‹ Portraits et discussionsChapitre 53 sur 56 · I.KS PnÈRKS TIIAKAUD · texte numérisé non relu

I.KS PnÈRKS TIIAKAUD

Im Fête arabe "met en scène un jeune médecin militaire qui, dans un poste du Sud Algérien, s'est épris du ciel africain et de la vie arabe, au point de refuser son troisième galon et de démissioniuM- plufùl <iuc d'aller en garnison l\ Dunkerquc. 11 se lixe dans l'oasis de lîcn-Nezou, gémissant h l'idée que bientôt le chemin de fer et l'industrie européenne viendront bouleverser et dégrader le cadre d'existence et les mœurs qu'il aime. Il s'avise de mettre la fatalité au service de son rêve et d'utiliser le chemin de fer, l'industrie, pour réaliser, dans une ville bûtie selon SCS plans, la combinaison esthétique et le bon ménage de la civilisation franç;aise et de la civilisation arabe, associant leurs beautés et leurs grâces. Pour être d'un poète, cette conception ne semble pas si chimérique. Mais puisque ce poète va devenir bâtisseur, organisateur et administrateur, encore eùt-il fallu donner plus de corps h son entreprise, la présenter sous un aspect concret, tangible, pratique. Elle demeure un peu théorique et symbolique. On voit mieux le sentiment qui l'inspire (ju'on ne la voit elle-même. C'est un défaut. Enfin, retenons l'idée générale d'un grand dessein civilisateur français fondé sur le respect des Arabes, peuple politiquement soumis et politiquement mineur et incapable, mais race

noble, pleine de finesse et de poésie, race guerrière dont riiéroïsme a mêlé si souvent son sang au nôtre et qu'il faut laisser être heureuse à sa façon.

Ce dessein échoue. Mais nous n'assistons pas à son développement ni à son échec. C'est encore dommage. Le voyageur narrateur, qui a quitté le médecin au moment où il projetait son œuvre, repasse quelques années après par les mêmes lieux. Le médecin a disparu, chassé du pouvoir municipal et brimé par la populace métèque toute-puissante, qui a continué la construction de la ville née de son cerveau et de son effort, mais en y introduisant, en fait de bâtisses, de mœurs, d'influences, de pratiques et de divertissements, toute cette barbarie cosmopolite à laquelle il avait pensé l'opposer comme une citadelle et comme le modèle de la belle et saine Algérie franco-arabe de l'avenir. Cette intrigue de la canaille, politiquement puissante et qualifiée, contre le civilisateur et le bienfaiteur désarmé, a dû être quelque chose d'extrêmement compliqué, aussi divertissant que navrant. J'en juge par les lambeaux de récit qu'en fait le médecin dont le dégoût s'est réfugié dans une tribu. Mais précisément, je me plains que nous n'en ayons que les lambeaux. Ces anecdotes, ces quelques figures esquissées de ruffians, l'aperçu des

Page 1