LA DUCHESSE DE BERRY
(ELISABETH d'ORLÉANS)
Rien ne fut plus éhonté que la vie de cette malheureuse princesse, fille du Régent , épouse et puis veuve du petit-fils de Louis XIV; rien ne paraît mieux démontré que sa conversion , fruit admirable de la foi qui était restée au fond de son âme. Au milieu de ses funestes plaisirs le remords perçait sa conscience; elle courait s'enfermer aux carmélites, elle prenait part à leurs orai-
sons et à leurs pénitences, elle édifiait ces saintes filles qui ne savaient pas qu'à peine franchi le seuil de sainte Thérèse, la duchesse reprendra ses folies, ses bals masqués, ses soupers, où les excès de vin s'accordaient avec les excès de parole. Sa vie devait être courte , et un secret pressentiment l'avertissait, dernière grâce du Seigneur à laquelle cette âme emportée obéit. Massillon faisait entendre à la duchesse des paroles sévères; le carême de 4717 réveilla de plus en plus cette conscience alarmée, elle fit une longue retraite aux carmélites et communia avec la plus vive ferveur; elle se rapprocha de sa mère, avec laquelle elle vivait fort mal, et lui rendit des soins attentifs , et pendant une maladie grave que fit la duchesse d'Orléans , « sa fille la soigna avec tout le zèle d'une sœur grise. » Ce sont les expressions de Madame, qui , pendant longtemps , n'avait pas voulu recevoir la duchesse de Berry; elle ajoute : « Ma petite- fille, la duchesse de Berry, se conduit fort bien avec moi; elle n'oublie rien pour me témoigner son afi'ection ; aussi je l'aime sincèrement... Elle manifeste un retour vers la religion et du dégoût pour le vice. J'espère que Dieu aura pitié d'elle et lui fera la grâce d'une conversion sincère. »
Cette conversion était véritable et durable ainsi que l'a démontré une femme du plus haut mérite, Mme de Marceny '. La duchesse se réconcilia, en faisant des avances, avec toutes les personnes qui avaient eu à se plaindre d'elle, disant « qu'elle ne voulait plus avoir au cœur de haine contre personne* ». Cette réconciliation, vraiment généreuse, persuadait Mm« de Maintenon, très incrédule jusqu'alors quand on lui parlait de la piété croissante de la duchesse. Et pourtant cette âme était si profondément gâtée, qu'elle retomba encore et reprit la voie des plaisirs; mais il demeura des lueurs de repentir qui devinrent
' Massillon, duus le Contemporain.
' Dan<(cau.
à la dernière heure des flammes où la pécheresse se purifia. Cette dernière heure était bien proche. Au mois de mai 1718, la duchesse se rendit au château de la Muette; elle y tomba gravement malade. Des douleurs aiguës exerçaient son courage, elle reçut deux fois le saint viatique avec de vifs sentiments de foi; elle répétait, au témoignage de Madame, a qu'elle mourait sans regret, puisqu'elle était réconciliée avec Dieu; que, si sa vie se prolongeait encore, elle pourrait bien l'otîenser de nouveau. j> Dieu lui accorda la grâce de mourir dans ces sentiments et d'échapper aux dangers qu'elle appréciait si bien. Elle était âgée de trente ans. Un mariage secret l'avait unie au chevaher de Riom.