‹ Portraits et étudesChapitre 22 sur 28 · LEUR PRISON (1S · texte numérisé non relu

LEUR PRISON (1S

En 1610, sire Nicolas Vivien, maître des comptes, fonda pour quelques religieux, venus d'Italie, le couvent des Carmes, que les massacres de septembre ont rendu lugubrement célèbre. Yers 1797, un cbarpentier acquit â vil prix les bâtiments de ce monastère, et bientôt après le vendit aux Carmélites, qu'y établit madame de Soyecourt. Le père de cette noble dame, le comte de Soyecourt, avait été emprisonné aux Carmes avant de monter à Téchafaud. Durant quarante années, la pieuse fille babita la cellule qu'avait habitée son père, et restaura par la prière des lieux que des martyrs avaient déjà consacrés. Enfin, en 1840, madame de Soyecourt se sentant très-àgée, et craignant que les Carmélites ne pussent^ à cause de la modicité de leurs ressources, conserver après elle un aussi vaste local, consentit à le céder à l'archevêque de Paris, Mgr Affre. Elle espérait du moins que, placés sous la protection de l'autorité diocésaine, ces bâtiments, où elle laissait une partie de son cœur, seraient préservés de la ruine où sont disparus à Paris tant de monuments, tant d'édifices, et,

avec eux, tant de souvenirs, tant de légendes. Ses prévisions n'ont pas été trompées.

Le couvent des Carmes reste aujourd'hui ce qu'il était au commencement du dix-septième siècle. Ce sont les mêmes bâtiments, d'une austère et lourde architecture, avec leurs cloîtres sombres, leurs corridors aux méandres multipliés, leurs cours, leurs préaux, leurs salles de chapitre, leurs oratoires, leurs doubles fenêtres aux châssis de plomb, à travers lesquelles ne pénètre qu'un demi-jour mystérieux. Au centre se trouve la chapelle publique, dont Marie de Médicis posa la première pierre, et où les artistes admirent une immense fresque qui représentiî le prophète Elie emporté sur un char de feu. L'aile gauche est habitée par des ecclésiastiques qui se préparent aux grades universitaires. Des Frères Prêcheurs occupent l'aile droite. C'est ainsi qu'avec le changement des siècles, ces vieux murs ont eux-mêmes changé d'habitants. Au lieu de la silencieuse mihce du Carmel, on y rencontre les fds de saint Dominique, qui, de là, se répandent à travers le monde pour le remuer de leur ardente parole, et déjeunes hommes qui prouvent assez par leur exemple que la science conspire avec la religion et non pas contre elle.

Toutefois, il faut l'avouer, ce qui préoccupe le plus l'esprit, lorsqu'on visite le couvent des Carmes, ce n'est pas le présent, c'est le passé, et le passé de la révolution.

On a souvent raconté comment cent quatre-vingts prêtres, et parmi eux M. Dulau, archevêque d'Arles, MM. de La Rochefoucaud, évêques de Saintes et de

Beauvais, furent égorgés dans les jardins et les dépendances du monastère. Leur sang y rougit encore les dalles où vient s'agenouiller, à chaque anniversaire, la foule des tidèles recueillie. Mais il semble que M, de Lamartine ait le premier fouillé le secret des cellules, converties en cachots pendant la Terreur, et exhumé les inscriptions murales où les prisonniers avaient consigné leurs pensées suprêmes. La visite de l'une de ces cellules, entre autres, a suggéré à l'illustre poëte quelques-unes des pages les plus pathétiques de son Histoire des Girondins. Depuis lors, cette cellule est connue, au couvent des Carmes, sous le nom de chambre des Girondins, Voici la description qu'en a donnée M. de Lamartine : « Quand le procès des Girondins fut décidé, on resserra encore leur captivité. On les enferma, pour quelques jours , dans l'immense maison des Carmes de la rue de Vaugirard, monastère converti en prison et rendu sinistre par les souvenirs et par les traces du sang des massacres de septembre. Les étages inférieurs remplis de détenus ne laissaient aux Girondins qu'un étroit espace sous les toits de l'ancien couvent, composé d'un corridor obscur et de trois cellules basses , ouvrant les unes sur les autres, et semblables aux plombs de Venise. Un escalier dérobé, dans un angle du bâtiment , montait de la cour dans ces combles. On avait pratiqué sur cet escalier plusieurs guichets. Une seule porte massive et ferrée donnait accès dans ces cachots. Fermée depuis 1793, cette porte, qui s'est rouverte pour nous, nous a exhumé ces cellules et rendu l'image et les pensées des

