STENDHAL RI
(|in linitpar le faire entrer dans les bureaux de la (îuerre. C'esl là que, à l'exception de deux à trois années de service militaire proprement (lit, il fera sa carrière jusqu'en i8i4, successivement employé en Italie, en Prusse, en Russie, en Aulriche.
Il n'y a donc rien d'extraordinaire dans cette »!xistence. Il n'y a que ceci : elle a été vécue par un poète passionné. De là les étincollos qui jaillissent (le tous ses détails, le feu suMil et délicieusement coloré qui en enveloppe tout le récit. Un poète sans vanité, et c'est ce qui le distingue (le ('hateaubriand. Un poète sans amertume et sans révolle, et c'est ce qui le diiTérencie de Rousseau. Parce qu'il est sans vanité, Reyle, en nous entretenant de sa vie et de ses sentiments, nous entrelient des nôtres, nous surtout bourgeois français de quelque vieille province, dont l'enfance et la jeunesse ont reçu, en dépit d'un siècle écoulé et de plusieurs révolutions, tant d'empreintes morales semblables. — Et son égotisme? va-t-on me dire, cet égotisme dont il a inventé le nom, et qu'il a professé par système, l'oubliez-vous? — H y n égotisme et égotisme. Il y a un égotiçme qui n'est que l'exhibition publique du moi par lui-même. Tout ditTérent, celui de Stendhal ne répond qu'à une méthode d'analyse morale et à une optique d'ar-
tiste. Où, mieux que dans le for intérieur, un esprit analytique observera-t-il à l'état pur et sincère, en le libérant de toutes les déformations conventionnelles et fausses dénominations, le mécanisme des sentiments iiumains? Et d'autre part, la rare sensibilité de Beyle communique à tout ce qui a été l'objet de sa personnelle expérience un frémissement, une particularité de vie et de couleur qui en font pour son pinceau une matière privilégiée. Cela ne veut pas dire du tout que Beyle soit épris de Beyle, qu'il attache une solennité spéciale à ee qui lui est advenu, qu'il l'exalte ou le divinise au moindre degré, bref qu'il soit romantique. En identifiant ro7;?<rmtisjiie et littérature personnelle, Brunetière a commis la plus nuisible des confusions.
Comme il est sans vanité, Beyle, avons-nous dit, est sans révolte. C'est très notable de la part du sentimental, du fol rêveur de bonheur et de beauté, du poète enivré enfin qu'il avoue avoir été dès son adolescence et être au fond demeuré toujours. « Ce qui marque ma différence avec les niais importants..., c'est que je n'ai jamais cru que la société me dût la moindre chose. Helvétius me sauva de cette énorme sottise. La société paie les services qu'elle voit. » Helvétius soit ! mais plus sûrementencore le fonds de sagesse et de modération dont l'ont impré-
STBNDUAL &»
gné sa bonne nnissanceet son (Uiication hnmanistc et ('atlioli<(ue.
Coiilcnu et rrdiiit par <!c Imhi >riis el ces excellentes niduirs, épuré par le sel do l'esprit (il <n eut terriblement), le romanesque foncier de lîeyle ne p<)uira jamais rien t,'agner de Iroul)le; son lyrisme natif, sa fantaisie profonde ne réclameront jamais d'autre droit que de lui faire plaisir et de répandre sur les réalités humaines de beaucoup plus vives couleurs qu'elles n'en ont pour les autres hommes; c'est un feu qui sait devoir brûler en vain et se dépenser uniquement en créations charmantes.
Sur ce l'omis poétique de Stendhal, si particulier et plus facile à sentir qu'à définir, voici, dans la Via île Henri. Ilrulard, quelques formiil<'s expressives :
.1 étais. <lans les ruos de Paris, un rêveur pas- ^iomié, regardant le ciel el toujours sur le point li'ôlrc écrasé par un cabriolet. En un moi, je n'élnis point lidhilr (lu.r rhogrs de la vie... J'étais un «>lre con- >lainnicnl, profondément ému et ne songeant jamais •pie dans de rares moments de colère à empêcher notre hôtesse de me voler trois sous sur les falounlfs... Je voyais ce beau lac s'étendre sous mes yeux, le' son- de Ih cloche était une ravissante musique qui aecouipagnait mes idées en leur donnant une physiouomir sublime. Là, ce me semble, a été
tiO PORTRAITS ET DISCUSSIONS
mon approche la plus voisine du bonheur parfait... Je crois voir que ce qui me défendait du mauvais goût d'admirer Delille, c'était cette doctrine intérieure fondée sur le vrai plaisir, plaisir profond, réfléchi, allant jusqu'au bonheur, que m'avaient donné Cervantes, Shakespeare, Corneille, Arioste, et une haine pour le puéril de Voltaire et de son école.
