MARIE-THÉRÈSE
Frédéric II, qui ne cessaient de dénoncera l'Europe l'anarchie polonaise, et, sous prétexte de défendre ce pays contre lui-môme et de protéger sa constitution, les armées russe et prussienne campaient en Pologne. Frédéric II fît proposer à Catherine le partage de ce malheureux pays ; elle hésita d'abord, et finit par consentir, moyennant le consentement de l'Autriche.
Marie-Thérèse hésita plus longtemps que la tzarine, et par des motifs plus dignes de son âme; elle céda, mais ces mots inscrits sous sa signature, au bas de l'acte de ce partage inique, montrent combien il lui coûta : « Placet, placet, puisque tant d'hommes instruits, de savants, le veulent; mais longtemps après ma mort, on verra ce que nous amènera cette profanation de tout ce qui, jusqu'à présent, était juste et sacré. » — « J'ai honte de me laisser voir, » disait-elle à son ministre Kaunitz (1772).
L'impératrice survécut quinze ans à son mari; elle vit approcher sa fin avec le courage tranquille qui l'avait caractérisée; elle quitta la vie sans se plaindre et les grandeurs sans les regretter; elle mourut à Vienne, le 29 novembre 1780, à l'âge de soixante-trois ans. Sa fîn religieuse et paisible répondit à sa longue carrière, si pleine de vertus, et ses peuples divers qu'elle avait gouvernés avec tant de sagesse et de bonté lui firent, par leurs regrets, la plus belle des oraisons funèbres.
Avec elle descendit au tombeau le bonheur de l'Autriche; ses enfants furent malheureux : Joseph II mourut le cœur brisé par la révolte des provinces belgiques, Léopold II vécut dans des temps malheureux, et il mourut à temps pour ne pas voir sa sœur Marie -Antoinette monter sur l'échataud. Marie-Thérèse a laissé des lettres à Marie- Antoinette, lettres pleines de sens, de lumières et de bonté, et où il semble que la mère ait une vue prophétique du triste avenir réservé à sa fille. Marie- Christine, gouvernante des Pays-Bas, autre fille de Marie- Thérèse, ne connut que des revers, et Marie- Caroline,
femme de Ferdinand IV, roi de Naples, ne fut ni sage ni heureuse.
Maintenant encore, lorsqu'on veut citer une souveraine à la fois grande et vertueuse, on cite Marie -Thérèse.