feiiinH' qui conliiuio de déborder d'iunour après de telles avanies venues d'un tel type nous émeut sans doute, mais non pas de l'émolion tragique Ce n'en est pas moins une tragédie qu'a écrite M. de Porlo-Hicbe, et non pas une comédie à la Courteline ou à la Maupassant, ce qui eût été non seulement plus gaulois, iii;iis IVaiirliemenl plus français. Ce ton Iragiipie, Dominique, (jiuuil .'i elle, nous Ir fait accepter pourtant.
Mais on surprend ici encore le trouble, IYmiuIvoque de fond que j'indiquais tout ù l'heure.
Le plus récent ouvrage de M. de Porto-Riche, le Vieil Homme, s'est fait attendre quatorze ans. Je ne le reproche pas h l'auteur. .le l'en louerais plutôt. Trop d'écrivains protluisent trop. Ce long labeur est d'un bon exemple. L'unique (piestion est de savoir s'il a abouti à un résultat qui le valiU.
Pour moi, le Vieil Homme est la moins heureuse entre les productions de M. de Porlo- Hicho. Il n cerhiinement eu en vue une compo-
sition de plus grande envergure que les précécédentes. El ceux qui aiment son genre de sensibilité et de poésie en goûteront ici l'abondante effusion. Ceux qui ne l'aiment pas éprouveront une aversion particulière pour le Vieil Homme. Mais à coup sûr on ne retrouve dans cette œuvre ni l'intensité et le serré de l'actiouj ni la force et la coupe du dialogue qui recommandent Amoureuse tout entière et les meilleures parties du Passé. Pour tout dire, le Vieil Homme est, comme ensemble, assez accablant. Et tout d'abord, déblayons. Il y a dans le Vieil Homme une part de fatras qui encombre surtout les trois premiers actes. (Je prends la pièce imprimée). Michel Fontanet, ex-viveur parisien, s'étant ruiné et assagi, a fondé, voici cinq ans, aux portes de Grenoble, une imprimerie à l'administration de laquelle s'associent sa femme et son fils Augustin, âgé de seize ans. Un drame passionnel va se passer dans cette maison. Il est le propre sujet de la pièce. Mais si le dramatique de ce drame tient essentiellement à tout ce qu'il vient détruire ou désorganiser, c'est-à-dire à la paix laborieuse de cette famille et à la tardive vertu son chef, il ne dépend aucunement de la nature spéciale de l'industrie exercée par Michel Fontanet. Aussi se demandet-on pourquoi la moitié au moins de ces trois
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premiers actes n'est occupée (pie pnr des propos et des actions concernîiiit l'imprimerie, les ouvriers, les allaircs, les comptes, les éditeurs, les coinniaiides, les bailleurs de fonds et les divers <^l('Mnoi)ls tcciiniques de la typographie. Assu^ rémonl, railleur a voulu, en contraste avec le» ruines que l'amour va faire, nous donner uno puissante impression de In soliditc mat('Tielle et morale de ce foyer, de la solidarit»'* alTeclueuse (pi'y soutient le travail commun. Il a eu rai.son de vouloir cela. Mais que, pour le r<^aliser, il ait i\i\ supputer à l'invention du |)eintre moral par une aussi st«;rilc accumulation de détails matériels, cela lui mérilern-t-il nos louanges?
