CHARLOTTE STUART
Ceux qui ont lu Walter Scott se souviennent du premierné d'entre ses romans, et des trois charmants portraits qui en occupent le premier plan : Waverley, l'homme contemplatif, le rêveur, mêlé, par aventure, à des scènes agitées et sanglantes; le bouillant Mac-YvoT, noble jusque dans ses erreurs et sublime au moment du supplice; et enfin le prince, ce Stuart, ce prétendant, Charles-Edouard, pour qui l'Ecosse, la terre de ses ancêtres, se soulevait tout entière, et qui , dans une vie infortunée, eut au moins un éclair de gloire et d'enthousiasme, une couronne idéale, à défaut de celle que la politique lui refusa constamment. Malheureux comme tous les princes de sa race, Charles- Edouard, après des victoires sans résultat et sans durée, après être entré vainqueur à Edimbourg, après avoir écrasé dans les plaines de Preston-Pans les troupes anglaises, après avoir terrifié l'Angleterre à tel point qu'elle rappela toutes ses troupes qui défendaient la Flandre, subit à Culloden, le 27 avril 1746, une irrémédiable défaite; il dut fuir et cacher sa tète mise à prix; il erra dans les montagnes; il passa d'île en île, aux Orcades, mourant de faim, dévoré de fièvre, et le cœur déchiré par lès malheurs de ses partisans, sur lesquels le duc de Cumberland, le vaincu de Fontenoy, épuisait ses vengeances. Sauvé à grand'peine, Charles - Edouard vit peu à peu s'anéantir toutes ses
espérances : les puissances de l'Europe l'abandonnèrent; Louis XIV, le petit-fils du grand roi qui avait accueilli si généreusement Jacques II, fit saisir le prétendant qui fut enfin exilé de cette France , si hospitalière à ses ancêtres ; (( depuis ce moment, dit Voltaire, Charles-Edouard se cacha au reste du monde. » Humilié, découragé, ce fier jeune homme déroba sa vie à la curiosité et à l'espionnage de ses ennemis; il erra de contrée en contrée, changeant sans cesse de nom et de costume, essayant, mais en vain, de ranimer sa cause, délaissé, trahi par ses plus proches, et ne trouvant de consolation aux amertumes de son existence que dans les habitudes d'une sombre ivresse. Furieux et triste, il s'étourdit ainsi, et ainsi il perdit jusqu'à ses derniers amis. Fatigué de sa vie errante, il se réfugia, en 176G, auprès du trône pontifical.
Il était le dernier de son sang, et il eut la pensée de se marier, afin que ses droits fussent représentés et que le nom antique de Bruce ne s'éteignît point. La femme qu'il choisit, Louise de Stolberg, était jeune, charmante de figure et d'esprit, et faite, par la grâce et le tour des idées, pour régner sur une cour spirituelle et polie. Elle ne connaissait de Charles -Edouard que ses actions héroïques et cette courte épopée qui se termina à Culloden; elle accepta la main du prétendant, sa couronne saluée par quelques fidèles partisans, et elle vit pour la première fois la veille de son mariage l'homme à qui elle allait s'unir. Cette vue produisit sans doute une première déception; car au lieu du brillant chevalier, armé de la claymore, de ce Chariot que célébraient les chants écossais, elle vit, s'agenouillant avec peine sur les coussins armoriés, un homme accablé sous une caducité précoce, usé par l'intempérance, courbé par les chagrins, et elle, Louise, reine d'Angleterre, d'Ecosse et d'Irlande, ainsi que l'appelle la médaille frappée en son honneur, était jeune, éblouissante de fraîcheur et de beauté, et la couronne sans royaume qui fut posée sur sa tête ceignit un premier