LES GIKONDINS. 251

captifs aussi intactes que le jour où ils les quittèrent pour marcher à la mort. Aucun pas, aucune main , aucune insulte du temps n'y a effacé leurs vestiges. Les traces écrites des proscrits de tous les autres partis de la république s'y trouvent confondues avec celles des Girondins. Les noms des amis et des ennemis, des bourreaux et des victimes, y sont accolés

sur le même pan de mur

c( Les murailles et le plafond de ces chambres, recouverts d'un ciment grossier, offraient aux détenus, au lieu du papier dont on venait de les priver depuis leur translation, des pages lapidaires, sur lesquelles ils pouvaient graver leurs dernières pensées à la pointe de leur couteau ou les écrire avec le pinceau. Ces pensées, généralement exprimées en maximes brèves et proverbiales, ou en vers latins, langue immortelle, couvrent encore aujourd'hui ce ciment, et font de ces murailles le dernier entretien et la suprême confidence des Girondins. Presque toutes écrites avec du sang, elles en conservent encore la couleur. Aucune n'atteste un regret ou une faiblesse. Presque toutes sont un hymne à la constance, un défi à la mort, un appel à l'immortalité. Quelques noms de leurs persécuteurs s'y trouvent mêlés aux noms des Girondins. Ici on lit :

« Quand il n'a pu sauver la liberté de Rome, « Caton est libre encore et sait mourir en homnr.e.

u Ailleurs :

« Justum ac lenacem propositi virum « Non civium ardor prava juhentiuni,

« Non vultus inslanlis tyranni «■ Mente qualit solida.

(( Plus haut :

« Gui virtus non deest

« nie

« Nunquam omnino miser.

(( Plus bas :

« L.T vraie liberté est celle de l'Ame

c( A côté une inscription religieuse oii Ton croit reconnaître la main de Fauchet :

« Souvenez-vous que vous êtes appelés non pour causer et pour être oisifs, mais pour souffrir et pour travailler. »

( Imitation de J.-C.)

« Sur un pan de mur, un souvenir à un nom chéri, qu'on ne veut pas révéler même à la mort :

« Je meurs pour..

(MONTALEMBEnr.)

(( Sur la poutre :

« Dignum certe Beo spectaculum virum colluctantem « Gum aliqua calamitate.

c( Au-dessus :

(( Quels solides appuis dans le malheur suprême ! « J'ai pour moi mu vertu, l'équité, Dieu lui-même.

(i Au-dessous :

« Le jour n'est pas plus pur que le fond de mon cœur.

« En grosses lettres avec du sang , do la main de Vergniaud :

« Polius mori quam fœdari ^ »

Cette peinture si vraisemblable n'a point paru à tout le monde d'une irréprochable fidélité. Un écrivain qui s'est plu à rabaisser les Girondins autant que M. de Lamartine avait mis de complaisance à les exalter, M. Granier de Cassagnac, a prouvé jusqu'à révidence que jamais les députés de la Gironde ne furent détenus aux Carmes. « Nous n'argumenterons, pour établir ce fait, dit-il dans son Histoire du Directoire^ ni de ce que la cbambrette dont il s'agit ne saurait contenir les lits de plus de cinq ou six personnes, ni de ce que le nom d'aucun Girondin n'est écrit sur les muçs, ni de ce que rien au monde ne saurait faire attribuer à Vergniaud telle ou telle inscription, ni de ce que les dix-neuf vingtièmes de ces inscriptions sont évidemment de la même écriture. Nous montrerons que les Girondins ne furent jamais enfermés à la prison des Carmes, en traçant, à l'aide de documents authentiques, leur marche dans les prisons de Paris, depuis leur arrestation jusqu'à leur mort. »

Là-dessus, registres en main, M. Granier fait le relevé des écrous , d'où il résulte que les Girondins furent emprisonnés à l'Abbaye, à la Grande-Force, au Luxembourg, à la Conciergerie, partout ailleurs,

1 Histoire des Girondins^ t. VII, p. 13 et suiv.

en un mot, qu'au couvent des Carmes. Cette révision est démonstrative.