.le néglige ces superfluilés et m'en tiens à la propre substance du drame. Une jeune bourgeoise parisienne, Mme Allain, jolie, aimable, commune au tond et facile, tombe chez les Fonlauet et devient leur h(Me. Elle réveille chez Michel ce vieu.x libertinage qui a fait à Paris, pendant quinze ans, la désolation de sa femme. Itllle inspire au jeune Augustin un fol amour. De là deux soulTrances: celle de Mme Fontanet trahie, celle dWugustin, et blessé dans sa mène, et jaloux. Les parents divisés et la légère Mme Al»lain elle-même remarquent le désespoir de l'enfant. Ils vont unir leurs elTorts pour le sauver. Trop lard ! Il se tue. Il se nourrissait d'ailleurs
de Werther et s'intoxiquait de la musique de Tristan. C'était un petit éthéromane intellectuel. Il y avait là [Werther et môme Tristan k part, dont on eût cru le poison évaporé en l'an 191 1), il y avait là, dis-je, en soi, un beau sujet. Cette dualité des éléments tragiques devait renforcer l'action, loin d'en compromettre l'unité, tant ils sont de nature à s'entremêler et à réagir l'un sur l'autre. La douleur d'une femme fidèle dont l'inconduite de l'époux outrage le cœur et menace l'œuvre domestique, est un de ces thèmes dont le génie des poètes éloquents n'épuisera jamais la richesse. Quant au dangereux désespoir d'amour où sombre un enfant trop jeune pour l'amour, c'est une matière inventée, non par M. de Porto-Riche, mais, hélas ! par la nature elle-même, à titre de rare exception, il est vrai. Matière infiniment délicate, dont je suis bien plus fondé à redire ce que j'indiquais à propos de la Chance de Françoise. D'elle-même, elle relève trop du physiologiste, du médecin et du pédagogue pour que la littérature, en l'adoptant, ne soit pas obligée de lui faire subir une sorte d'allégement et de transfiguration poétiques. Le souvenir de Chérubin et de Perdican me fera comprendre. Cette convenance, particulièrement exquise, s'est-elle présentée à l'esprit de M. de Porto-Riche? On s'en éton-
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nerait, aprrs loiil ce que nous avons fait voir. Nous n'rlevons j)oint de conleslalion sur la donnée môme de son drame, i^n donnée d'un drame peut ôtre mauvaise en soi et succomber h la question préalable. Nous acceptons celleci. Mais ce corps d'une alTabulaliou acce|)lal>le, possible, étant donné, il s'agit de savoir .!•■ quelle iluie va ranimer le poêle. I/linmanité, les mu'urs et les scnlimenls qui remplissent Iv Vieil Homme m'inspireni une aversion dont la source est beaucoup plus profonde et jilus générale que mon bumeur individuelle. La partie proprement ilr;unati(pi«' du IYc/7 //o//////c les deux derniers actes) se développe, même quand elle est émouvante, dans une atmosphère d'incongruité psychologique et morale dont il estdilïicile de donner une idée claire et exacte, parce que les miasmes se respirent, se sentent, mais ne se saisissent pas dans la main. Il y a un certain élément artiliciel (artificiel, non dans le sentiment de M. de Porto- Riche, mais dans le nôtre\ élément à la fois raffiné et grossier, que l'auteur semble n'avoir pu ne point mêler à la substance d« la situation dramatique qu'il avait inventée. Sa présence, indiscrète, gênante, oiTensante, ne va pas toujours jusqu'à étoulTer le tragique et le pathétique naturels; mais elle les IVclale, les adultère profondément. Elle les pimente
tout ensemble et les affadit. Elle les gangrène. Cet élément, fourni par l'imagination et la sensibilité du poète, comment le nommer ? Je ne sais. Du moins, en pourra-t-on imaginer la nature intime d'après quelques-unes des manifestations précises oii je le reconnais bien.
Par exemple, comment n'être pas choqué du ton d'euphémisme et de lyrisme sentimental qui règne dans les propos de cette famille ? Voici une conversation où ce caractère apparaît d'autant plus étrange qu'elle réunit la mère et le fils (seize ans) et le grand-père. 11 s'agit des ruses de l'amour.
AUGUSTIN, de loin.
L'amour doit inspirer des tours cruels, des tours extraordinaires.
THÉRÈSE
Tu n'as qu'à parcourir cette bibliothèque, mon petit, et tu pourras y puiser toutes les ruses nécessaires.
CATHERINE, (les Uvrcs dans les nidins.
Mohère, Beaumarchais, Marivaux, et nos vertueux classiques sont impatients de compléter ton éducation.