MARIE-THÉRÈSE
Figure intéressante et douce que celle de Marie -Thérèse, dernier rejeton de la race des Habsbourg, héritière de l'Autriche, de la Hongrie, de ces vastes États qui confinent à la Turquie et à la Prusse, qui renferment des peuples orientaux et des nations de pur sang germanique, couronnée à l'âge de vingt ans, guerroyant pendant une grande partie de sa vie, et portant sur le trône, parmi le souverain pouvoir, les vertus des plus humbles femmes, appuyées sur la religion la plus solide; figure royale, en contraste toujours avec une autre impératrice, avec Catherine H, qui portait la couronne des tzars, dont l'élévation fut due au meurtre et qui passa sa longue existence dans les intrigues politiques, les honteuses galanteries et l'athéisme, décoré du nom de philosophie.
Marie-Thérèse était fille et unique enfant de fempereur Charles VI; elle épousa, à l'âge de dix-neuf ans (1736), le duc François de Lorraine, qu'elle aima jusqu'à son dernier souffle, et qui lui apportait, à défaut de vastes États, la gloire qui s'attache à l'antique maison des Guises. Après la mort de son père, elle prit possession des États héréditaires de sa famille; mais aussitôt elle se trouva en opposition avec l'électeur de Bavière, Charles- Albert, qui, en vertu d'un testament de Ferdinand 1er, son aïeul,
réclamaii pour son héritage la Bohême et l'Autriche. La France soutenait ses prétentions. Marie-Thérèse eut l'appui de la Russie, de la Hollande et de l'Angleterre; elle réclama aussi le concours de Frédéric II, roi de Prusse; mais il mit pour condition à son alliance que l'impératrice lui céderait la Silésie, et avant même que d'avoir reçu la réponse du cabinet de Vienne, il entra en campagne pour s'en emparer. Indignée, Marie-Thérèse rejeta sa demande, mais son armée fut vaincue à Mollwitz, le 10 avril 1741. Déjà tous les descendants des princes autrichiens, le roi d'Espagne, le roi de Sardaigne, le roi de Pologne, se disputaient le partage de la monarchie autrichienne. Marie- Thérèse était seule; l'Angleterre, tenue en échec dans le Hanovre, ne pouvait venir à son secours; les Bavarois, les Saxons, les Français, les Prussiens menaçaient Vienne. Dans cette situation presque désespérée, la jeune souveraine convoqua une diète à Presbourg, et le 11 septembre 1741 elle y parut. Elle était belle dans ses habits de deuil , et touchante par ses malheurs et le courage de son âme; elle tenait dans ses bras son jeune fils Joseph, et, le montrant aux magnats hongrois, elle invoqua leur fidélité et leur secours : un souffle électrique courut dans cette assemblée, et à la vue de cette jeune reine, de cette jeune mère trahie par ses proches, abandonnée à ses ennemis, tous les nobles agitent leurs sabres recourbés, et crient : Moriamur pro rege nostro Maria-TJieresal a Mourons pour notre roi Marie-Thérèse I » Cette levée en masse délivre Vienne ; Passau, Linz, Munich ouvrent leurs portes aux Autrichiens. Marie-Thérèse abandonne la Silésie à Frédéric II et le détache de la ligue tramée contre elle ; l'Angleterre lui envoie deux millions de livres sterling pour soutenir sa cause; la duchesse de Marlborough et les plus nobles dames se dépouillent de leurs diamants et les lui envoient; le Ciel bénit ses armes, et après huit ans de guerre, le traité d'Aix-la-Chapelle permit à Marie- Thérèse de régner en paix.
MAHIE- THERESE
Une nouvelle ère s'ouvrit pour les pays soumis à son sceptre, et en Autriche, en Hongrie, en Belgique, le nom de Marie-Thérèse est resté un synonyme de justice, de bonheur et de paix. Elle fonda des hospices pour
t Mourons pour nulic lui Marie - Thérèse ! »
les vieux soldats et des écoles pour leurs enfants; elle mit l'ordre dans les finances; elle favorisa l'industrie, elle embellit Vienne, elle protégea les arts et les lettres, et elle donna l'exemple des vertus domestiques les plus touchantes. « Cette iamille impériale, disait Goethe, n'est
qu'une grande bourgeoisie allemande. » Marie-Thérèse vivait dans l'union la plus tendre avec son mari; elle présidait à l'éducation de ses nombreux enfants ; jamais cour ne fut plus hospitalière ni plus simple. Le soir la musique délassait l'impératrice des travaux et des soucis du jour, Gluck jouait du violoncelle, Métastase disait des vers, et ces simples amusements suffisaient à une princesse qui n'avait cherché ses plaisirs que dans les affections.
L'ambition de la Prusse était le point noir qui inquiétait ces années calmes et heureuses, et, comme Charlemagne, qui pleurait à la pensée des Normands et de leurs incursions futures, Marie-Thérèse redoutait l'ambition de ces princes, derniers venus dans le congrès des monarques européens, et plus avides que leurs frères de grandeur et de lucre. Elle écrivait : « Qu'on ne se laisse point séduire par les flatteries de la politique prussienne. Le roi ne s'en sert que pour atteindre son but; mais après l'avoir réalisé il fait toujours le contraire et ne tient jamais parole. Il en use de la sorte avec toutes les monarchies, à l'exception d'une seule dont il a peur, c'est la Russie. »
Un malheur dont elle ne put jamais se consoler vint frapper Marie-Thérèse au milieu d'une fôte: elle célébrait le mariage de son fils Léopold avec l'infante Marie-Louise d'Espagne, lorsque son époux lui fut enlevé par une mort subite (17G5). Marie-Thérèse perdait avec lui tout le bonheur de sa vie intime; elle ne quitta jamais le deuil; tous les jours elle allait prier sur le tombeau de cet époux chéri, près duquel elle avait préparé son dernier repos; elle fonda un chapitre de chanoinesses dont la fonction fut de prier toujours pour l'âme de François de Lorraine.
Elle fut arrachée à son deuil par de redoutables complications politiques. Les divisions intestines de la Pologne l'avaient affaiblie au dedans et avaient ruiné son ascendant au dehors; elle avait des voisins menaçants, Catherine II,