Nous avons voulu, à notre tour, visiter la chambre des Girondins, vérifier les assertions émises par M. de Lamartine, et, au lieu de signaler en gros « une indéchiffrable multitude d'inscriptions, d'initiales, de strophes, de pensées non achevées, qui attestent toutes l'intrépidité d'hommes stoïques, nourris de la moelle de l'antiquité, non dans l'espérance de la vie, mais dans la contemplation de la mort *; » dresser une liste authentique de ces inscriptions, avant que le temps ne les eût altérées ou effacées.

La chambre des Girondins est exactement la même qu'en 1793, avec ses deux larges fenêtres qui s'ouvrent sur la campagne, offrant de la sorte aux prisonniers l'image désolante delà hberté. Aucune main d'ailleurs n'a encore mutilé ni raturé la plupart des inscriptions qui recouvrent les murs. Elles sont là, toutes vivantes , et le sang dont on les a tracées a seul pris une teinte jaunâtre. Rien n'est plus aisé que de les lire. Pourquoi donc M. de Lamartine estil tombé dans les plus étranges méprises ?

Et d'abord, le passage de \ Imitation qu'il a noté n'est point sur les murailles de la chambre, mais audessus de la porte d'une cellule voisine. En outre, ce n'est pas la main de l'abbé Fauchet qu'on y tloit reconnaître, mais celle des Carmes eux-mêmes, qui aimaient à se mettre sous les yeux d'ascétiques sentences. C'est ainsi que sur l'imposte d'une autre cellule

^ Histoire des Girondins^ t, VII.

située dans le même corridor, on lit les paroles suivantes, traduites de saint Jean Chrysostome ;

Momenlum est qiiod delectat y jElernum quod crucial.

{Saint Jean Chrysostome.)

Par une erreur non moins singulière, M. de Lamartine attribue aux Girondins des vers signés de l'un de leurs délateurs, Destournelles. « Ministre de la police et autrefois employé à la Commune, Destournelles , dit M. Thiers, répéta ce qu'on savait, c'est que les Girondins avaient poursuivi la Commune, tonné contre les massacres, et voulu instituer une garde départementale ^ »

L'inscription cependant était nette, développée, et pour que rien n'y manquât, les compagnons de Destournelles l'avaient fait suivre de vers à sa louange , après qu'il eut été mis en liberté :

« Quisnam igitur liber? Sapiens^ sibîqiie imperiosus, Quem ncque paupertas^ neque morsj neque vincula terrent, »

{Horatius.)

« L'homme, en eflfet, quel est-il? C'est le sage, Celui qui se combat lui-même avec courage. Qui sait, inaccessible à toute ambition, Borner au bien public sa noble passion ; Qui i"uit des voluptés l'amorce dangereuse, Qui possède en tout temps son âme généreuse, Et qui, capable enfin du plus sublime effort. Ne craint la pauvreté, ni les fers, ni la mort. Tel, n'ayant pu sauver la liberté de Rome, Caton est libre encor et sait mourir en homme. » Destournelles.

* Histoire de la Révolution française, t. V, p. 397.

A Destournelles, mis en liberté le 19 thermidor ;

« Il échape [sic) à la fin au sort le plus funeste; Il n'est plus avec nous, mais son esprit nous reste. »

« Ses vertus intéressent ses amis; elles ont même le droit de servir d'exemple aux autres hommes. »

« Buvons à sa santé, à sa santé ; buvons à sa santé, à sa santé. » (Par ses camarades de chambre.)

Le nom de Destournelles est même le seul qui se trouve écrit sur les murs de la chambre. Aucune trace de la signature de Vergniaud au bas des mots :

« Potius mori quam J'œdari. »

Aucune trace non plus de cette inscription commencée :

« Je meurs pour. .. »

(MONTALEMBERI.j

D'autre part, au contraire, un grand nombre d'inscriptions ont été omises, que nous reproduisons ici dans leur entier.

