LA PRINCESSE DE CONDE
Elle était fille d'Urbain de Maillé-Brézé et de Nicole du Plessis, seconde sœur du cardinal de Richelieu. Elle épousa le prince de Gondé, qui délaissa pour elle la belle Marthe du Vigean, dont il était aimé, et qui se fit carmélite. La jeune princesse montra, durant les troubles de la Fronde, un grand dévouement à son mari; elle se plaignait qu'on ne la tint pas au courant des afi'aires et des périls qu'il pouvait courir. Elle jura, d'après le rapport d'un fidèle ami du prince, a qu'elle le suivrait partout, même aux armées, et qu'elle voulait braver tous les périls pour se montrer digne de l'honneur qu'elle avait eu d'épouser le premier prince du sang, d'un aussi grand mérite et d'une vertu aussi extraordinaire que l'était Monsieur son mari \ » Elle tint parole en soulevant pour les Frondeurs
* Saint-Aulaire, Ilisloire de la Fronde.
tous les amis, les serviteurs de sa maison, et, lorsqu'ils furent mis au donjon de Vincennes, elle se présenta devant le Parlement de Bordeaux, tenant par la main son jeune fils, le duc d'Enghien, et, fondant en larmes, à genoux, elle requit la protection des magistrats pour sa famille affligée. L'enfant, mettant aussi un genou en terre, dit : « Servez-moi de père. Messieurs, le cardinal Mazarin m'a ôté le mien I »
Ce spectacle émut en faveur de Gondé et lui acquit toute la province de Guyenne, mécontente d'ailleurs du mauvais gouvernement du duc d'Épernon. La princesse continua de travailler pour son mari. Elle avait épousé toutes ses vues; elle le seconda dans toute sa rébellion, jusqu'à demander en sa faveur les secours de l'Espagne; elle montra dans cette guerre une passion conjugale qui rend inexplicable la fin de son histoire. On la trouvait compatissante comme une femme, intrépide, éloquente, et la ville de Bordeaux lui était toute acquise. Voici en quels termes parle d'elle Fluet, l'ami et le serviteur de la maison de Gondé : « Glémence de Maillé quittait Bordeaux la paix faite, après une guerre de quatre mois, sans avoir endetté sa maison. Elle avait donné le mouvement, par sa fermeté et celle de ses amis, à tout ce qu'on vit éclore en ce royaume, en faveur des princes prisonniers. Elle avait gagné l'atîection d'une des premières villes de France et celle de toute l'Europe, qui vit faire, avec étonnement, à une jeune princesse sans expérience, tout ce que la prudence la plus consommée et la hardiesse la plus déterminée auraient pu entreprendre. Enfin, elle avait conquis l'amitié de Monsieur, son mari, qui ne l'aurait jamais crue capable de lui rendre de tels services ^ »
Comment arrive-t-il qu'une union consacrée par un tel dévouement et de si étonnants services, bénie par la naisgance de plusieurs enfants, se vît rompue à l'âge où les
* Histoire de la Fromlc.
passions se calment et où les cœurs des époux se reposent dans les souvenirs du passé et dans les perspectives d'avenir de leurs rejetons?... Vingt ans après la fin de la Fronde, Condé se sépara de sa femme; il l'envoya dans la forteresse de Châtcauroux ad multos annos, dit M^e de Sévigné '; et il est à craindre que la malheureuse Clémence de Maillé n'ait fini ses jours dans cette prison. On ne trouve plus de détails sur elle à dater de cette année 1G7G.