Il faudrait, symétriquement à ces passages, en extraire tout un ensemble d'autres où s'expriment la passion et la force intellectuelles de cet être de sentiment; ainsi, sa reconnaissance à Condillac, à Helvétius, à Tracy de lui avoir constitué une philosophie et une méthode générales, ou bien encore ses flétrissures contre le professeur de mathématiques qui lui enseigne les formules algébriques sans les raisonner, sa méditation pour comprendre comment moins par moins donne plus... Je signale particulièrement ces endroits à tels et tels littérateurs, mieux pourvus de gentillesses que de connaissances, et qui se croient, à trop peu de frais, disciples de Stendhal à cause de leur prédilection pour certains marivaudages psychologiques. Ils verront combien cet esprit si fin était robuste et carré de base et ce qu'il y avait de dessous solides dans ses finesses. Ils verront tout cela dans cette Vie de Henri Brulard, d'une étonnante richesse, et oîi nous saisissons Stendhal, si j'ose dire, par
HTRNDiUL l!l
les (Jeux bouts du lil : l'idéologie (au sens condillacien d'analyse des idées, des étals psychologiques) et le lyrisme, ces deux opposés se rencontra ni et trouvant leur application commune dans la chasse de Stendhal contre le faux dans les sentiments. •
Ouede points j'aimerais toucher encore .o [)ropos de cet!»' autobiographie, notamment celui de ranticléricalisme de Stendhal qui nous parai! si incompréhensible aujourd'hui \ Mais celle belle publiralion va continuer, et l'occasion se retrouvera.
EUGENE FROMENTIiN
hes Lettres de jeunesse de Fromentin, auront- ^lles ce qu'on nomme du succès ? C'est selon qu'on le prend. Fromentin est le moins populaire des écrivains célèbres. Mais, en revanche, c'est un de ceux dont la réputation regagne en durée ce qu'elle ne possède pas en étendue. Si Fromentin n'a jamais eu le public, il a toujours eu un public très fervent. Son fameux roman, Dominique, publié au temps des triomphes d'Octave Feuillet, n'eut en comparaison qu'un tirage ridicule. Mais, aujourd'hui, on ne lit plus guère Feuillet, et Dominique n'a pas cessé de moissonner sur chaque génération nouvelle son contingent choisi d'admirateurs et de fidèles. Les Lettres de jeunesse rencontreront la curiosité la plus empressée auprès de ces amis de Dominique. Ils les ouvriront avec l'espoir d'y trouver la clé du livre qui les séduit. Dominiquen étant
KUGJiNE FROIMENTIN «S
visiblement qu'une 'autobiographie romaDcée, on voudra savoir ce que furent, dans la réalité, l'aventure, les expériences, les erreurs, les fautes, les soullVîïnccs dont l'auteur ne nous a pas proposé seulement le récil et l'analyse, mais doût il a prétendu aussi, élevant ses pensées très haut au-dessus de sa propre histoire, exprimer Ja lt'<on morale et la philosophie.
