‹ Portraits et discussionsChapitre 52 sur 56 · I.KB PH^.RES TilARAUD · texte numérisé non relu

I.KB PH^.RES TilARAUD

de notre colonie et donne h trembler pour son avenir: l'invnsion, la prise de possession, la puissance et l'insolence croissantes d'une population composée de tous les rebuts des rivages méditerranéens, depuis Alicanlc et Carthagène jusqu'aux l^^chelles de Syrie. Italiens et Espagnols venus des provinces les plus pauvres et, moralement comme matériellement, les plus infécondes de leurs pays ; Maltais, Grecs et toutes les sortes de Levantins composent ce mélange, qui fait de plus en plus la loi dans toutes les communes et au milieu duquel le Fran("ais, qui a travaillé et continue de travailler il son profil, commence h montrer « ligure de vaincu ». Ce ramas, qui acquiert légalement la nationalité fran<;aise, nourrit pour la France une haine autrement virulente et dangereuse que celle de l'Arabe. Et cependant la loi, les coutumes, toute lu pratique gouvernementale et administrative tiennent en principe l'Arabe pour l'ennemi. Situation qui permet aux métèques de se servir du pouvoir français contre l'indigène et réciproquement.

Partout sélablil ici,àla place de notre civilisalion généreuse, la barbarie des ruffians de la Calabre el de l'Andalousie, qui, au nom de noire loi, habilement oxj)loitée, dépouillent le Fran(;ais el l'indigène, coin nu» ils (lévalisaienl autrefois le voyageur sur les

grandes routes, une espingole à la main. Bienlôil, si cela continue, nous ne serons plus qu'une poignée de fonctionnaires et de capitalistes, perdus dans une masse italo-espagnole, et c'est nous qui serons forcés de nous assimiler à tous ces étrangers, si nous voulons demeurer sur cette terre que nous avons conquise et où nous sommes déjà des vaincus.

La réalité du mal, expliquée avec une fermeté de langage dont ces quelques lignes donneront l'idée, est connue de tout le monde. Tout le monde en a, dis-je, une notion vulgaire. Ce n'est évidemment pas celle qui peut contenter les hommes compétents en choses coloniales. Et il ne m'appartient pas de dire si les conclusions de MM. Tharaud sur la condition d'une colonie qui aurait déjà plus qu'à demi échappé à nos mains sont exagérées, trop généralisées, trop pessimistes, ou bien si elles restent encore en deçà de la vérité. A ce point de vue du positif et du réel, je ne puis cependant me défendre d'une remarque qui ne cessait de s'imposer à moi tandis que je lisais la Fête arahe\ c'est que si, comme semblent le penser (sans assez préciser) MM. Tharaud, les principes généraux de notre politique algérienne depuis la conquête ont, par imprévoyance ou de toute autre manière, facilité l'invasion métèque, rien n'est

plus favoraltle au ilûvcloppcnH-itl de lu puissance et lie riiisolcnce inulèques que les inslilulions tioiiiocrali(|uos. L'élection polili«|ues'accou)Uio(le h Hîerveille d'une armée d'cnibauchcurs cl de lerroriseurs <pie celte pègre est sans rivale pour fournir, et les u élus de la démocratie »» oui en elle une garde prétorienne loute trouvée. Seuleiiieut, il faut la payer. De plus, les Droits de rilommc conseillent une préférence |)liilosopliit|ue et sentimentale pour une genl de sanspatrie, qui est bien plus <• l'Homme », que des vieux Français enveloj)|)és il'un vêlement de traditions civiques, religieuses et intellectuelles, et aussi que des Arabes dont la communauté des vénérations coraniques et de la passion raili taire détruisent u l'individualité ». Je sentais, en lisant MM. Tharaud, l'affinité de cœur entre la Démocratie, ennemie forcée de ce qui fait la double noblesse du Français et de l'indigène, entre la Démocratie, pouvoir politique et pouvoir spirituel, et la population itak>-maltaise t- naturalisée » de l'Algérie. Je crois bien que MM. Tharaud sentent cela comme moi. J'aurais aimé t|u'ils le formulassent. (Juoi (ju'il en soit, si leur livre avait eu le caractère et la forme sévères d'un exposé politicpie, économique, démographique, d'une étude spéciale, ce n'eût point été à moi de l'apprécier. Mais ils ont manifesté

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leur idée sous la forme d'une fiction ou plutôt d'une demi-fiction romanesque. C'est pourquoi je les cite à mon humble tribunal pour décerner à leur moitié de fiction une moitié de couronne. Je leur reproche de n-avoir pas fait carrément un roman sur cette situation algérienne. Le zèle français qui leur a mis la plume à la main n'en eût pas été moins bien servi. Une « étude » sur l'invasion métèque en Algérie et sur la régénération de nos rapports avec les Arabes en vue d'y parer, eût porté. Un roman destiné à mettre les mêmes constatations et les mêmes conceptions en vives images émouvantes, plaisantes et dramatiques, eût porté. La matière (c'est ce livre même qui me le fait voir) y prêtait admirablement. Les conteurs ne se sont décidés ni pour l'un ni pour l'autre parti. Il y a dans cette Fête arabe, brillante et pleine de talent, une incertitude de genre qui en affaiblit l'action. C'est toujours là l'effet de l'incertitude de genre. Les, doctrinaires romantiques (dont la Sorbonne émancipée répète aujourd'hui la leçon) qui découvrirent dans la loi des genres un carcan que les écrivains classiques se mettaient à plaisir, n'y étaient pas du tout. Les classiques voyaient dans la pureté du genre la condition, non suffisante, mais nécessaire de la force des écrits et du succès. L'expérience est pour eux.

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