‹ Portraits et notices historiquesChapitre 24 sur 46 · CHARLOTTE STUART · texte numérisé non relu

CHARLOTTE STUART

diadème de beaux cheveux blonds. Elle était faite pour plaire et pour être aimée, cette jeune et brillante princesse; mais la vraie grandeur des femmes, le dévoue-

Fuite de Cliarles tjluuit.

ment et la patience, lui étaient inconnus. Les défauts de son mari la rebutèrent, elle ne cacha point le dégoût qu'ils lui inspiraient ; de scandaleuses querelles éclatèrent entre les deux époux, et, après trois ans du plus malheureux mariage, la princesse quitta son mari et se réfugia dans un couvent.

Charles- Edouard était seul de nouveau, livré à des serviteurs infidèles, à des parasites sans cœur, malade, sans secours, sans affection, le plus malheureux des hommes et des princes. La Providence lui inspira une salutaire pensée; trente ans auparavant, durant sa vie errante, il avait eu une fille, nommée Charlotte, qu'il avait fait élever chez les bénédictines de Meaux, et qui jamais n'avait quitté ce pieux asile. Il l'appela auprès de lui; elle accourut et témoigna, dès les premiers jours , à son père infortuné, une afïection et un respect qui le relevèrent à ses propres yeux. Il lui accorda toute sa confiance, il la mit à la tête de sa maison; il voulut même, dans un touchant retour vers le passé , lui donner le titre que portaient toujours les puînés d'Ecosse : Charlotte Stuart devint la duchesse d'Albany, et elle porta, avec une noblesse vraiment royale, ce titre qui appartenait aux pays de ses aïeux. Ses soins et son dévouement avaient transformé la maison de Charles-Edouard; l'ordre et la décence y régnaient; la jeune duchesse recevait , dans les salons depuis longtemps abandonnés, une société choisie qui formait une cour autour de l'exilé; elle avait rendu la dignité à tout ce qui entourait son père, et lui-même elle l'avait rendu à tous les sentiments qui avaient honoré sa jeunesse. Le vieillard qui cherchait dans le vin l'oubli de ses peines avait disparu; on retrouvait en Charles-Edouard le chevalier, le prétendant dont les idées généreuses et le mâle courage avaient galvanisé l'Ecosse ; ses vieux souvenirs refleurissaient sous l'influence de sa fille, trente douloureuses années s'effaçaient, il remontait le cours de sa carrière; il avait des moments de sensibilité ardente en pensant à l'Ecosse et à ses braves highlanders ; quelquefois une animation extraordinaire s'allumait dans ses yeux, c'était quand il racontait, avec une énergie juvénile, la campagne de 1746; mais son corps épuisé ne supportait plus le poids de si vives émotions, et un jour, après avoir redit ses exploits de jeunesse à un voyageur anglais qui était

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venu le saluer, il s'évanouit. La duchesse d'Albany accourut, et dit au visiteur :

(( Ah! Monsieur, vous lui avez parlé de l'Ecosse! »

Les soins et le respect de sa fille l'avaient rendu à luimême, mais ils ne purent le rendre à la vie; il expira le 30 janvier (anniversaire de la mort de Charles 1er) de l'an 1788, entre les bras de Charlotte, et, six mois après, cette fille si dévouée et si fidèle, trop tard connue, trop tard aimée, alla rejoindre son royal père dans les caveaux de l'église de Frascati.

La princesse Louise, connue sous le nom de comtesse d'Albany, eut une existence longue et brillante. Victor Alfieri, le grand poète italien, l'appelait sa muse, sa Béatrix. Sismonde de Sismondi , l'historien , fut un de ses constants admirateurs; Mme de Staël lui écrivait en la nommant sa chère souveraine; Lamartine admirait la grâce et la suavité de son esprit; elle eut à Florence, à Paris, une cour d'admirateurs et d'amis que les années ne dépeuplèrent pas; elle vécut très heureuse selon les hommes, très enviée, très flattée, et favorisée jusqu'à la fin par la fortune et par la nature; mais son historien, M. Saint-René Taillandier, avoue qu'elle ne put voir sans amertume son époux, ce prince si héroïque à vingt- cinq ans et dégradé par une longue infortune, se relever à la fin sous une tendre et généreuse influence; elle vit avec douleur la fille remplir, avec un pieux dévouement, la tâche qui appartenait à l'épouse, et la duchesse Charlotte, en réveillant l'âme de Charles-Edouard, humilia la princesse Louise.

La touchante figure de Charlotte Stuart nous a paru digne d'être mise sous les yeux de nos lectrices; cette Antigène chrétienne, consolatrice d'un prince malheureux, qni n'a connu sur la terre que Dieu et son père, mériterait un poète : à défaut de vers, nous lui consacrons au moins quelques mots de souvenir.

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