Sans doute, les lettres qu'on nous donne ne vont que de la seizième h la vingt-huitième année de l''romenliii. Mais c'est assez pour qu'elles nous apportent loutes les données de biograplùe intime que nous souhaitons. Car si Je héros de Doniiniijue nous est présenté dans le plein â^ mùr, entre quarante et cinquante ans, il y a longtemps que, dans sa propre pensée et selon sa propre volonté, sa carrière est finie. Revenu des ambitions de sa jeunesse qui poursuivit à la fois, et un peu confusément, à J'en croire lui-môme, la gloire politique, la gloire littéraire et l'amour, ayant reconnu, à ce qu'il dit, la disproportion , des oi)j<*ls de son désir avec la puissance réelle de «a nature, il s'est retiré àla campagne, il s'est marié ^ans passion, il est maire de son village. SeusibJe à.oe que tout le monde appellera dans les conditions de «on existence nouvelle de solides «lémcnts de bonheur, à la noblesse, au charme cl à la fidélité de sa femme, à la heJle
croissance de ses enfants, à la prospérité morale et matérielle de sa maison, il demeure bien plus profondément sensible encore à la sagesse de son renoncement et au mérite d'un homme qui a su se juger comme il l'a fait. 11 y pense et quand il trouve un confident digne de l'entendre, il s'en explique sur un ton de fermeté satisfaite qui détonne un peu avec cet épanchement qui est en lui-même une faiblesse. On y soupçonne quelque affectation. Autant dire que du fond de sa retraite le regard intérieur de Dominique ne cesse guère de s'attacher aux mirages de ses jeunes années et que, pour ce vaincu, fier de la décision et de la lucidité avec laquelle il souscrit à sa défaite, la saveur, l'intérêt, la volupté de la vie s'attachent principalement, faute d'une impossible victoire, à cette défaite elle-même. Ce converti n'aime que son ancien péché. Je viens de relire, après quinze ans, ce livre qui fit jadis mes délices. J'ai trouvé la sagesse de Dominique bien amère au fond, et, pour de la sagesse, bien dénuée de simplicité et de vraie tranquillité. Est-ce parce que je l'ai relu à la lumière de cesZ/e^^/'e5,qui nous font connaître, avec bien plus de précision et de franchise que le roman, la nature des illusions et des chimères qui abusèrent la jeunesse de l'auteur etqui n'étaient pas, à vrai dire, disproportionnées seulement aux
RL'G^;NB FROMENTIN «S
facultés (Kuii individu, mais dis|)ro[)orlionnées ù riiumanité clIo-inOmc. On rcvienl assez aisément tl sans trop de douleur de l'erreur que l'on a pu coniinellre sur ses propres talents. On revient, on guérit à ^rand'pcine d'une fausse conception de la vie (jui a séduit profondément l'imagination rt la sensibilité. De seize à ving-huit ans, le cœur (l'Kugène Fromentin s'était imprégné h fond de la rt''vcric et do l'épifurisme romanti«jues.
Ses lettres, que M. Paul Blanchon, leur éditeur, a encadrées dans une bonne notice biographique, intéresseront il d'autres points de vue. On y assistera à l'éveil de la vocation du peintre, à ses études, à son développement. Mais Fromentin, comme peintre, n'est-il pas un peu ouf)lié? Il est bien certain que neuf lecteurs sur dix ne chercheront dans ce recueil que l'auteur de Dominique. C'est à quoi je me bornerai. .
Né à la nociielle, en 1820, Fromentin appartient, nous dit Paul Ulanchon, à une « génération infortunée ». Si l'on songe que cette génération eut vingt cinq ans aux environs de iS/jH, on conviendra que son lot ne fut pas heureux. Toutes les utopies politiques, sociales, religieuses, sentimentales, esthétiques du siècle étaient élabo-
€6 PORTRAITS ET ©ISiCUSSIONS