Quelques-unes consistent en des invocation banales à la république et à la patrie :

« A tous les cœurs bien nés que la patrie est chère. » « Dîdce est et décorum pro patvia mori. »

« Jamais un fils respectueux

Ne murmura contre sa mère; Tel un républicain loyal et généreux, Sans se plaindre, subit la loi la plus sévère. »

c( La liberté ou la mort. »

(( Le vrai républicain fuit un lâche repos, Jamais pour son égal ne sent l'idolâtrie; 11 respecte le sage, honore le héros, Et n'adore après Dieu que la seule patrie. »

Beaucoup d'inscriptions contiennent des lieux communs de stoïcisme, des protestations d'innocence ou des professions de foi :

« Sage, tranquille, courageuse,

Sait comme il faut souffrir d'une vie orageuse Le flux et le reflux. »

PROFESSION DE FOI RELIGIErjSE ET POLITIQUE.

« Ne croyons point l'impie et l'erreur téméraire, Ainsi que la vertu, le crime a son salaire. Le juste dans son cœur goûte un plaisir touchant; Tous les moments pour lui s'écoulent pleins de charmes,

Le remords, les alarmes

Déchirent le méchant.

Le juste est le mortel vaillant et secourable Qui nourrit, qui défend, éclaire son semblable ; Qui du bonheur public fait son plus doux plaisir : Quand le devoir commande, il voit la mort sans crainte,

Et pour l'amitié sainte ^

Il sait aussi périr.

Mais le mortel pervers est le dur égoïste Qui méprise la loi, qui toujours lui résiste, Qui d'un frère souffrant n'entend jamais la voix, Qui fait d'un vil trésor sa passion chérie,

Le traître à sa patrie,

Le lâche ami des rois. »

t38 LES GIRONDINS.

« Orandum est ut sit mens sana in corpore sano. Fortem posée animum et mortis terrore carentem, Qui niliil ïnvideat, qui vilem nesciat iram. »

« Bannis toute idée importune, Sois grand, sois homme dans les fers; Il n'est que d'une âme commune De s'affaiblir dans les revers.

« Fais face au malheur qui t'opprime ; Une espérance légitime Doit te munir contre le sort.

L'air siffle; une aflfreuse tempête Aujourd'hui menace ta tête, Demain tu seras dans le port.

« Peuple ! hais la calomnie !

Les criminels attentats Des plus paisibles États Troublent l'heureuse harmonie.

« La fureur de sang avide Poursuit partout l'innocent !

Peuple ! prends soin de l'absent Contre sa langue homicide.

« De ce monstre si farouche Ah ! crains la feinte douceur !

La vengeance est dans son cœur Et la pitié dans sa bouche I

« La fraude adroite et subtile Sème de fleurs son chemin ; Mais sur ses pas vient enfin Le repentir inutile.

a lo non son reo, non Iq saro mai, »

« Fay que doy, advienne que peut. »

« Je laisse à des enfants et les cris et les pleurs, Homme, je sais en homme endurer les malheurs. »

« Rébus in adversis facile est contemnere vitam. Fortiter ille facit, qui miser esse potest. )>

« Celui dont toute la vie Fut conforme à la vertu Peut être atteint par l'envie, Mais n'en est point abattu.

Peuple, souverain auguste, Dans ton arrêt toujours juste Son ferme espoir est remis ; Ses jours sont ta propre cause, Et c'est toi seul qu'il oppose A ses cruels ennemis. »

« Levius fit patientia

quod corrigere est nefas. »

« Examinez ma vie, et voyez qui je suis. »

« Ponamus nimios gemitus ; fragrantior œquo Non débet dolor esse viri, nec vulnere major. Non omnis moriar. »

« Pour l'homme qui de sa patrie

Fut le défenseur généreux,

Ah ! de cette mère chérie

Sans doute un soupçon est affreux,

Mais dans ce revers funeste.

Alors que la vertu te reste,

Ne cède point à la douleur; Ton calomniateur infâme, Dont le remords déchire l'âme, Bien plus que toi sent le malheur!

c( Ni le lâche tyran, ni son complice infâme Ne goûtera jamais le plus léger repos.

Moi, jusque dans les fers je sens la paix de l'âme, Et le sommeil sur moi verse tous ses pavots. »

« Summum crede nefas animam prxferre pudoru »

a Prends toujours la justice pour guide. »

« Ne violez jamais les lois, »

« Qu'es-tu sans le courage, infortuné mortel ? En cédant au malheur, lu le rends plus cruel. L'esclave vainement lutte contre sa chaîne; L'intrépide la porte et le lâche la traîne. »

DEVOIRS DU RÉrUBLICAlN.

