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LA PRINCESSE DE CONTI

(ANNE MARTINOZZl)

Le frère de Condé avait pris lui aussi une part très active à la Fronde; il voulut faire complètement sa paix avec le cardinal Mazarin et lui demanda la main d'une de ses nièces. Anne Mnrtinozzi devint ainsi princesse du sang; elle ne ressemblait pas à ses belles et brillantes cousines, ni à l'ambitieuse Marie de Mancini, ni à la spirituelle et dangereuse comtesse de Soissons, ni à la coquette et fastueuse Hortense, duchesse de la Meilleraye; elle était simple, pieuse et pleine de droiture. Elle rétablit l'ordre dans la maison de son mari; à force d'économie et de privations personnelles elle vint à bout de payer les dettes dont la fortune du prince était chargée, et sa vie se passa dans l'obscurité, le silence et les bonnes œuvres. On n'a pu lui reprocher qu'une tendance prononcée vers le jansénisme.

Nous ne parlerons pas des autres princesses de Conti, petites-filles légitimées de Louis XIV; elles furent éblouies par l'éclat de leur naissance, entraînées dans le luxe, la dissipation , et donnèrent autour d'elles de fâcheux exemples.

L'histoire de ces femmes élevées si haut sur le trône ou sur ses degrés fait voir éloquemment la vanité des grandeurs et de la fortune. Aucune d'elles ne fut heureuse; les peines du cœur, les infirmités du corps, les

désenchantements de toute espèce les atteignirent; aucune ne fut ménagée; on ne voit, en lisant leur histoire, que deuils, larmes, poignantes épines cachées sous la pourpre et le diadème. Quelle épouse voudrait changer sa destinée avec celle de Marie-Thérèse ou de la Dauphine ou d'Henriette d'Angleterre? qui voudrait affronter le délaissement, les soupçons jaloux, les railleries du monde et ses calomnies, même au prix d'une couronne ? Mats la piété est utile d tout; elle a consolé celles qui, dans leurs angoisses, se tournaient vers Dieu, et en les détachant des choses périssables, elle leur a fait voir la joie qui ne passe pas, elle les a consolées du trône et de cette élévation où l'on ne peut avoir la liberté de cacher ses peines.

Toute lecture de l'Histoire mène à cette conclusion : Dieu est la voie; en s'éloignant de lui, on va aux abîmes; il est la vérité; en cessant de l'écouter, rois et nations retournent à l'état barbare; il est la vie, et les peuples, ainsi que les particuliers, se dessèchent et languissent lorsqu'ils ne s'attachent plus à Lui.

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