rées, atteignaient leur é;panouis&eraent, effectuaient, pour ainsi dire, leiur jonction, taadis qu'elle-jaaème arrivait à l'âge où la réceptivité et la iplasticité de l'esprit sont le plus grandes. Elle était comme condamnée à mettre sa ^confiance et «a l.©i dans les promesses du romantisme. Et, .d'autre part, celles-ci, précisément, parce^ qu'eliles touckaient à l'apogée de leur crédit, se trouvaient à la veille de la faillite. Les folies delà République de 1848, la double expérience des journées de juinetdu coup d'Etat jugèrent cruellement les inventions du romantisme politique et social. Il faut croire, d'après l'Education sentimentale àç; Flaubert, ouvrage si pénible à lire^ mais de la plus grande importance historique^ que ce fut aussi le moment où tout ce que la cobtagion de la poésie romantique avait fini par susciter de rêveurs à nacelles dans la jeune bourgeoisie française, éprouva delà vie des mécomptes décisifs. Ces prétendants à une félicité à la fois céle&te et facile, divine et paresseuse^ retombèrent par terre. Mais il ne purent plus y marcher. Ils ne surent que s'y traîner. Quelquesuns ide mes lecteurs se rappellent de quoi parle,, à quelles joies fait allusion lehéros deFlaubeiit, Frédéric Moreau, quand, après de mornes années gâ^ekées en vains essais -d'être heureux^ il dit à son âimi, en lui montrant certaine laaterne :
EUCiKMi FROMENTIN 07
« Vo\\h ce que nous avons eu de meilleur. » Ivl ils se (ieiuancleronl ^eut-ôlre comiuettt je p>«is comparer le hrrosde Fromcnliu ù uu pcrsoiinai^ dcfeccadu à une telle dépression. (ierLes, il gij est de Dominique comparé à PVédéric Moreau, comme il en est de Fromentin par rapport à J'Uaubert : c'est une nature inliniment plus distinguée, plus fine, c'est un homme inliniment plus iutelJigcut, une tête bien mieux nourrie. Mais, entre la morue el morose platitude délibérée de l'un et la culture de la mélancolie, où s'adonue l'autre^ il n'y a que d'aseez fortes nuances.
Les amis de jeunesse de Fromentin étaient des disciples enthousiastes el assez conl'us de Lamennais, de Pierre Leroux, de Louis Blanc, de (^)uinet. 11 ne Jes désapprouvait pas. Mais, à vrai dire, son esprit fin, vson goût délicat qui fut, dès l'origine, d'une parfaite pureté .dans le (lomaiae .de la peinture) demandaient des nourriturcis plus choisies et plus réservées que ne sont ces gros déclamateurs. Sainte-Ueuv€, le Sainte-Beuve de Wolupté et des Poésies de Joseph Ih'lofwe, tels furent :se« livres préflénës. 11 ae cessait de les relire, et nul n'a .si fidèlement que lui prolongé dans notre littérature ( ( Ite note particulière du premier Sainte-Beuve mélancolique et lyrique. A viagl-deux ans, il se peint liii-mèmo do ee< esprils <■ toujours
séduits par le mirage éblouissant des souvenirs et des espérances, et se faisant de la sorte un monde impossible en dehors de la réalité du temps et des choses, capables de tout entreprendre, incapables de rien poursuivre, aussi faibles contre eux-mêmes que contre les autres, peuplant ainsi leur vie de projets sans sagesse et de regrets sans fruits, ne vivant pas, mais se préparant à vivre, jusqu'à ce que leur imagination, mal alimentée, s'épuise de consomption, et que le hasard des circonstances les fasse échouer quelque part^ à trente ans, dans un coin médiocre, imprévu de la vie sociale. Je suis de ces esprits-là, moi aussi. » On le voit; au plaisir des délirantes espérances, des vains mirages, se mêle, voluptueux lui-même, le pressentiment delà défaite prochaine, de la lassitude définitive. Cela pourrait être signé d'Amaury, d'Obermann. Il dit ailleurs que, grâce à l'habitude du silence et de la solitude, « il acquit temporairement une personnalité toute-puissante. » On tirerait de ses lettres cent textes de même sens qui contiennent tout le plan d'existence de Dominique.