« Apprends de quel amour on doit chérir son père, Son ami, son épouse, et son tils et son frère; Quel entier dévouement tous les jours à l'État Doivent le sénateur, le juge, le soldat. Apprends qu'au peuple seul est le pouvoir suprême. Qu'il faut à son bonheur immoler le sien même ; Et tu pourras alors, utile citoyen.

Être de ton pays la gloire et le soutien. »

« Hic vivile fortes

Fortîaqiie adversis opponite pectora rébus.

« S'il est un seul objet que la Divinité

Honore parmi nous de son regard auguste,

C'est toi, c'est toi sans doute, homme intrépide et juste,

Lorsque ton âme utte avec l'adversité.

On le soupçonne à tort ; souffre et rappelle-toi Que le salut du peuple est la suprême loi.

« Toi, (le qui la vertu ne fut jamais ternie, Au comble du malheur conserve un front serein; Sois libre dans les fers, brave la calomnie, Contre elle une âme pure est un rempart d'airain.

« Fort de sa conscience en cette affreuse enceinte, Le juste craint l'erreur et n'a pas d'autre crainte.

« Veux-tu de leurs forfaits châtier les tyrans? Dieu juste, qu'à leurs yeux la vertu présentée Brille de tout l'éclat de ses attraits charmants; Les lâches frémiront de l'avoir désertée.

« Far le moindre malheur le crime est abattu : La vertu dans les fers est toujours la vertu. »

Un petit nombre d'inscriptions enfin expriment ou l'espérance ou la colère :

« L'espérance consolante D'un plus heureux avenir De ta douleur accablante Doit chasser le souvenir.

.... Le dernier désastre De ton malheureux astre.

(( L'inimitié

Calme ton âme inquiète, Némésis est satisfaite.

Ton tribut est payé. »

« Sperat infestis, mctuit secundis Alteram sortem bene preparatum Pectus »

« Aon sï maie mine et olim Sic erit. »

« Félicité passée, Mais qui peut revenir, Reste dans ma pensée Et charme-la du moins par ton doux souvenir. »

a L'astre du jour plus éclatant S'élance en perçant le nuage.

Telle, obscurcie un seul instant, La vertu brille davantage. »

« Dum vivo spero.

Nos passi jam dura dabit »

rt Vit son crime et sa mort.

Les pas de ce traître,

Tremble et vois dans ce trait nos serments et ton sort. »

Quels sont les auteurs de ces inscriptions? Les compagnons de Destournelles, les amis de Camille Desmoulins et de Danton , ceux-là qui précipitèrent les Girondins avant d'être eux-mêmes précipités, mais non pas les Girondins. Un peu d'attention aurait suffi à M. de Lamartine pour s'en convaincre. Malheureusement son siège était fait. Il lui importait, avant tout, de glorifier les Girondins, de les placer sur un piédestal comme autant de statues du patriotisme, d'attiser le feu des passions démocratiques. Par conséquent , n'était-ce point une bonne fortune que de rencontrer ces maximes stoïques et républicaines? N'y avait-il pas là une occasion naturelle à ces déclamations harmonieuses, colorées, brillantées,

qui prennent la multitude par les oreilles et par les yeux, et la font se ruer au hasard, à peu près de même que le taureau s'émeut dans l'arène à la vue des lambeaux de pourpre qu'on agite devant lui? Cependant, nous n'hésiterons pas à le déclarer : si nous avons profondément gémi en songeant à la mort violente de ceux qui ont gravé sur les murs des Carmes les inscriptions que nous avons rapportées, si nous avons déploré leur sort, ces inscriptions ellesmêmes nous ont laissé parfaitement froid. En effet, à part quelques déchirantes paroles , cris de l'âme qui s'attache à la vie, qu'offrent- elles autre chose qu'enflure et rhétorique? Et ces passages de Sénèque, d'Horace, de Virgile, de Bertaut, de Racine, de Voltaire, cités ou rappelés, ne témoignent- ils pas tristement du génie de cette société tourmentée, excessive, ambitieuse, dont Rousseau fut le grand prêtre et Robespierre le sacrificateur? C'est le paganisme dans les sentiments, le délire dans les idées, l'utopie souvent, l'hypocrisie quelquefois, dans la politique. Il n'y a rien là en vérité qui nous touche ou qui nous séduise.

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