On sera naturellement curieux de trouver dans ce recueil de lettres l'état civil de cette
i;( «iLNE FROMENTIN 6»
<( Madeleine » de qui vient à Dominique tout ce <jue cet ouvrage a de beauté et qui est, certes,
(le premier ordn'. Comme son héros, Fromenliii avait seize ans quand il aima la jeune fille (|ui lui a servi de modèle. Elle était de deux ans plus î^gée que lui et épousa, non pas un « comte de Niôvres >», mais un contrôleur des contributions. Pendant les six à sept années que l'adolescent s'entretint et fut peut-être entretenu plus ou moins ingénument dans cette' passion mallieureuso, il semble avoir eu l'expérience de tout ce qu'il a peint. Madeleine mourut, et, dix ans après, Fromentin fit un mariage, dont lui seul eût pu nous dire si ce fut le mélancolique mariage do Dominique. Peu importe. Ce qui est important, c'est d'avoir une opinion sur la valeur littéraire et la qualité d'influence morale de ce livre, lu d'un [)etit nombre, mais dont pres- (jue tous les lecteui-s sont de ceux qui, par leur culture intellectuelle, comptent dans la société. Pour moi, Dominique m'inspire beaucoup de goiU ou une certaine antipathie, selon que je le considère du côté de l'héroïne ou du côté du héros. Il faut distinguer dans cette œuvre deux éléments: tout d'abord, une histoire ou un drame d'amour qui, comme conception et exécution, s'apparente à la Princesse de Clèves et aux in»Mil<Mii«»< parties de Feuillet. Le person-
nage de Madeleine, la gradation par laqiidle elle passe à l'égard de Dominique d'une camaraderie vive et à peine coquette à un énervement provocateur, et de là à la passion, par laquelle aussi la jeune fille devient femme et prend conscience à la fois de l'énergie de s<m amour et de la force de ses devoirs, tout cela est rendu avec un mélange de naturel et de romanesque, une sûreté et un frémissement tout poétique d'analyse qui expliquent et justifient la renommée supérieure de l'ouvrage. J^ n'insiste pas sur ce que tout le monde sait et sent. Toute cette partie du roman est d'un art aussi capiteux que pur.
Mais Dominique lui-même, tel qu'il est au moment oiù il raconte ce passé, l'esprit et l'intention dans lesquels il le raconte et les sentiments ipeut-être dans lesquels il l'a vécu, les leçons qu'il en tire, la conception qu'il a de luimême, de son devoir, de sa destinée, voilà .ce qud n':est ;guère supportable. J'en ai indiqué -les raisorus dans un rapide aperçu du personnage. Que ceux .qui, en conservant un meilleur scmvenir, trouveraient, que je l'ai traité avec quielque bnutalité, méditent sua' (îles propos comme^ les suivants : i« J'ai tiré de ma vîe, qui ne pouvait rien donner ;de ce qu'on (qui, on ?) espérait d'elle, Le seul acte qu'on n'en attendît pas, un
EtOÈNE FROMENTIN 71
acte de modestie, de prudence et de raison... I.< résultat de cette critique impartiale (de luim<^in«' fnito aussi m«MliO(li(fucnienl qu'une liquidalioM d'alTaircs, fut que j'étais un lionimc dislinfjué et médiocre. » (Juelle pose! et, au fond, que d'acidité! — Médiocre? et pourquoi ? parce qu'après avoir publié deux volumes de vers, qui eurent d'ailleiirs du succès, il ne s'estima pas poète. Il eut sons doute raison. Mais esl-on homme médiocre pour cela!' V^isiblemenl, Dominique identifie médiocrité comme homme et absence de dons supérieurs comme artiste. C'est un point de vue bien rétréci, qui sent de loin Chatterton et la migraine poétique de iKk). Grand poète ou rien!
De plus, remarquez que deux ordres de malheurs tout h fait différents concourent à déterminer cette retraite, cette bouderie définitive, grave et guindée dé Dominique. Il renonce aux ambitions de carrière. Et il est obligé de renoncer à l'amour de Madeleine. Ces deux déceptions sont contemporaines et le poussent à chercher refuge loin des orages parisiens, dans la maison natale, un peu comme une jeune femme infortunée se réfugie chez sa mère. Oue ces deux mobiles se soient fondus, comme il apparaît, en une seule impulsion de découragement ot de désespoir dans le conir de Dominiqtic.
72 PORTRAITS ET OISCUSSIONS
c'est possible. Mais est-ce l'indice d'une nature bien virile, d'une saine économie, d'une bonne distribution de l'âme ? Il ne le semble pas ! Et le voilà qui fait le stoïcien et le puritain !
Notez, enfin, entre cent traits du même genre, que Dominique passe son temps à couvrir les murs de son cabinet de figures géométriques, dont les transformations subtiles et très compliquées symbolisent au jour le jourles progrès de sa personne morale. Pour un homme qui « a donné sa démission de lui-môme », de quoi est-il donc occupé !